A travers cette tribune dans notre édition de ce samedi 7 mars, à l’occasion de la commémoration du 8 mars, Journée internationale des Femmes ;  Yé Lassina Coulibaly, homme de culture africain d’origine Burkinabè et résidant en France, rend un vibrant hommage à l’autre moitié du ciel.

«À travers mes mots et ma plume, j’ai souhaité transmettre un message fort, une leçon éducative destinée à la jeunesse, afin d’inspirer, d’éveiller les consciences et de valoriser la place essentielle de la femme et de la fille dans notre société. Cet engagement, ces valeurs de respect, d’égalité et de dignité ne sont pas le fruit du hasard. Ces valeurs, je les ai reçues en héritage de mes parents Sékou et Yé Coulibaly, qui m’ont appris, dès le plus jeune âge, l’importance de reconnaître la valeur de chacun, sans distinction. C’est grâce à leur éducation, à leurs principes et à leur exemple que je porte aujourd’hui ce message avec conviction», confie -t-il dans cette tribune exclusive.

Lisez plutôt l’intégralité de la tribune de Yé Lassina Coulibaly.

De ses parents, mes parents Sékou et Yé Coulibaly, Lassina a hérité de ces valeurs de respect pour les femmes

«8 mars, Journée internationale des Femmes 2026, célébrer la voix et la liberté des femmes, et la puissance d’une nation en marche :

– Marcher vers une égalité réelle dans le travail, le droit et l’éducation,

– Bâtir une paix durable au Burkina Faso : quelle contribution des femmes et des filles à la promotion du vivre ensemble?

À travers mes mots et ma plume, j’ai souhaité transmettre un message fort, une leçon éducative destinée à la jeunesse, afin d’inspirer, d’éveiller les consciences et de valoriser la place essentielle de la femme et de la fille dans notre société.

Cet engagement, ces valeurs de respect, d’égalité et de dignité ne sont pas le fruit du hasard. Ces valeurs, les ai reçues en héritage de mes parents Sékou et Yé Coulibaly, qui m’ont appris, dès le plus jeune âge, l’importance de reconnaître la valeur de chacun, sans distinction. C’est grâce à leur éducation, à leurs principes et à leur exemple que je porte aujourd’hui ce message avec conviction.

À travers cet article, je rends également hommage à ces fondations familiales qui m’ont permis de comprendre que soutenir, encourager et éduquer la jeunesse est une responsabilité collective.

Au Burkina Faso, comme dans de nombreuses sociétés façonnées par l’histoire, les traditions et les mutations contemporaines, la femme occupe une position centrale dans la sphère familiale.  Elle est matrice de la transmission, gardienne des valeurs, artisan discret de la cohésion sociale. Pourtant, cette centralité, évidente dans la vie quotidienne, ne se traduit pas toujours par une reconnaissance équivalente dans les sphères décisionnelles, économiques et institutionnelles. Il existe ainsi une dissymétrie entre la place vécue et la place reconnue, entre l’influence diffuse et le pouvoir formel.

Dès lors, une interrogation fondamentale s’impose, presque comme un appel de conscience : la voix des femmes est-elle véritablement entendue dans les entreprises, dans les amphithéâtres, dans les centres de formation, dans les tribunaux et dans les cabinets ministériels ? L’égalité proclamée par les textes juridiques devient-elle une réalité incarnée, tangible, éprouvée dans la quotidienneté du travail et des décisions ?

 

La femme burkinabè porte en elle une double responsabilité historique et sociale. Elle est à la fois pilier du foyer et coopératrice active du développement économique. Gardienne attentive de l’éducation des enfants, gestionnaire du quotidien familial, elle assume une charge invisible, silencieuse parfois, mais essentielle au fonctionnement de la société. Cette charge ne se mesure dans aucune statistique exhaustive, et pourtant elle soutient l’architecture entière de la vie collective.

Lorsque cette même femme accède au monde professionnel, elle ne dépose pas à la porte de l’entreprise ses responsabilités premières ; elle les emporte avec elle. Elle les cumule. Elle compose, ajuste, équilibre. Cette accumulation constitue l’un des défis majeurs de l’égalité réelle. Car si le droit consacre l’égalité entre l’homme et la femme, la réalité sociale révèle encore une répartition inégale des charges domestiques et éducatives. L’égalité demeure fragile tant que l’équité domestique ne devient pas une norme culturelle partagée. La parité dans le travail ne peut être pleinement atteinte tant que le partage des responsabilités familiales ne s’inscrit pas dans les mentalités et les pratiques.

Dans le monde professionnel burkinabè, les avancées sont indéniables et méritent d’être saluées. Les femmes sont présentes dans l’administration publique, dans les entreprises privées, dans le commerce urbain et rural, dans les organisations internationales, dans la société civile. Elles dirigent des projets structurants, créent des entreprises audacieuses, occupent des fonctions juridiques, académiques et techniques. Leur présence n’est plus exceptionnelle ; elle devient visible, affirmée.

Cependant, une présence accrue ne garantit pas une influence équivalente. L’accès aux postes de décision demeure inégal, parfois entravé par des critères implicites ou des représentations ancrées. La femme peut être compétente, qualifiée, expérimentée, stratège ; sa légitimité à diriger peut néanmoins être questionnée de manière subtile, presque imperceptible. Les stéréotypes liés à la maternité, à la disponibilité supposée réduite ou à l’autorité féminine continuent d’infléchir les trajectoires professionnelles.

Ainsi, la question essentielle ne porte pas seulement sur l’accès au travail, mais sur la capacité d’y exercer pleinement son pouvoir. Être présente ne signifie pas être écoutée. Participer ne signifie pas décider. Dans certaines structures, la parole féminine peut être minimisée, interrompue, reformulée ou reléguée au second plan. La reconnaissance effective de la voix des femmes constitue un indicateur déterminant de parité réelle. Une entreprise, une université ou une institution publique ne peut prétendre à l’égalité si les décisions stratégiques restent majoritairement façonnées par une majorité masculine. La diversité des regards n’est pas un luxe ; elle est une richesse démocratique.

Sur le plan juridique, le Burkina Faso s’est doté d’un cadre normatif affirmant l’égalité des sexes et protégeant les femmes contre les discriminations et les violences sexistes. Ces textes constituent des jalons importants, des engagements solennels envers la justice et la dignité. Pourtant, la force du droit ne réside pas uniquement dans son écriture, mais dans son effectivité. Entre la norme et la pratique subsiste parfois un écart nourri par les pesanteurs socioculturelles, la crainte de la stigmatisation, la méconnaissance des mécanismes de recours ou la difficulté d’accès aux institutions judiciaires. L’égalité formelle peut alors se transformer en principe abstrait, éloigné du vécu quotidien des femmes confrontées à des obstacles structurels.

Dans le secteur informel, où une majorité de femmes exercent leurs activités, la vulnérabilité économique demeure particulièrement marquée. Marchandes, artisanes, productrices agricoles, elles animent des pans entiers de l’économie nationale. Pourtant, l’absence de contrats formels, de protection sociale et de garanties juridiques fragilise leur autonomie financière. Or, l’autonomie économique est l’un des piliers fondamentaux de la dignité et de la liberté. Une femme dépendante économiquement demeure plus exposée aux inégalités, aux pressions et aux violences. Promouvoir la parité implique donc de sécuriser juridiquement et socialement le travail féminin, dans toutes ses expressions, visibles et invisibles.

L’éducation et la formation constituent, à cet égard, des leviers stratégiques de transformation durable. Le progrès de la scolarisation des filles au Burkina Faso témoigne d’une évolution encourageante, fruit d’efforts institutionnels réels. Chaque fille qui franchit la porte d’une école porte en elle une promesse d’émancipation. Cependant, les abandons fréquents, les mariages précoces, la pauvreté persistante et l’insécurité entravent encore l’accès continu à l’enseignement secondaire et supérieur. L’égalité professionnelle trouve sa racine profonde dans l’égalité éducative. Une jeune fille privée d’éducation est une citoyenne privée d’horizons.

La formation professionnelle joue également un rôle déterminant dans la redéfinition des équilibres. L’accès des femmes aux filières scientifiques, technologiques, industrielles et numériques demeure un enjeu crucial. Tant que les femmes resteront cantonnées dans des secteurs peu valorisés économiquement ou considérés comme « traditionnels », la parité salariale et décisionnelle restera fragile. La diversification des compétences féminines n’est pas seulement une stratégie d’insertion ; elle est une condition d’une transformation structurelle du marché du travail et d’une reconfiguration des imaginaires sociaux.

Au-delà des chiffres, des quotas et des lois, la question centrale demeure celle de la reconnaissance symbolique et sociale. Une société qui doute de la capacité des femmes à diriger, à innover, à gouverner ou à penser l’avenir freine son propre développement. La participation des femmes aux instances décisionnelles n’est pas un privilège octroyé par générosité ; elle est une exigence démocratique et une nécessité stratégique. Les études et les expériences comparées montrent qu’une gouvernance inclusive améliore la qualité des décisions, renforce la justice sociale et favorise un développement durable et équilibré.

La femme burkinabè contemporaine incarne une transformation profonde, parfois silencieuse mais irréversible. Elle est juriste, entrepreneure, enseignante, commerçante, fonctionnaire, responsable politique. Elle conjugue tradition et modernité, mémoire et innovation, responsabilité familiale et ambition professionnelle. Sa résilience face aux défis économiques et sécuritaires révèle une capacité d’adaptation remarquable. Elle avance, malgré les incertitudes, avec une détermination qui témoigne d’une conscience accrue de ses droits et de son rôle.

Pourtant, cette force ne doit pas masquer les obstacles persistants. Les inégalités salariales, les discriminations subtiles, les violences sexistes; les limites d’accès aux ressources productives et aux financements demeurent des réalités à affronter. Atteindre une parité authentique suppose une mutation des mentalités autant qu’une consolidation des cadres juridiques. Il s’agit de promouvoir un partage équitable des responsabilités familiales, d’assurer l’application rigoureuse des lois protectrices, d’intégrer systématiquement l’approche paritaire hommes-femmes dans les politiques publiques, et de garantir aux femmes un accès équitable aux ressources, à la formation et aux postes de décision.

La parité dans le travail, dans le droit, dans l’éducation et dans la gouvernance n’est pas seulement une question d’équité morale ; elle constitue une nécessité stratégique pour bâtir une société plus juste, plus inclusive et plus prospère. Elle engage l’avenir collectif, la stabilité sociale et la compétitivité économique. Elle est une promesse d’équilibre et de durabilité.

 

La voix des femmes doit être entendue non comme une revendication périphérique, mais comme une composante essentielle du progrès national. Elle n’est pas une voix concurrente ; elle est une voix complémentaire, constitutive de l’harmonie sociale. Le développement du Burkina Faso ne peut être pleinement réalisé sans la participation active, reconnue et valorisée de la moitié de sa population. Exclure, marginaliser ou minimiser cette force revient à amputer la nation d’une part de son énergie créatrice.

En définitive, la femme burkinabè n’est pas simplement bénéficiaire des politiques de parité : elle en est l’actrice centrale, la conscience vive et le moteur. Reconnaître sa voix, garantir ses droits, valoriser son engagement, ce n’est pas accorder une faveur ; c’est affirmer que l’égalité n’est pas une concession, mais un principe fondateur de la dignité humaine et du développement durable. C’est reconnaître que la justice, lorsqu’elle est partagée, devient la plus sûre des forces de construction nationale..

Ainsi, comme l’eau qui jaillit d’une source secrète et, sans bruit, féconde la terre qu’elle traverse, la célébration nationale du 8 mars s’élève-t-elle comme une proclamation à la fois grave et lumineuse : celle de la puissance économique, scientifique, culturelle et sociale d’une nation consciente d’elle-même et résolue à son propre dépassement. Cette journée n’est point une halte cérémonielle dans le calendrier des hommages ; elle est une reconnaissance réfléchie, enracinée dans l’histoire et tendue vers l’avenir, du rôle cardinal des femmes dans la métamorphose structurelle, morale et spirituelle de la société. Elle devient ainsi méditation sur la grandeur du travail, sur la noblesse de l’engagement et sur cette sagesse intérieure par laquelle les peuples se hissent à la mesure de leur destin.

Le Burkina Faso, terre d’intégrité léguée par les ancêtres africains, riche de sa pluralité culturelle et de la profondeur de son héritage, inscrit son devenir dans une dynamique où la tradition ne s’oppose pas à la modernité mais converse avec elle. À l’image de l’air qui circule entre les générations sans les diviser, la nation unit la mémoire et l’espérance dans un même souffle. Elle porte en elle la bénédiction des anciens, la force des valeurs de solidarité et la promesse d’un avenir édifié sur la justice, l’équité et le mérite. Ici, l’histoire ne pèse pas comme une charge : elle éclaire comme une lampe confiée aux mains des vivants.

Dans les villages comme dans les métropoles, dans les ateliers textiles comme dans les laboratoires de recherche, dans l’intimité des foyers comme dans les sphères décisionnelles, se déploie un savoir-faire pluriel. Il est artisanal et technologique, enraciné comme la terre nourricière et audacieux comme le feu créateur ; local par ses sources et universel par son rayonnement. Il témoigne d’une intelligence partagée qui conjugue héritage et innovation, prudence et audace, fidélité aux valeurs et ouverture au monde. Ainsi se dessine une nation qui n’imite pas : elle invente à partir de ce qu’elle est.

La célébration du 8 mars révèle la singularité d’une société qui reconnaît la valeur quasi sacrée de l’éducation intergénérationnelle. La transmission des savoirs – scientifiques, techniques, culturels, philosophiques et éthiques – constitue le socle d’un progrès véritablement durable. Elle ressemble à la lumière : loin de s’épuiser en se partageant, elle s’intensifie. Dans cette continuité féconde entre les âges s’élabore une économie résiliente, capable d’intégrer les mutations technologiques, de stimuler l’entrepreneuriat féminin et de promouvoir l’excellence académique et professionnelle. Transmettre, c’est préparer la liberté ; instruire, c’est affranchir l’avenir.

Au sein du monde du travail burkinabè, les compétences féminines participent activement à la redéfinition contemporaine du progrès. Les femmes investissent les champs de la recherche scientifique, de l’innovation numérique, de l’ingénierie, de l’agro-industrie, de la santé, de l’éducation et de l’administration publique. Leur contribution accroît la productivité nationale, nourrit la créativité collective et favorise une gouvernance plus équitable. Elles avancent avec l’endurance du cheval, symbole d’élan fidèle à la mission confiée ; elles portent la force tranquille du baobab, arbre de sagesse et de longévité, dont les racines profondes résistent aux tempêtes sans jamais rompre.

À ces images s’ajoute celle de l’éléphant : mémoire vivante, patience réfléchie, puissance maîtrisée. Comme lui, la femme burkinabè avance avec gravité, sans jamais oublier le chemin parcouru. Elle incarne la conscience historique et la responsabilité morale. Elle sait que la grandeur authentique ne naît ni de la précipitation ni de l’éclat passager, mais de la constance éclairée. Elle bâtit avec méthode, protège avec discernement et agit avec profondeur, consciente que chaque geste inscrit une trace dans la trame du temps.

Elle possède aussi la vigilance du caméléon, capable d’observer avec acuité et de s’adapter aux contextes changeants sans renier son essence. Dans un monde traversé par des mutations rapides, cette faculté d’ajustement devient vertu stratégique. La vigilance n’est pas peur : elle est lucidité. Elle est l’art d’habiter le réel pour mieux le transformer. Ainsi la nation apprend-elle à conjuguer stabilité et innovation, fidélité et renouveau, prudence et audace créatrice.

Le 8 mars est donc un moment de reconnaissance authentique : reconnaissance à celles qui donnent la vie, pour leurs efforts quotidiens visibles et invisibles ; reconnaissance de la rigueur professionnelle, de l’esprit d’initiative et de la capacité d’adaptation ; reconnaissance d’une éthique du travail fondée sur la responsabilité et la recherche constante d’amélioration. L’eau enseigne la persévérance ; la terre rappelle la patience ; le feu incarne la transformation ; l’air symbolise la liberté de penser ; la lumière représente la vérité. Ces vertus, incarnées dans l’engagement féminin, irriguent la nation et élèvent la conscience collective.

Le travail demeure notre fierté et la condition de notre dignité. Il est le moteur de l’autonomie, de la stabilité sociale et du développement économique. Quelles que soient les ressources initiales – abondantes ou modestes – c’est dans l’unité, la coopération et la justice que se construit le progrès partagé. Une croissance véritablement inclusive n’oppose pas : elle rassemble ; elle ne fragmente pas : elle harmonise les forces vives de la nation. Elle exige le courage du lion, symbole de vigilance et de souveraineté, afin que la dignité nationale demeure inviolable et que l’avenir soit défendu avec honneur.

En honorant la femme burkinabè le 8 mars, nous affirmons une vision exigeante du développement : une vision où la science, l’innovation, l’éducation, la culture et la spiritualité convergent pour édifier une société équitable, performante et pacifique. Nous éveillons en la jeunesse la curiosité, l’ambition et la conviction que l’effort, la compétence, l’intégrité et la fidélité aux valeurs ancestrales constituent les piliers d’un avenir prospère. Car une nation ne s’élève véritablement que lorsqu’elle reconnaît en chaque personne une richesse irremplaçable et une promesse pour demain.

Dans la diversité, nous découvrons notre fécondité, semblable aux racines multiples du baobab.

Dans le travail, nous affirmons notre dignité, telle la terre qui porte les semences de l’avenir.

Dans l’unité, nous trouvons notre force, ardente comme le feu et souveraine comme le lion.

Dans la sagesse, nous avançons avec la mémoire de l’éléphant et la vigilance du caméléon.

Dans la transmission, nous faisons circuler le souffle de l’air et la clarté de la lumière.

Dans la persévérance, nous suivons le cours de l’eau vers l’horizon de l’espérance.

Les Femmes Burkinabè : Une Conscience Historique en Marche et le Fondement Philosophique d’une Nation en Devenir.

Les femmes burkinabè, debout, dignes, lucides et résolument en marche, incarnent aujourd’hui bien plus qu’une présence sociale : elles représentent une conscience en action, une force historique en mouvement, une énergie créatrice qui façonne l’âme contemporaine du Burkina Faso. Leur engagement n’est ni circonstanciel ni accessoire ; il est structurel. Il participe de l’édification, de la consolidation et de la transformation durable de la nation, dans une dynamique où se rencontrent héritage ancestral, rationalité moderne et exigence scientifique.

À travers l’ensemble du territoire national – de l’horloge vivante des saisons et du temps collectif, jusqu’aux grandes métropoles et pôles urbains tels que Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Koudougou, Banfora, Ouahigouya, Kaya, Fada N’Gourma, Tenkodogo, Dédougou, Orodara et Gaoua – les femmes burkinabè occupent une place centrale, stratégique et incontournable. Leur action quotidienne, souvent discrète mais toujours constante, constitue l’une des forces motrices les plus sûres du progrès collectif.

Femmes  des villages et femmes des villes, femmes cadres et femmes de pouvoir, décideuses, cheffes d’entreprises, chercheuses, enseignantes, magistrates, responsables administratives, professionnelles de santé, ingénieures, entrepreneures et leaders syndicales : elles forment un arc vivant reliant tradition et modernité. Elles assurent la continuité entre un monde rural profondément enraciné et des villes en mutation rapide, traversées par les dynamiques économiques, scientifiques, technologiques et culturelles contemporaines. En elles se réalise une synthèse philosophique essentielle : la fidélité aux racines sans renoncement à la raison critique ; l’attachement à l’identité sans fermeture à l’universel.

Car la modernité véritable n’est pas rupture brutale avec le passé, mais dépassement conscient et éclairé. Elle suppose la capacité de réfléchir sur ses propres traditions, de les interroger à la lumière de la raison et de les enrichir par le savoir scientifique. En cela, les femmes burkinabè incarnent une modernité enracinée : une modernité qui ne nie pas la mémoire, mais qui la transforme en ressource pour l’avenir. Elles inscrivent leur action dans un horizon éthique où la responsabilité individuelle se conjugue à l’intérêt général, et où l’effort personnel devient contribution à la destinée collective.

Dans le domaine fondamental de l’éducation, elles apparaissent comme les premières gardiennes du savoir et les passeuses essentielles de la conscience nationale. Au sein des familles, dans les structures villageoises, dans les écoles primaires, collèges et lycées, mais aussi dans les universités et centres de formation professionnelle de Kaya, Ouahigouya, Tenkodogo, Fada N’Gourma, Dori, Zorgho, Pô et au-delà, elles transmettent bien plus que des connaissances académiques. Elles transmettent une éthique : le sens du devoir, la discipline intellectuelle, la responsabilité civique, le respect de l’autre et la dignité humaine.

L’éducation des jeunes filles constitue à cet égard un impératif stratégique et philosophique majeur. Éduquer une fille, c’est élargir le champ de la liberté humaine. C’est accroître le capital cognitif de la nation. C’est investir dans une société capable de penser par elle-même, de produire ses propres solutions et de dialoguer avec le monde sur un pied d’égalité. Une femme instruite ne transmet pas seulement un savoir ; elle transmet une méthode, une capacité critique, une aptitude à articuler héritage culturel et exigences contemporaines. Elle élève des générations conscientes, responsables, aptes à comprendre les défis globaux – climatiques, technologiques, économiques – et à y répondre avec intelligence, rigueur et créativité.

Sur le plan économique, les femmes burkinabè s’imposent comme des actrices structurantes du développement national. En milieu rural, elles organisent, dynamisent et modernisent l’économie agricole. Elles sont au cœur de la sécurité alimentaire à travers les fermes familiales, structures collectives, coopératives féminines, fermes d’élevage, unités maraîchères, structures de transformation et initiatives agro-industrielles émergentes, ainsi que dans le développement et la promotion d’initiatives dans le domaine textile. Leur action illustre une rationalité pratique : optimiser les ressources disponibles, adapter les techniques aux réalités locales, intégrer progressivement les innovations scientifiques tout en respectant les équilibres écologiques.

Elles produisent, transforment et commercialisent les céréales essentielles – mil, sorgho, maïs, riz – et valorisent les fruits et légumes du terroir : mangue, papaye, orange, karité, oignon, tomate, gombo et bien d’autres. Leur savoir-faire agricole, nourri d’expérience empirique et de plus en plus éclairé par les apports de la recherche agronomique, renforce la résilience des territoires face aux défis climatiques et économiques. Elles participent activement à la gestion durable des ressources naturelles : produits forestiers non ligneux, karité, néré, miel, plantes médicinales. Ainsi, elles inscrivent leur action dans une éthique de la responsabilité environnementale, où la science et la tradition se rencontrent au service de la durabilité.

Dans les villes développées – Bobo-Dioulasso, Ouagadougou, Banfora, Koudougou, Dédougou, Gaoua, Fada N’Gourma, Ouahigouya, Orodara – les femmes investissent avec audace les secteurs de l’entrepreneuriat, du commerce, de l’artisanat, de l’agro-transformation, des services, de la finance et de l’économie numérique. Elles créent de la valeur ajoutée à partir des matières premières locales, structurent les marchés, développent les circuits courts, favorisent l’innovation et participent à la création d’emplois durables. Leur action contribue à la formalisation progressive de l’économie et à l’intégration du Burkina Faso dans les dynamiques régionales et mondiales.

La conquête de l’autonomie économique des femmes renforce leur pouvoir de décision et leur leadership dans la gouvernance familiale, sociale et nationale. Elle n’est pas seulement une question de revenus ; elle est une question de dignité et de liberté. Car l’autonomie financière est une condition de l’autonomie morale. En développant des réseaux associatifs, des coopératives et des initiatives entrepreneuriales collectives, elles bâtissent une économie inclusive et solidaire, fondée sur la mutualisation des ressources, la confiance et la responsabilité partagée.

Les domaines de la santé, de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique, du droit, de la finance et de l’innovation voient également une présence féminine croissante et déterminante. Médecins, sages-femmes, infirmières, chercheuses, juristes, magistrates, économistes, ingénieures et cadres financiers contribuent à l’amélioration des systèmes de santé, à la production du savoir, à l’innovation technologique et à la modernisation des institutions. Elles participent à l’élaboration de politiques publiques plus inclusives et plus adaptées aux réalités sociales.

Dans les universités, instituts supérieurs et centres de recherche, elles travaillent à concevoir des solutions scientifiques : agriculture durable, santé publique, technologies adaptées, sciences sociales, transformation industrielle, économie numérique. Leur contribution illustre une exigence épistémologique fondamentale : produire un savoir ancré dans les réalités nationales, mais ouvert aux standards internationaux de rigueur et de méthode.

Ainsi, les femmes burkinabè ne sont pas seulement des actrices du présent ; elles sont des architectes de l’avenir. Traditionnelles et modernes, rurales et urbaines, elles avancent unies par une cohésion profonde. De la case villageoise aux amphithéâtres universitaires, des champs agricoles aux centres hospitaliers, des structures collectives rurales aux institutions financières, des ateliers artisanaux aux sphères décisionnelles, elles demeurent debout – non comme une posture symbolique, mais comme une affirmation philosophique : la dignité humaine ne se négocie pas, elle se construit par l’action éclairée.

À travers leur engagement dans l’économie, la santé, l’éducation, la recherche, la finance, le droit, l’innovation et la gouvernance, elles s’imposent comme des piliers essentiels de la construction d’un Burkina Faso puissant, souverain, solidaire et résilient. Leur trajectoire collective traduit une vérité profonde : lorsqu’une nation reconnaît, éduque et valorise ses femmes, elle élève simultanément son niveau moral, scientifique et civilisationnel.

Au cœur de cette chaîne de valeurs, il y a des visages. Des milliers de femmes réunies en coopératives récoltent, transforment, conditionnent. Elles maîtrisent les normes internationales. Elles négocient des contrats. Elles financent l’école, assurent les soins, investissent dans l’avenir.

Le Burkina Faso de demain se dessine ainsi dans le courage, l’intelligence et la clairvoyance de ses femmes. En elles se conjuguent la mémoire et la raison, la tradition et la science, l’enracinement et l’ouverture. Et c’est dans cette synthèse exigeante et lumineuse que se fonde l’espérance d’une nation pleinement consciente de sa valeur, de sa responsabilité et de sa destinée.

L’initiation, telle que pratiquée dans les civilisations africaines, nous enseigne que la connaissance ne doit jamais mourir avec celui qui la détient. Le savoir n’est pas une propriété individuelle ; il est un patrimoine commun. Il doit être transmis, non comme un dogme immobile, mais comme une flamme vivante. L’art et la culture deviennent alors les vecteurs privilégiés de cette transmission. Car l’art est ce par quoi une civilisation dialogue avec l’éternité.

C’est pourquoi il convient de saluer les artistes, les acteurs(rices) culturels(elles) ainsi que tous les travailleurs qui œuvrent sans relâche à la sauvegarde et à la valorisation de notre patrimoine commun. Leur mission dépasse la simple production esthétique : ils préservent l’âme du peuple et la projettent vers l’avenir. Chaque œuvre authentique est une résistance contre l’oubli, une affirmation de dignité, une promesse de continuité.

Le Burkina Faso s’est constitué en nation à partir de plus de soixante ethnies vivant depuis des millénaires sur son territoire. À chaque peuple correspondent une langue, une civilisation, des symboles, des récits fondateurs et des expressions artistiques singulières. Cette diversité n’est pas une fracture ; elle est une architecture. Elle forme la trame vivante de notre identité nationale. L’unité véritable ne naît pas de l’uniformité, mais de l’harmonie des différences.

La musique traditionnelle, parmi d’autres expressions culturelles, illustre avec éclat cette pluralité féconde. Elle raconte nos histoires, célèbre nos victoires, accompagne nos rites et porte nos espoirs. Elle est mémoire et projection. La richesse des langues parlées au Faso constitue un trésor inestimable : chaque langue est une manière singulière d’habiter le monde, une façon particulière de penser le réel. Les protéger et les transmettre revient à protéger notre capacité à penser librement.

Imaginer et créer une symphonie de la diversité serait faire œuvre de conscience nationale. Une telle ambition permettrait de faire émerger une singularité musicale burkinabè, capable de rayonner dans la sous-région et sur la scène internationale. Ce projet ne serait pas seulement artistique ; il serait philosophique et politique. Il affirme que la culture n’est pas un ornement de la nation, mais l’un de ses fondements essentiels. Il offrirait à nos artistes un tremplin, à notre jeunesse une source d’inspiration et à notre économie culturelle un moteur de croissance.

Aujourd’hui, de nombreux jeunes artistes talentueux incarnent cette Afrique qui avance avec détermination. Ils sont appelés à devenir des ambassadeurs culturels, à condition de demeurer fidèles à leur identité profonde. L’universalité n’exige pas l’effacement de soi ; elle requiert l’approfondissement de ses racines. En mettant en valeur les légendes, les épopées et les mythes fondateurs de notre civilisation, ils prolongent la parole des anciens et l’adaptent aux réalités contemporaines. Ils démontrent que la véritable modernité ne consiste pas à rompre avec le passé, mais à le transfigurer.

Ainsi, en conjuguant la sagesse des ancêtres, la force des femmes, la diversité de nos peuples et la créativité de notre jeunesse, le Burkina Faso peut continuer à affirmer sa souveraineté culturelle. Car la souveraineté politique demeure fragile sans souveraineté spirituelle. Une nation qui connaît son héritage, qui respecte ses valeurs et qui cultive son génie propre devient capable de dialoguer d’égal à égal avec le monde.

Renforcer la vertu philosophique, c’est reconnaître que la grandeur d’un peuple ne réside pas seulement dans ce qu’il possède, mais dans ce qu’il transmet. C’est faire de la mémoire une énergie, de la culture une puissance et de l’identité une lumière offerte au monde.

Notre héritage est une responsabilité.

Notre diversité est une force.

Notre culture est un levier de puissance, de dignité et d’élévation pour les générations présentes et futures.

La Jeunesse Burkinabè : Gardienne des Racines et des Valeurs

La jeunesse burkinabè se tient à la croisée du temps et de la mémoire, profondément enracinée dans l’éducation qui lui a été transmise et attachée aux valeurs que ses aînés ont patiemment incarnées. Dès les premiers instants de l’enfance, elle est initiée à l’écoute des parents, des grands-parents, des oncles et tantes, des frères et sœurs aînés. Cette initiation n’est pas un simple apprentissage mécanique, mais une immersion dans la conscience du lien entre générations, dans l’humilité face à l’expérience et dans la reconnaissance de la sagesse traditionnelle.

Qui pourrait oublier, avec un frisson de nostalgie et parfois un sourire discret, le « bâton magique » de grand-mère ou de grand-père ? Instrument à la fois d’autorité et d’affection, il n’était pas seulement le symbole d’une correction physique, mais surtout le rappel constant des limites, de la dignité, du respect et de la nécessité de suivre le droit chemin. Il traduisait, par sa présence silencieuse, l’harmonie fragile entre amour et discipline, liberté et responsabilité.

Au Burkina Faso, l’éducation ne se confine jamais aux murs étroits des salles de classe. Elle naît dans la cour familiale, résonne dans la cour du « palais » au cœur du village, s’épanouit dans les champs et s’inscrit dans la veillée où se racontent contes, proverbes et récits de vie. Chaque geste, chaque parole des aînés devient une leçon, chaque exemple vécu un enseignement.

Lorsqu’un chef, un aîné ou une personnalité investie de responsabilités franchit le seuil d’un quartier ou d’un village, la jeunesse sait instinctivement comment manifester son respect : porter un sac, accompagner jusqu’à la maison, offrir son assistance avec diligence et discrétion. Ces gestes, simples en apparence, témoignent d’une culture profonde de solidarité, d’entraide et de respect – d’un lien intangible mais vivant qui unit l’individu à la collectivité.

Partout, la jeunesse burkinabè incarne le courage et la vitalité. Dans les champs et les fermes, dans les villages et les villes, elle travaille la terre avec persévérance, entreprend avec audace, étudie avec rigueur et innove avec imagination. Elle participe activement à l’édification de la nation, consciente que l’avenir du Burkina Faso repose sur ses épaules. Malgré les défis économiques, sociaux et sécuritaires, elle demeure debout, soutenue par une détermination tranquille et un espoir inébranlable.

Cette jeunesse porte également en elle une admiration incommensurable et une capacité prodigieuse à s’exprimer par l’art. Dans les ateliers de céramique, elle transforme l’argile en formes qui racontent l’histoire, les croyances et le quotidien. Dans la sculpture du bronze, héritage d’un savoir ancestral, elle perpétue des techniques précieuses tout en y insufflant un souffle neuf et contemporain. Par la vannerie, elle tresse des fibres naturelles pour créer des objets à la fois utiles et esthétiques, incarnations d’ingéniosité et de mémoire culturelle.

L’art devient ainsi un langage vivant, révélateur de sensibilité, de créativité et de fierté. À travers ses mains, la jeunesse burkinabè dialogue avec l’histoire et avec le monde, portant en elle le poids des traditions et la promesse de l’innovation.

Cette jeunesse prend soin de ses anciens, qu’ils soient grands-parents, parents ou figures d’autorité. Elle veille sur eux avec une attention qui dépasse la simple obligation : elle s’acquitte d’un devoir sacré, d’une reconnaissance inscrite dans la chair et l’esprit. En ville comme au village, au Burkina Faso ou à l’étranger, elle reste attachée aux valeurs de respect et de solidarité. Tendre la main à un aîné, écouter un conseil, accompagner un parent : ces gestes naturels révèlent un attachement profond à la famille, socle fondamental de la nation.

Aujourd’hui, face aux épreuves qui secouent le Burkina Faso – terrorisme, insécurité, instabilité – la jeunesse se révèle consciente et résolue. Elle ne demeure pas spectatrice de l’histoire : elle s’engage, manifeste son courage dans les actions visibles et dans les sacrifices silencieux, soutenant les efforts pour la paix, participant à la résilience nationale et nourrissant une foi inébranlable en un avenir plus sûr.

Tout cela est le fruit d’une éducation patiemment cultivée dans les familles. Les parents, par leur exemple et leur guidance, inculquent l’amour de la patrie, le sens du devoir et le respect des valeurs morales. Dans le cœur de la jeunesse burkinabè, la nation est sacrée, et sa voix s’élève chaque jour avec conviction. Le courage se lit dans le travail accompli, dans le partage des repas, dans les mains qui se tendent pour bâtir le progrès collectif. L’entraide, la fraternité et la solidarité deviennent les principes organisateurs de la vie quotidienne, fondements d’une citoyenneté active et responsable.

La jeunesse burkinabè reste profondément respectueuse de ses parents et grands-parents, attentive aux conseils des oncles et tantes, inspirée par l’exemple des frères et sœurs aînés. Elle conserve au cœur l’enseignement reçu, non seulement dans les livres, mais aussi dans le village, auprès du chef coutumier, dans la tradition vivante des ancêtres. Ainsi se forment des hommes et des femmes responsables, solidaires, créatifs, fiers de leur identité et conscients de leur rôle dans l’histoire de leur pays.

En définitive, la jeunesse burkinabè incarne l’espérance de la nation. Forte de ses racines, riche de son éducation, émerveillée par sa culture et déterminée à défendre sa patrie, elle avance avec courage. Elle porte en elle la mémoire des anciens, la vitalité de la création artistique et la promesse d’un avenir meilleur. Sa voix est celle de la sagesse collective, le reflet de tout un peuple et de sa nation qui, tout en s’ouvrant au monde, demeure fidèle à ses racines.

L’arbre, racines anciennes, destin mondial.

 

Du Nord, où la terre se fissure sous l’intensité solaire et où l’horizon semble converser avec l’infini, jusqu’aux terres plus généreuses du Sud-Ouest baignées de pluies patientes ; des vastes plaines mossi aux territoires gourmantché, des régions bobo aux espaces lobi, peule, gouroussi, sénoufo, dagara ou kasséna, l’arbre n’est pas simplement un élément du paysage burkinabè.

C’est une présence.

Une respiration lente et profonde.

Une mémoire dressée vers le ciel.

Il n’occupe pas seulement l’espace : il habite le temps. Il traverse les saisons comme un témoin immobile et lucide. Il voit naître les générations, les observe grandir, puis s’efface. Il écoute sans juger. Il veille sans imposer. Grandir ici, c’est comprendre que l’arbre n’est jamais un décor. Il accompagne les semailles et les récoltes. Il protège les maisons de banco contre la morsure du soleil. Il offre son ombre aux troupeaux épuisés. Il abrite les palabres du soir. Il recueille les confidences des anciens et les espérances impatientes des enfants.

Il ne connaît ni hâte ni agitation. Il sait que la durée est la forme la plus noble de la force.

L’arbre est une architecture vivante. Une colonne vertébrale écologique. Une mémoire biologique inscrite dans la matière. Il incarne un modèle d’organisation que la nature a perfectionné durant des millénaires.

Il relie la nature à la science, la tradition à l’innovation, la patience du temps long aux exigences du marché mondial. Il est à la fois racine et promesse, silence et enseignement, matière et esprit.

Bien avant que la botanique ne classe ses espèces et que la chimie ne décrive les molécules des arbres, les peuples du Burkina Faso avaient déjà compris une vérité simple, presque évidente, mais d’une profondeur vertigineuse : « Rien ne pousse seul ».

Avant les universités, avant les laboratoires, avant les satellites climatiques, l’arbre œuvrait déjà. Silencieusement.

Par la photosynthèse – alchimie lumineuse d’une précision presque sacrée – il capte le dioxyde de carbone, libère l’oxygène, transforme la lumière en énergie. Il stabilise les sols, protège les nappes phréatiques, ralentit l’érosion, régule l’humidité, tempère les vents brûlants.

Dans un pays confronté à la désertification et aux dérèglements climatiques, planter un arbre dépasse le simple geste écologique : c’est un acte stratégique. Presque un acte patriotique.

La science confirme aujourd’hui ce que l’agriculteur savait intuitivement : l’arbre est un système d’équilibre. Il crée des microclimats. Il fertilise la terre en se décomposant. Il abrite insectes et oiseaux. Il ne parle pas, mais il organise la vie autour de lui.

Et l’arbre produit et nourrit!

Le karité : patience, dignité et industrie mondiale.

Le karité ne se hâte jamais. Il peut vivre plus d’un siècle et n’offre ses premiers fruits qu’après de longues années d’attente.

Il enseigne que la maturité précède la générosité.

 

Son beurre, riche en acides gras essentiels, en vitamines A et E, en antioxydant, protège, nourrit et répare la peau. Les femmes en connaissaient les vertus bien avant que les laboratoires internationaux n’en analysent la structure moléculaire.

Au village, la transformation du karité est liée à une culture de solidarité. Les mains barattent, pétrissent. Les voix s’élèvent en cadence. Les enfants observent. La transmission s’opère naturellement.

Aujourd’hui, le karité traverse les frontières. Il entre dans la composition des produits fabriqués par les industries cosmétiques, pharmaceutiques et agroalimentaires. Il voyage de la savane aux vitrines du monde.

Le manguier du Faso offre un fruit merveilleux, d’une douceur solaire. Dans sa chair dorée palpite la mémoire des pluies et la patience des mois ardents. « Quand je mange une mangue, je mange un morceau de soleil », disait un agriculteur.

Poésie, certes. Mais aussi vérité scientifique : la lumière captée par l’arbre devient vitamines, fibres et énergie.

Aujourd’hui, la mangue s’inscrit dans des chaînes logistiques modernes : stations de conditionnement, certifications sanitaires, transport réfrigéré, exportations vers des continents lointains.

C’est une lumière transformée en économie: derrière chaque fruit exporté se tient une constellation humaine de producteurs, techniciens, commerçants, transporteurs, exportateurs.

Le néré, produit des graines aux multiples vertus qui servent à l’élaboration du soumbala, reliant tradition et microbiologie. L’anacardier ouvre des perspectives industrielles.

Papaye, goyave, agrumes, gombo, aubergine locale : chaque culture contribue à la sécurité alimentaire et à la diversification économique.

Le baobab semble immobile, mais il traverse les siècles.

Son fruit, riche en vitamine C, en calcium et en bienfaits pour la santé, trouve aujourd’hui sa place sur les marchés internationaux.

Autrefois, le baobab était tribunal, école et refuge. Sous son ombre, on réglait les différends. On récitait les généalogies. On apprenait à écouter.

Dans un monde dominé par la vitesse numérique et la recherche du profit immédiat, le baobab rappelle une vérité stratégique : le développement durable exige vision longue et stabilité morale.

Non l’agriculture n’est pas un vestige du passé. Elle est base industrielle, matrice d’innovation, fondement stratégique. Soutenue par la recherche scientifique, adaptée au climat sahélien et dynamisée par l’entrepreneuriat jeune, elle devient moteur de croissance durable.

« Les cours royales » : écoles de gouvernance et matrices d’unité.

Dans l’histoire du Burkina Faso, les différentes cours royales – du Mogho Naaba chez les Mossi aux autorités traditionnelles des Bobo, Gourmantché, Lobi, Kasséna, Dagara, Sénoufo, Peul, Gouroussi et tant d’autres – ne furent jamais de simples centres de pouvoir.

Elles étaient des lieux d’élévation.

 

On s’y rendait avec respect. On y pénétrait avec retenue. La parole n’y était jamais lancée au hasard : elle avait du poids, elle engageait l’honneur, elle liait celui qui la prononçait à la collectivité toute entière.

Ces « cours » furent des écoles de responsabilité bien avant que le mot ne s’inscrive dans les traités modernes. Des laboratoires de gouvernance avant que la science politique n’en formalise les concepts. Des espaces de médiation entre le visible et l’invisible, entre la terre des vivants et la mémoire des ancêtres.

L’autorité n’y était pas domination. Elle était devoir

Le roi ou le chef traditionnel n’incarnait pas seulement une lignée : il portait un équilibre fragile, celui qui relie la terre, les ancêtres et le peuple. Il était gardien d’un ordre plus vaste que lui-même.

Chaque peuple, avec ses rites, ses langues, ses symboles, apportait sa nuance à la mosaïque nationale. L’unité ne signifiait jamais uniformité. Elle signifiait complémentarité. Comme les branches d’un même arbre : distinctes, parfois orientées vers des horizons différents, mais rattachées au même tronc nourricier.

Sous l’arbre des assemblées, les décisions se prenaient en cercle. On se regardait dans les yeux. On s’écoutait réellement. Les anciens parlaient avec la lenteur de ceux qui savent que la précipitation altère les choses. Les jeunes apprenaient d’abord le silence, puis la parole. Les femmes, gardiennes des savoirs agricoles, économiques et médicinaux, orientaient les choix avec une intelligence discrète mais décisive.

Ces « cours » portaient déjà une philosophie politique d’une étonnante modernité :

La légitimité naît du service.

La force véritable est celle qui protège.

La stabilité exige patience et cohérence.

L’unité se construit dans la diversité assumée.

Aujourd’hui encore, au sein de l’État moderne et de ses institutions républicaines, cet esprit demeure une référence morale silencieuse : gouverner ne signifie pas dominer, mais organiser les énergies humaines vers le bien commun.

À l’image des sociétés traditionnelles qui structuraient les forces humaines – anciens, jeunes, hommes, femmes – chacun était porteur d’un rôle indispensable à l’harmonie collective.

 

Ainsi, un arbre devient autonomie.

Une tradition devient industrie.

Une solidarité devient stratégie économique.

L’arbre nourrit.

La collectivité structure.

L’industrie amplifie.

 

 

Connaissance, recherche et exploration des territoires méconnus

Le véritable développement ne repose pas seulement sur les ressources visibles.

Il dépend de la capacité à explorer les territoires méconnus – scientifiques, technologiques, intellectuels.

Le Burkina Faso porte encore des richesses à révéler : biodiversité médicinale, agroforesterie innovante, transformation agro-industrielle, énergies renouvelables sahéliennes, technologies numériques au service de l’agriculture.

La connaissance est une richesse invisible.

La recherche est une semence.

L’innovation est une germination.

Comme l’arbre, toute création commence par une racine cachée.

Les universités, les centres de recherche, les ingénieurs, les artisans et les entrepreneurs sont les explorateurs contemporains. Ils prolongent l’esprit des anciens : comprendre la terre pour mieux la servir.

Philosophie des racines et dignité humaine

Développer un pays ne consiste pas uniquement à bâtir des infrastructures ou à multiplier des statistiques.

C’est préserver les écosystèmes.

Valoriser les ressources locales.

Organiser les compétences humaines.

Honorer les femmes.

Encadrer la jeunesse.

Respecter les anciens.

Reconnaître la diversité des peuples comme richesse nationale.

Les « cours royales » enseignaient patience, écoute, médiation et responsabilité collective.

L’arbre enseigne la même leçon.

La patience : rien de durable ne naît dans la précipitation.

L’enracinement : pour s’élever, il faut être ancré.

La solidarité : aucune branche ne porte seule le fruit.

La générosité : donner sans bruit est la plus haute forme de puissance.

Chaque citoyen devrait planter un arbre, dans la forêt comme en ville – geste simple mais vision immense. Un destin enraciné et ouvert.

 

Un peuple ressemble à ses arbres :

S’il coupe ses racines, il s’affaiblit.

S’il honore ses femmes, il s’équilibre.

S’il respecte ses autorités morales et organise ses forces en collectivité, il se fortifie.

S’il unit science et sagesse, tradition et industrie, il conquiert l’avenir.

Quand le vent du Sahel traverse les branches du karité ou du baobab, il ne fait pas seulement frémir des feuilles.

Il murmure une vérité essentielle :

L’avenir ne naît pas uniquement des capitaux, des machines ou des marchés.

Il naît de la conscience collective.

De la connaissance approfondie.

De la recherche créatrice.

De l’innovation audacieuse.

De l’exploration courageuse des territoires encore inconnus.

L’intelligence humaine, lorsqu’elle s’enracine dans la mémoire et s’ouvre à l’universel, devient à son tour un arbre.

Un arbre de pensée.

Un arbre de responsabilité.

Un arbre de lumière.

Alors les racines anciennes ne retiennent plus le peuple vers le passé.

Elles le portent vers un destin mondial.

 

A propos de l’Auteur de la Tribune

Yé Lassina Coulibaly est artiste international et observateur attentif du monde, entre l’Afrique et l’Europe. Il prête sa plume comme une passerelle entre les cultures, afin que l’art, la connaissance et la parole demeurent un langage vivant et universel.

Il est ouvert à toute proposition de création et de conception d’évènement culturel et artistique pour servir la cause des femmes, que ce soit en Afrique, en Europe ou partout dans le monde, en collaborant avec des artistes féminines qui excellent dans l’art vocal.

Avec son orchestre afro-jazz, haut en couleur, ou les polyphonies de balafons, Yé Lassina Coulibaly a l’expérience de ce type de manifestations défendant des causes universelles. Une célébration du 8 mars, à Montreuil avec son Ensemble instrumental mandingue, en présence de Madame Alimata Salambéré Ouedraogo, en est une brillante illustration».