Face à nos confrères du Pays, le président de l'Assemblée nationale, Salifou Diallo, a assuré que le Parlement jouait pleinement son rôle de contrôle de l'action gouvernementale

Ce qu’il pourrait y avoir de bien dans ce que d’aucuns qualifient de rivalité au sommet de l’Etat burkinabè entre le président du Faso Roch Marc Chrisitian Kaboré et le président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo, c’est la possibilité d’une pleine expression de la séparation des pouvoirs exécutif et législatif. Au détour de l’interview du président de l’Assemblée nationale Salif Diallo au quotidien Le Pays ; l’on en sait un peu plus sur les jeux de rapports de forces entre pouvoirs exécutif et législatif burkinabè. Et le Premier ministre Paul Kaba Thièba, qui boucle ce 6 janvier 2017 ses douze premiers mois à la Primature, en a été la principale victime.

Face à nos confrères du Pays, le président de l'Assemblée nationale, Salifou Diallo, a assuré que le Parlement jouait pleinement son rôle de contrôle de l'action gouvernementale
Face à nos confrères du Pays, le président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo, a assuré que le Parlement jouait pleinement son rôle de contrôle de l’action gouvernementale

Invité politique le 31 décembre dernier de la Télévision BF1, Edouard Ouédraogo, directeur de publication du quotidien L’Observateur Paalga disait être sur sa faim par rapport au niveau des débats parlementaires actuels, comparés à ce qu’il a connu sous la IIe et IIIe République. Mais, pour Salifou Diallo, l’Assemblée nationale actuelle qu’il dirige, joue pleinement son rôle. Il l’a affirmé et défendu  dans la grande interview accordée récemment à nos confrères du quotidien Le Pays.

Ainsi, à la question «Le Parlement burkinabè a la réputation d’être une caisse de résonnance de l’Exécutif. Est-ce toujours le cas sous votre magistère ?», Salif Diallo a donné cette réponse :

«Pour ce qui est des députés de la présente législature, la question ne mérite pas d’être posée. Les députés ont prouvé, à plusieurs reprises, que l’Assemblée nationale joue et entend jouer pleinement son rôle dans le respect du principe de séparation des pouvoirs. Les journalistes sont témoins de l’intensité des débats à l’Assemblée nationale. Quand les ministres se présentent à l’hémicycle pour les projets de lois ou pour répondre aux questions des députés, nous leur tenons un langage de vérité. Aussi, au regard de la configuration actuelle de l’Assemblée nationale, on ne peut pas dire cela, surtout avec les hommes et les femmes qui la composent. Je crois qu’on n’a pas de députés qui ne soient pas à la hauteur. Les débats sont très animés techniquement. Les députés cernent parfaitement les questions de développement, les questions techniques de tout genre et ont des convictions politiques. Donc, cette assemblée ne peut pas être une caisse de résonnance.»

Et nos confrères de le relancer en ces termes, «Pourtant, sauf erreur ou omission de notre part, aucun projet de loi venant de l’Exécutif n’a été rejeté ?».

Le président de l’Assemblée nationale répond : «Dans les commissions, nous avons beaucoup rejeté des projets qui nous sont parvenus. Bien sûr, cela ne s’est pas fait en plénière mais au sein des commissions. Nous avons retourné au gouvernement plusieurs projets de lois que nous avons jugés inappropriés.»

Sur l’insistance des confrères, Salifou Diallo lâche : «Je peux vous citer le projet de loi sur la caisse de dépôt et  de consignation. C’est un grand projet mais le projet de loi élaboré par le gouvernement, n’était pas, à notre point de vue, assez bien organisé».

Le projet emblématique de Paul Kaba Thièba recalé par les parlementaires

Pour le Premier ministre Paul Kaba Thièba, le choc du rejet parlementaire a dû être terrible, lui qui avait fait du projet de la caisse de dépôt et de consignation un axe central de son action
Pour le Premier ministre Paul Kaba Thièba, le choc du rejet parlementaire a dû être terrible, lui qui avait fait du projet de la caisse de dépôt et de consignation un axe central de son action

Ces derniers propos de Salifou Diallo, «je peux vous citer le projet de loi sur la caisse de dépôt et  de consignation. C’est un grand projet mais le projet de loi élaboré par le gouvernement, n’était pas, à notre point de vue, assez bien organisé» ; ne sont peut-être pas extraordinaires ; mais ils pourraient expliquer bien des choses dans les rapports de force entre le Parlement et l’actuel gouvernement. La création d’une caisse de dépôt et  de consignation était l’une des mesures phares annoncées par Paul KabaThièba à son arrivée. Il l’avait même défendue avec une certaine emphase devant les députés lors de sa déclaration de politique générale le 5 février 2016. Mais, l’on n’avait  plus entendu parler de ce projet jusqu’à cette révélation du président de l’Assemblée nationale. Ainsi, le projet emblématique de Paul KabaThièba a été très tôt recalé dès l’étape des commissions parlementaires. L’on peut imaginer ce qu’a été la déception du Premier ministre avec cet échec au Parlement. Dans ce contexte, les rumeurs sur ses velléités  de démission entendues ça et là mais jamais confirmées, reprennent tout leur sens. Paul KabaThièba a été comme démobilisé par ce coup d’arrêt des parlementaires. Dès lors, l’on n’a plus revu le chef du gouvernement à l’Assemblée nationale. Etant l’initiateur du projet, le Premier ministre Paul KabaThièba a pris de plein fouet le rejet du Parlement. Si les parlementaires avaient voulu par-là calmer ses ardeurs, ils ne se seraient pas pris autrement. Mais, le Premier ministre a vite tourné la page pour se reconcentrer sur le Plan national de développement économique et social (PNDES) qui allait lui valoir plus tard des satisfactions.

Philippe Martin

Burkina Demain

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