Des participants à la table ronde de Ouaga

Jamais, la paix n’a été aussi menacée au Sahel que ces dernières années avec la persistance de la crise sécuritaire qui s’est installée, avec des conséquences sur des secteurs vitaux comme celui de l’eau. Des acteurs venus des Etats (Burkina-Mali-Niger) de la zone des 3 frontières ont planché du 2 au 4 juin 2021 à Ouagadougou sur l’avenir du secteur de l’eau en lien avec la problématique de la paix et de la sécurité.

Le présidium de l’ouverture de la table ronde, de gauche à droite : Jean Bosco Bazié d’EVI, Saidou Oua de l’ALG ; François Munger et Ibrahim Ag Youssoufou de PEG  et le modérateur Thomas Ouédraogo du CGD

C’est un fait indiscutable. La paix est depuis quelque temps menacée dans la zone des trois frontières, avec la multiplication des attaques terroristes (cas de Solhan avec 132 morts et 40 blessés), des conflits communautaires. Ces derniers surviennent souvent autour de la question de l’accès ou de l’exploitation des ressources vitales telle l’eau, autrefois facteur de paix et d’entente entre communautés.

Jean Bosco Bazié, délégué général d’Eau Vive Internationale, expliquant les vertus de l’eau

«Jadis, dans nos villages, l’eau ne se refusait pas, même pas à un étranger de passage, elle était généreusement offerte à toute personne qui  avait soif et en exprimait le besoin», se souvient Jean Bosco Bazié, délégué général d’Eau Vive Internationale.

L’insécurité a changé la donne…

Aujourd’hui, la crise sécuritaire a changé la donne. Le nombre sans cesse croissant des déplacés internes (plus d’un million au Burkina) a contribué à augmenter la pression sur les points ou aménagements hydrauliques au Sahel, générant ainsi de plus en plus des conflits, les menaces à la paix.

Alors, comment trouver des solutions idoines à la fois à ces conflits autour de l’eau mais aussi à cette crise sécuritaire qui les a engendrés ? En d’autres termes, comment, en partant de notre patrimoine ou potentiel culturel, envisager des actions pour un meilleur avenir du secteur de l’eau dans le contexte sécuritaire actuel de la zone des trois frontières ?

C’est là tout l’esprit de la table ronde intitulée «Table ronde d’acteurs et leaders locaux sur l’eau comme vecteur de paix au Sahel», organisée  conjointement  du 2 au 4 juin 2021 à Ouagadougou par Eau Vive Internationale, l’Autorité de développement intégré des Etats du Liptako-Gourma ; le Pôle Eau de Genève représenté par une délégation conduite par le directeur général François Munger et l’Observatoire citoyen sur la Gouvernance et la sécurité (OCGS).

‘’Faillite des mécanismes traditionnels de prévention des conflits’’

Dressant un état des lieux de la situation sécuritaire dans la zone ; Baba Dakono, secrétaire exécutif de l’Observatoire citoyen sur la gouvernance et la sécurité (OCGS), a relevé une faillite des mécanismes traditionnels de prévention des conflits.

Et d’en appeler à un renouvellement du contrat social avec les communautés des Hommes.

Un nouveau contrat social qui doit faire une part belle, dit-il, au dialogue qui n’exclut pas l’action militaire et des échanges qui permettent de tirer des enseignements des mauvaises expériences pour construire un mieux-vivre ensemble autour des questions de l’eau.

«Si l’eau, c’est la vie, il n’y a pas de vie sans paix durable»

«L’eau ne provoque pas la guerre, mais ce sont les Hommes qui provoquent la guerre, qui polluent l’eau, la gaspillent», rappelle à juste titre le conseiller de Pôle Eau de Genève Ibrahim Ag Issoufou.

Pour sa part, le Délégué Général d’Eau Vive Internationale Jean Bosco Bazié pense que la mise en commun des efforts et moyens des Etat pour réaliser des infrastructures d’eau peut favoriser la paix autour de ces ouvrages, à l’image du barrage de Manantali au Mali qui profite à plusieurs pays voisins sans problèmes.

«Si on a mis ensemble nos ressources pour réaliser une  infrastructure, il y a moins de risques pour que l’on se fasse la guerre autour de cela». «Si l’eau, c’est la vie, il n’y a pas de vie sans paix durable», a-t-il conclu.

«Si on a l’eau et la paix, on a tout»

La présente table ronde a connu la participation d’éminents responsables coutumiers et religieux

La présente table ronde a connu la participation d’éminents responsables coutumiers et religieux, à l’image de l’Emir de Liptako Ousmane Amirou Dicko dans la région du Sahel Burkina et du Chef Hamidou Niandou, Chef du Canton de Tera, dans la région de Tillaberi. Leur participation a été d’une grande utilité.

En effet, du haut de leur sagesse et expérience, les deux éminentes personnalités morales ont prôné le dialogue à tous les niveaux et entre les intervenants du secteur de l’eau (Communautés, Etat-Bailleurs de fonds, etc.) ; le respect des valeurs culturelles comme la tolérance, de la compréhension mutuelle, la solidarité ; le partage, etc. qui sont gages de paix, de sécurité mais aussi de développement.

«Si on a l’eau et la paix, on a tout», a conclu un intervenant, étant entendu que sans eau, aucune vie, aucun développement n’est possible : pas d’agriculture, pas d’aquaculture, pas d’élevage, pas d’hydroélectricité, pas d’industrie.

Initiative saluée par l’ALG

C’est le secrétaire exécutif de l’ALG Saidou Oua qui a présidé la cérémonie de clôture comme celle de l’ouverture

Par la voix de son secrétaire exécutif Saidou Oua, l’Autorité de développement intégré des Etats du Liptako-Gourma (ALG) a salué à sa juste valeur l’initiative de la présente table ronde qui tombe à pic et a permis de réunir autour de la problématique des participants issus de sa juridiction c’est-à-dire du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

«En tant qu’agence de proximité, de développement, nous sommes ouverts à ce genre  d’initiative qui permet de redonner espoir à nos populations que nous devons abandonner à elles-mêmes»,  a assuré le secrétaire exécutif Oua, souhaitant que cette table ronde ne soit pas une table ronde de plus.

Et heureusement pour ses organisateurs et ses participants, elle a accouché d’intéressantes recommandations.

Philippe Martin

Burkina Demain

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