La maitrise de la communication est l’un des talons d’Achille du Burkina Faso dans la lutte contre le terrorisme. Consciemment ou inconsciemment, de nombreux burkinabè (y compris certains éléments FDS) apportent de l’eau au moulin des terroristes en étant simplement les relais de leurs actions à travers les médias sociaux. 

 Cette façon de communiquer, souvent sans distanciation, permet à l’idéologie terroriste de s’incruster dans l’opinion, de modifier les perceptions et le rapport de force, d’accentuer la psychose au sein des populations.

Mais il se trouve également que la communication des pouvoirs publics est souvent totalement mal ficelée voire inexistante face à la déferlante des terroristes qui n’ont plus qu’à se contenter du « service minimum ». Les relais, à la recherche de scoops et de sensationnel, et les pouvoirs publics tétanisés, feront le reste…  Le changement de perspective à tous les niveaux est un impératif. La lutte contre le terrorisme est avant tout une guerre de la communication et du renseignement.

« Le terrorisme, à l’image de toutes les guerres, est essentiellement  une menace qui agit sur le registre des perceptions. Sans communication, le terrorisme n’est rien (…) Aujourd’hui dans l’opinion, beaucoup pensent que les terroristes sont plus armés que notre nation, ce qui est archi faux. Si vous regardez les armes qu’ils utilisent, ce sont les mêmes armes qui sont en service dans nos armées.

 Mais nous avons des armes que, eux, ne possèdent pas. C’est parce qu’il y a cette capacité à relayer l’information pour le plus grand nombre, que le terrorisme arrive à avoir l’impact qu’il a sur les nations qu’il attaque. Pour gagner la guerre contre le terrorisme, il faut arriver, non pas à contrôler, mais à modifier le champ des perceptions par la communication.

Si on ne modifie pas le champ des perceptions, le terrorisme va continuer à agir sur notre mental national, sur nos perceptions. C’est toute notre nation contre un phénomène qui est en train de nous désagréger ». Ainsi parlait le ministre des Armées, le général Barthélémy Simporé, le 11 janvier 2022 au cours d’un atelier « de sensibilisation et d’information sur les conséquences des publications déstabilisantes sur les réseaux sociaux ».

Cette rencontre a regroupé différents acteurs dont des professionnels des médias, des OSC, des FDS,  des ministères et institutions ;… L’analyse a le mérite d’être on ne peut plus claire. Les pratiques terroristes s’apparentent effectivement à une sorte de « scandalisation ». Elles visent la production d’effets médiatiques maximaux en mobilisant les médias d’une façon prioritaire. Les terroristes ont plusieurs besoins psychologiques que les médias, instrumentalisés ou pas, leur permettent d’assouvir. Besoin de se révéler sur la scène  sociale et politique, besoin de développer et amplifier leur action, besoin de donner une impression de toute puissance, besoin de s’assurer une emprise efficace sur le public en rendant leurs menaces crédibles, besoin de renforcer leur confiance en eux-mêmes. La sociologie des médias démontre que les médias renferment plusieurs caractères servant de réponses à ces besoins (réaction à l’évènement, propagande, dramatisation du fait, sensationnalisme, hyperbolisme, propagation artificielle d’un climat d’insécurité, starisation,…)

Dans ses actions violentes, le groupe terroriste a le choix entre deux tendances. L’effet de saturation ou de hasard, d’abord. Les groupes terroristes multiplient les attaques ou les massacres en un laps de temps très court, mais sans forcément faire un grand nombre de victimes malgré le choix de frapper dans des lieux publics à des moments de forte affluence. Ce genre d’attaques génèrent une peur collective. Chacun, craignant d’être frappé, déserte les lieux publics. Le sentiment de menace terroriste diffuse s’accroit.

L’effet de ciblage cherche plutôt une autre forme de « spectacularisation ». En frappant par exemple une personnalité, un symbole de l’État,…Les terroristes cherchent non plus un effet de masse diffus, mais un effet précis, identifiable . Dans un cas comme dans l’autre, la réalité est que le Burkina Faso est dans l’œil de cyclone des terroristes depuis 2015. Nul ne peut nier cette évidence.

Bien communiquer pour triompher 

Face au terrorisme, la communication doit changer de fond en comble. Les citoyens doivent faire preuve de discernement et de retenue. Le travail d’éducation aux médias, de sensibilisation  mais également de répression selon les textes en vigueur doit se poursuivre. La communication publique, elle doit être rassurante et motivante. Une stratégie de communication de crise permettra au gouvernement d’assurer la communication avant, pendant et après la crise et d’engager un dialogue avec les citoyens en tant que partenaires.

Le gouvernement a le devoir d’expliquer clairement à la population comment l’incident est géré pour conserver sa confiance. Il est important d’envisager des formations en communication de crise ainsi que des simulations pour les tenir à jour. Par le biais d’une réponse efficace de la communication de crise, le gouvernement peut prendre le contrôle d’une crise, fixer l’ordre du jour, montrer des qualités de leadership et atténuer les sentiments de colère et de frustration au sein du public. La professionnalisation passe également par l’élaboration de guides pour les communicants qui rappelle les grands principes pour la communication publique en l’occurrence, en période de crise.

En ce sens, le conseil des ministres du 13 janvier annonce l’élaboration d’une stratégie de communication gouvernementale à travers la mise en place d’une cellule et d’un dispositif de communication de crise, l’adoption d’une charte graphique nationale à l’effet d’authentifier et de protéger les documents officiels et de garantir une meilleure utilisation des symboles de l’État, la mise en œuvre d’un branding pour l’image du Burkina Faso à l’international. Ouf ! Il était temps. Vivement que ces initiatives ne se transforment pas en vœux pieux ! Touchons du doigt.

Jérémie Yisso BATIONO

Enseignant chercheur

Ouagadougou

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