Alimata Salambéré Ouédraogo incarne une présence rare et précieuse : celle d’une femme habitée par la mémoire vivante de la civilisation africaine. Femme de lumière et de transmission, elle porte en elle une parole ancienne qui traverse les générations et relie les continents. En Afrique comme en Europe, sa voix résonne tel l’écho des sages, prolongeant la chaîne invisible des enseignements hérités des aînés, de la terre et de l’histoire.

Dans sa pensée comme dans son écriture, la voix de ses parents, de sa lignée et des ancêtres africains demeure intensément présente. Elle irrigue chaque mot, éclaire chaque réflexion et inspire chacun de ses engagements. Chez elle, la parole n’est jamais un simple instrument d’expression : elle est héritage, responsabilité et fidélité envers celles et ceux qui ont ouvert les chemins avant elle.
Son parcours plonge ses racines dans la terre rouge d’Afrique, cette terre à la fois symbolique et fertile qui nourrit l’âme et rappelle la dignité profonde des peuples. De cette origine, elle tire une force intérieure constante, une énergie sereine qui lui permet d’affronter les exigences du savoir, de l’apprentissage et de l’excellence. La quête de la connaissance dépasse pour elle toute ambition individuelle : elle devient un devoir moral envers le peuple, une manière d’honorer la mémoire de ceux qui ont transmis les savoirs et les valeurs fondatrices.
Née le 9 novembre 1942 à Bobo-Dioulasso, capitale culturelle du Burkina Faso, Alimata Salambéré voit le jour au sein d’une famille où le savoir, la mémoire et la tradition constituaient le socle d’une conscience aiguë de l’identité africaine. Dès son enfance, elle pressent que la culture n’est pas un simple héritage figé, mais un levier fondamental de l’épanouissement des sociétés, de la dignité des peuples et de la reconnaissance universelle de leur singularité. La parole, la transmission et la mémoire se présentent alors à elle comme des instruments essentiels de construction et de rayonnement.
Élève brillante et persévérante, elle poursuit des études supérieures en lettres modernes, avant de s’orienter vers l’univers exigeant de l’audiovisuel, où elle décroche un diplôme professionnel de réalisatrice-productrice de télévision. Cette double formation, alliant finesse littéraire et maîtrise technique, lui offre un socle incomparable pour défendre les arts, promouvoir les médias et transmettre les savoirs au service de l’éducation et de la formation.
Son parcours s’inscrit dans le contexte exaltant des indépendances africaines, époque où les nations du continent œuvraient à l’affirmation de leur identité culturelle et à la réappropriation de leur histoire. Visionnaire et pionnière, Alimata Salambéré est l’une des membres fondatrices du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) en 1969. Par son action déterminante, le festival devient rapidement un rendez-vous mondial incontournable du cinéma africain. Elle entre dans l’histoire en devenant la première femme présidente du comité d’organisation, brisant ainsi les barrières de genre dans un univers culturel alors largement masculin et ouvrant la voie à de nouvelles générations de femmes créatrices et gestionnaires de la culture.
Son expertise et son sens aigu du leadership la conduisent à assumer d’importantes responsabilités étatiques. De 1987 à 1991, elle occupe le poste de Ministre de la Culture du Burkina Faso, travaillant avec une détermination inébranlable à la structuration des politiques culturelles nationales, à la valorisation du patrimoine africain et à la reconnaissance des artistes. Elle place la promotion des femmes dans les espaces de création et de décision au centre de son action, affirmant avec force que l’émancipation culturelle est indissociable de l’égalité des genres.
Au-delà des frontières africaines, son rayonnement s’étend à l’international. En Europe, elle est nommée Directrice générale de la culture et de la communication à l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), devenue aujourd’hui l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Dans ce rôle stratégique, elle consolide le dialogue interculturel, promeut la diversité culturelle et offre aux cultures africaines une visibilité accrue sur la scène mondiale, consolidant ainsi le lien entre l’Afrique et le reste du monde.
Tout au long de sa carrière, Alimata Salambéré reçoit de nombreuses distinctions, témoins de son engagement indéfectible pour le cinéma africain et pour la dignité de l’image de l’Afrique. L’UNESCO salue son action exemplaire, et, récemment, elle est honorée au Cameroun par un Écran d’honneur lors de la cérémonie « Des écrans noirs », distinction majeure consacrant son dévouement à la promotion et à la valorisation du cinéma africain.
Parole d’or de l’Afrique et gardienne de son patrimoine culturel, Alimata Salambéré demeure une figure tutélaire, véritable « grande dame » dont la stature évoque le baobab : sous son ombre bienveillante, les jeunes générations de créateurs puisent inspiration, sagesse et expérience. Par sa persévérance et son courage, elle conjugue l’excellence professionnelle à la fidélité aux valeurs familiales, transmettant à ses enfants et petits-enfants l’amour du travail, le respect des traditions et la passion pour la culture.
Son attachement à l’Afrique et au Burkina Faso constitue l’un des fondements essentiels de son identité. Cependant, cet attachement ne relève pas d’un simple héritage culturel passivement reçu. Il devient une source de force intérieure et d’inspiration intellectuelle. À ses yeux, l’Afrique n’est pas seulement un espace géographique : elle est une école de sagesse, de résilience et de valeurs humaines, où la solidarité, la dignité et la persévérance façonnent les consciences des femmes et des hommes appelés à servir leur communauté.
C’est précisément dans cette fidélité à ses racines que se révèle la dimension la plus profonde de son parcours. Car la véritable modernité ne consiste pas à renier son héritage, mais à le comprendre, à l’enrichir et à le projeter vers l’avenir. En conciliant tradition et modernité, identité et ouverture, Alimata Salembéré Ouédraogo démontre que l’excellence peut s’enraciner profondément dans une culture tout en dialoguant avec le monde.
Son itinéraire est marqué par la rigueur intellectuelle, la persévérance et un sens aigu de la responsabilité sociale. Chaque étape de son parcours témoigne d’une volonté constante de dépassement. Mais ce dépassement n’est jamais solitaire : il s’inscrit dans une vision plus large, celle d’entraîner avec elle toute une génération de femmes vers de nouveaux horizons de connaissance, de confiance et d’émancipation.
Par son attitude et par son engagement, elle incarne une élégance qui dépasse largement l’apparence pour devenir une véritable posture éthique. Cette élégance morale – faite de dignité, de mesure et de clairvoyance – confère à son action une portée presque symbolique. Elle rappelle que la véritable grandeur se manifeste moins dans le pouvoir que dans la capacité à servir avec intégrité.
Sur la scène nationale comme sur la scène internationale, elle apparaît comme une figure inspirante dont la trajectoire incarne la noblesse de l’effort, la constance dans le travail et la fidélité aux valeurs humaines fondamentales. Par son savoir, son sens du devoir et la clarté de sa vision, elle participe activement à la valorisation de la femme burkinabè et, au-delà, de la femme africaine dans les sphères du savoir, de la responsabilité et de l’excellence.
Mais ce qui distingue profondément son parcours réside dans la dimension philosophique qui semble l’animer. Pour elle, la réussite ne se réduit jamais à une conquête personnelle ni à une accumulation de privilèges. Elle devient plutôt une responsabilité morale envers la société. Dans cette perspective, l’élévation individuelle n’a de sens que lorsqu’elle contribue à l’élévation collective.
Par sa plume et par sa parole, Alimata Salambéré Ouédraogo ouvre des passages entre les mondes. Elle ne se contente pas de préserver la mémoire : elle lui offre un mouvement, une respiration nouvelle. Son œuvre s’inscrit dans un dialogue permanent entre tradition et modernité, entre héritage et avenir. Ainsi, la sagesse ancestrale ne demeure pas confinée dans le passé ; elle entre dans la conversation du présent et participe à la construction du monde contemporain.
Sa pensée affirme avec force que la culture africaine n’est ni immobile ni enfermée dans la nostalgie. Elle est vivante, créatrice, capable de dialoguer avec les autres cultures sans renoncer à son essence. Cette vision repose sur une conviction profonde : une civilisation ne s’épanouit véritablement que lorsqu’elle reconnaît la valeur de ses racines tout en s’ouvrant à l’universel.
Attentive aux mouvements de son époque, elle observe avec lucidité les transformations du monde ainsi que les défis politiques, sociaux et culturels qui traversent les sociétés contemporaines. À l’écoute des réalités nationales de son pays, le Burkina Faso, comme des dynamiques internationales, elle développe un regard à la fois critique, réfléchi et profondément humain.
Son analyse ne se limite jamais à la simple observation : elle cherche à comprendre, à éclairer et à transmettre. Elle sait que les sociétés africaines vivent aujourd’hui un moment charnière de leur histoire, un moment où elles doivent participer pleinement aux mutations du monde tout en préservant la richesse spirituelle et culturelle qui constitue leur socle.
C’est dans cette perspective qu’elle accorde une importance centrale à la transmission envers les nouvelles générations. Pour elle, transmettre ne signifie pas seulement transmettre des connaissances. Transmettre, c’est offrir une orientation intérieure, un sens des valeurs, une conscience de l’histoire et de la dignité humaine. C’est rappeler qu’aucun peuple ne peut avancer sereinement s’il ignore la profondeur de ses racines.
Elle invite ainsi la jeunesse africaine à reconnaître la grandeur de son héritage ancestral, à prendre soin de la mémoire des anciens et à faire de cette mémoire une force créatrice pour l’avenir. L’héritage culturel africain n’est pas, à ses yeux, un simple patrimoine du passé : il constitue un trésor vivant, une source permanente de sagesse et d’inspiration.
Dans un monde désormais façonné par les technologies numériques et les innovations rapides, Alimata Salambéré Ouedraogo défend une vision équilibrée et féconde de la modernité. Elle appelle à une modernité qui ne soit pas rupture, mais continuité. L’Afrique, selon elle, n’a pas à choisir entre tradition et innovation : elle doit faire dialoguer ces deux dimensions afin de construire une modernité fidèle à ses racines.
Cette vision philosophique repose sur une idée essentielle : la sagesse des anciens et les outils du présent peuvent se renforcer mutuellement. Lorsque la technologie est éclairée par la conscience culturelle et la mémoire collective, elle devient un instrument de progrès authentique et durable.
Ainsi, l’action d’Alimata Salambéré Ouedraogo apparaît comme un véritable pont entre les générations, entre les continents et entre les formes de savoir. Sa parole rappelle que l’identité africaine n’est pas une réalité figée : elle est une dynamique vivante, capable de s’adapter, de créer et de rayonner tout en demeurant fidèle à ses fondements.
Par son engagement dans les domaines de la culture, de l’éducation et de la formation, elle contribue activement à faire vivre et à transmettre le patrimoine africain dans toute sa richesse. Pour elle, ce patrimoine n’est pas une relique immobile : il est une source de dignité, de connaissance et d’humanisme pour le monde contemporain.
Avec humilité et détermination, elle rappelle une vérité essentielle : l’avenir d’un peuple ne se construit jamais dans l’oubli de ses racines, mais dans leur compréhension profonde et leur transmission consciente. Car c’est dans la mémoire vivante des cultures que les sociétés trouvent la force d’inventer leur avenir.
Grande figure de la culture burkinabè, Alimata Salambéré Ouedraogo s’est également distinguée comme bâtisseuse de nombreux projets culturels au Burkina Faso. Elle a contribué à renforcer la place de la culture à travers le cinéma, le théâtre, la danse et la musique. Par son engagement constant, elle a soutenu les artistes et défendu la reconnaissance de leur rôle dans la société, œuvrant notamment pour l’amélioration de leur statut professionnel et pour la valorisation des métiers de la création.
Alimata Salambéré Ouedraogo : élégance, sagesse et engagement, le portrait d’une femme d’exception.
Parmi les rencontres qui jalonnent une vie, certaines marquent durablement par leur dignité, leur lucidité et leur engagement. Alimata Salambéré Ouedraogo appartient à cette rare catégorie de femmes dont la présence inspire respect et admiration.
La première impression qu’elle dégage est celle de l’élégance. Toujours raffinée dans ses tenues, elle incarne une distinction qui dépasse l’apparence pour devenir une forme d’art, un langage subtil. Son style reflète la richesse de la culture africaine, où chaque vêtement raconte une histoire, conserve une mémoire et traduit une identité. À travers ses choix vestimentaires, elle honore ses racines tout en se mouvant avec aisance dans des sphères internationales.
Mais son élégance ne se limite pas à l’esthétique. Elle se manifeste dans sa politesse, sa retenue et son sens de la mesure, qualités devenues rares dans un monde pressé. Elle possède une aptitude précieuse : une écoute profonde et attentive. Elle observe, analyse et comprend avant de parler. Ses mots sont choisis, porteurs de sens, jamais prononcés par effet de mode ou impulsion. Elle ne suit pas aveuglément et ne valide jamais une idée sans discernement.
Ce qui frappe également, c’est la finesse de son intelligence. Une intelligence lucide, ancrée dans le réel, capable de conjuguer réflexion et action. Elle garde les pieds sur terre, solidement enracinée dans l’éthique et les valeurs humaines. Son regard sur le monde, nourri par une expérience riche et une compréhension profonde des enjeux politiques, sociaux et culturels, lui permet de porter une analyse claire et pertinente.
Dans les discussions, elle démontre une capacité d’analyse remarquable. Elle éclaire les situations complexes, apporte profondeur et nuance aux dossiers, et rappelle toujours l’essentiel : l’humain au centre de toute décision. Cette lucidité s’accompagne d’une prévoyance naturelle : elle anticipe, mesure les conséquences et pose les bonnes questions au moment opportun.
Sa personnalité évoque certaines figures marquantes de l’histoire et de la culture. Par sa dignité et sa force morale, elle rappelle ces grandes dames africaines qui ont façonné leur époque. Par son engagement intellectuel et la force de sa parole, elle incarne la tradition des consciences éclairées qui guident la société. Et par sa profondeur culturelle et son attachement à l’Afrique, elle porte en elle l’esprit d’un continent riche de valeurs et de mémoire.
J’ai fait sa connaissance au Burkina Faso, à Bobo Dioulasso comme à Ouagadougou, puis je l’ai rencontrée à Paris, à l’UNESCO, lieu symbolique du dialogue entre les cultures, ainsi qu’à Montreuil, lors de la célébration de la Journée de la femme du 8 mars, organisée par une association de femmes burkinabè. Ces rencontres ont conforté l’image d’une femme profondément engagée, animée par un esprit de générosité intellectuelle et morale, qui met son parcours au service des autres avec une discrétion empreinte d’élégance. qui agit avec la conviction profonde que chaque femme qui accède à l’éducation, à la compétence et à l’autonomie contribue à l’édification d’une société plus juste, plus équilibrée et plus éclairée.
Elle effectue régulièrement la navette entre le Burkina et Paris, fidèle à une mission essentielle : rester à l’écoute de son peuple, de ses valeurs et de ses aspirations. Consciente que chaque parcours est unique, elle sait reconnaître l’importance de chaque effort et faire la part des choses avec discernement et équité.
De nombreuses personnes ont vu leur trajectoire transformée grâce à ses conseils. Sous son accompagnement, certains ont trouvé leur voie, gagné en autonomie et construit un statut professionnel solide, durable et respecté.
En définitive, Alimata Salambéré Ouedraogo est de ces femmes qui ne cherchent pas la lumière pour elles-mêmes, mais qui illuminent le chemin des autres. Une femme d’élégance, de lucidité et de transmission, rare et nécessaire dans notre époque. Lorsque sa voix s’élève, au niveau national comme international, c’est toute l’Afrique qui peut être fière d’être représentée par une personnalité de cette qualité.
Alimata Salambéré Ouedraogo est une militante et intellectuelle burkinabè dont l’engagement pour le bien-être collectif et le progrès social constitue un exemple rare d’intégrité et de constance. Tout au long de sa vie, elle s’est tenue aux côtés des causes fondamentales : la défense des droits des femmes et des enfants, l’accès équitable à l’emploi et la protection des travailleurs, ainsi que l’accompagnement des personnes handicapées, malades ou privées d’opportunités professionnelles. Son action ne se limite pas à des sphères sociales : elle englobe également la formation et l’insertion des jeunes Burkinabè, qu’elle perçoit comme le moteur essentiel du développement national.
Attentive aux mutations profondes des sociétés numériques, elle a observé et analysé avec acuité la transformation sociale du Burkina Faso à travers plusieurs générations. Son regard sur l’emploi, la structuration institutionnelle et la modernisation sociale lui permet de proposer des réponses pragmatiques aux défis contemporains, alliant innovation et respect des réalités locales.
Polyglotte et profondément consciente du rôle de la langue dans la construction identitaire, Alimata Salambéré considère la maîtrise linguistique non seulement comme un outil de communication, mais comme un vecteur de culture, de mémoire collective et de cohésion sociale. Pour elle, chaque langue est un horizon, chaque mot un pont entre les individus et leur histoire.
Sa capacité d’écoute, empreinte de respect et de sensibilité, s’étend des anciens des villages aux professionnels expérimentés des villes. Elle puise dans cette diversité de parcours des enseignements riches et variés, allant de la littérature à la gestion, des sciences politiques à l’histoire, de la sociologie à la technologie. Cette aptitude à conjuguer savoirs théoriques et expériences pratiques fait d’elle une personnalité exceptionnelle, capable de comprendre les enjeux locaux tout en conservant une vision globale et prospective.
Alimata Salambéré Ouédraogo incarne ainsi un idéal d’engagement citoyen et de sagesse pratique. Sa vie et son œuvre témoignent de la puissance d’une personne qui, par la combinaison de l’intelligence, de l’empathie et de la détermination, contribue de manière concrète au progrès social et au développement harmonieux de sa nation. Elle rappelle que l’action éclairée et l’humanisme peuvent être des forces porteuses de transformations dans le monde contemporain.
Au nom de l’enfant béni de sa terre natale qu’est Alimata Salambéré Ouédraogo, et de nos ancêtres africains – ces bâtisseurs silencieux de civilisations qui ont contribué à l’édification de l’humanité – je salue avec respect et fierté la grandeur des peuples du Burkina Faso et, au-delà, celle de toute l’Afrique.
Leur héritage spirituel, moral et culturel constitue une source inépuisable d’inspiration pour les générations présentes et futures. Nous sommes les dépositaires d’une mémoire collective façonnée par des siècles d’histoire, de luttes, de sagesse et de créativité. Cette mémoire n’est pas une relique figée dans le passé : elle est une force vivante. Elle respire encore dans nos gestes, dans nos paroles, dans nos chants, et elle éclaire le chemin que nous devons tracer.
Dans la tradition africaine, l’initiation occupe une place fondamentale. Elle dépasse largement le simple rite de passage : elle est une école de l’être, un apprentissage de la responsabilité et de la conscience. Elle enseigne que la connaissance n’est jamais la propriété d’un individu isolé. Dans la civilisation africaine, savoir signifie transmettre, notamment la sagesse. Car la sagesse n’est pas un bien que l’on garde pour soi ; elle est un flambeau que chaque génération reçoit afin de le porter plus loin. Ainsi se perpétue le fil invisible de la mémoire. Les arts, les récits, la musique, la danse et toutes les formes d’expression culturelle deviennent alors les vecteurs d’une transmission essentielle : celle de l’âme d’un peuple.
Je rends un hommage sincère à tous les artistes, aux acteurs culturels et à ces travailleurs de l’ombre qui consacrent leur énergie à préserver et à valoriser notre patrimoine commun. Leur engagement dépasse la simple création artistique : ils protègent une mémoire collective et lui offrent un avenir. Ils sont, en quelque sorte, les gardiens de l’esprit et les messagers silencieux de notre identité.
Le Burkina Faso, en tant que nation, s’est construit dans la coexistence et l’harmonie de plus de soixante ethnies vivant depuis des millénaires sur son territoire. Chacune de ces communautés porte sa langue, ses traditions, ses symboles et sa vision singulière du monde. Cette mosaïque culturelle constitue une richesse rare et précieuse qui témoigne d’une vérité profonde : l’unité véritable ne naît pas de l’uniformité, mais de la capacité à reconnaître la valeur de la diversité. Les peuples burkinabè ont su, au fil des siècles, faire de leurs différences une force et construire un destin commun sans renoncer à leurs identités.
La musique traditionnelle est sans doute l’expression la plus vibrante de cette richesse culturelle. Elle ne se réduit pas à un simple divertissement : elle est un langage de l’âme. Elle est mémoire, parole et lien social.
À travers les rythmes profonds des tambours, les vibrations des instruments ancestraux et la poésie des chants porteurs de sagesse, la musique raconte l’histoire des peuples. Elle évoque leurs joies, leurs épreuves, leurs combats et leurs espérances. Elle accompagne les naissances, les initiations, les célébrations et les deuils. Elle est la respiration même de la communauté.
La richesse linguistique du Faso m’émerveille profondément. Chaque langue est un univers. Elle façonne une manière unique de penser, d’interpréter le monde et de transmettre les valeurs essentielles. Les langues ne sont pas seulement des outils de communication : elles sont des architectures de sens, des mémoires vivantes.
Préserver cette diversité linguistique, c’est protéger un trésor inestimable. C’est reconnaître que l’identité nationale peut s’enraciner dans la pluralité et que l’harmonie peut naître de la coexistence de multiples voix.
Imaginer une véritable symphonie de cette diversité culturelle serait une initiative porteuse d’avenir. Une telle vision permettrait de faire émerger une identité musicale burkinabè singulière, capable de se distinguer dans le paysage artistique de la sous-région africaine.
Elle offrirait également un espace fertile pour la créativité des artistes et contribuerait au développement économique du secteur culturel. Car la culture n’est pas seulement une expression symbolique : elle peut aussi devenir une force de développement, un moteur d’innovation et un vecteur de rayonnement international.
Aujourd’hui, une nouvelle génération d’artistes talentueux incarne l’élan d’une Afrique en mouvement. Ces jeunes créateurs portent en eux l’énergie et l’espérance d’un continent qui se réinvente. Ils sont appelés à devenir de véritables ambassadeurs culturels, capables de faire entendre la voix du Faso sur les scènes du monde entier.
Mais leur mission ne pourra pleinement s’accomplir que s’ils restent profondément enracinés dans leur identité. C’est dans la mémoire des anciens, dans les légendes, les épopées et les mythes fondateurs de nos civilisations qu’ils trouveront la source d’une créativité authentique.
En tissant un dialogue fécond entre tradition et modernité, ils pourront créer des œuvres originales qui parlent au monde sans jamais renier leurs racines. Ainsi, ils feront vivre l’héritage de leurs ancêtres tout en contribuant à écrire une nouvelle page de l’histoire culturelle africaine.
Car être enfant du Faso, c’est porter en soi l’héritage d’une terre de courage, de dignité et de créativité. C’est reconnaître la profondeur de ses racines tout en levant les yeux vers l’horizon.
Et c’est comprendre, surtout, que la culture n’est pas seulement la mémoire d’un passé glorieux : elle est une force vivante qui façonne l’avenir et éclaire le destin des peuples. Elle contribue profondément à l’intérêt général et au rayonnement des nations.
Salutations empreintes de respect et de fraternité au peuple du Burkina Faso et, au-delà, à toute l’Afrique. La richesse incommensurable de notre continent ne réside pas seulement dans ses paysages majestueux, mais dans la diversité de ses langues, de ses cultures et de ses traditions, socle vivant de notre identité collective. Cette diversité, loin de fragmenter notre être commun, l’enrichit et le sublime, telle l’eau limpide qui, nourrissant la terre, fait éclore la vie dans toute sa splendeur.
Le Burkina Faso, au cœur de l’Afrique, est un terreau fertile où les racines du passé et du présent s’entrelacent, rappelant la force tranquille du chêne, symbole de sagesse, de résilience et de longévité. À l’instar du baobab, majestueux et protecteur, notre peuple se dresse, ancré dans ses traditions et ouvert à l’horizon de la modernité, offrant ombre et refuge à ceux qui cherchent inspiration et guidance. Chaque langue, chaque coutume, chaque geste du quotidien est une manifestation de l’air qui circule librement, portant les paroles de nos ancêtres et conférant légèreté et profondeur à notre héritage commun.
Les éléments eux-mêmes – l’eau, l’air, le feu, la terre et le ciel – deviennent des métaphores vivantes de nos vertus collectives. L’eau enseigne la fluidité et la compassion, l’air la clarté de pensée et la liberté, le feu la force et la passion, la terre la solidité et l’endurance, et le ciel la vision et la sérénité infinie. Racines et branches s’unissent, ciel et terre dialoguent, et dans cet échange perpétuel, le Burkina Faso rayonne comme un symbole de cohésion, de tolérance et de richesse humaine.
Puissions-nous marcher ensemble, éclairés par la sagesse de nos aînés, nourris par la diversité de nos langues et de nos cultures, et portés par l’énergie vivifiante des éléments et des arbres sacrés. Que le chêne et le baobab, gardiens de la mémoire et de la vie, inspirent chacun de nos actes, et que la voix de notre peuple, fière et sereine, résonne dans toute l’Afrique, célébrant la beauté et la grandeur de notre humanité commune!
Nous sommes, Alimata Salambéré et moi, issus tous les deux de la terre de Bobo Dioulasso, au sein d’un peuple aux traditions ancestrales. C’est au nom de notre fraternité d’origine et d’art, que je salue cette grande dame dont le talent et le parcours honorent notre pays.
Femme moderne par son esprit et universelle par sa vision, elle représente aujourd’hui l’image d’une Afrique qui avance avec confiance, portée par l’intelligence, la créativité et la responsabilité de ses filles. Son parcours rappelle avec force que la grandeur d’une nation ne réside pas uniquement dans ses institutions ou dans ses ressources naturelles, mais aussi dans la qualité humaine de celles et ceux qui choisissent de la servir avec conviction.
Ainsi, Alimata Salambéré Ouédraogo apparaît comme l’incarnation d’une génération de femmes africaines qui participent à la construction de l’avenir avec courage, lucidité et détermination. Par son exemple, elle honore non seulement la femme burkinabè, mais également la femme du monde, en démontrant que la dignité, le savoir et la persévérance sont capables de franchir toutes les frontières et d’inscrire une vie dans la mémoire des peuples.
Dans cette perspective, son engagement devient plus qu’un simple modèle : il se transforme en une invitation silencieuse adressée à toutes les femmes d’Afrique, celle de croire en leur potentiel, de cultiver leur savoir et d’oser participer pleinement à l’écriture de l’histoire.
Car, au fond, les véritables bâtisseurs de l’avenir ne sont pas seulement ceux qui occupent les positions visibles du pouvoir, mais aussi celles et ceux qui, par leur intelligence, leur courage et leur sens du devoir, contribuent à élever la conscience d’une société.
Yé Lassina Coulibaly est artiste international et observateur attentif du monde.
Entre l’Afrique et l’Europe, il prête sa plume comme une passerelle entre les cultures, afin que l’art, la connaissance et la parole demeurent un langage vivant et universel.
Site officiel : www.yecoulibaly.com
Artiste auteur-compositeur interprète
Musicothérapie sociétaire de la SACEM, ADAMI, SPEDIDAM, Union des Artistes Burkinabè































