«Né le 27 août 1936 à Ouidah, au Bénin, Armand Pascal Aniambossou incarne une figure majeure de l’art africain contemporain. Sa trajectoire artistique, profondément ancrée dans une quête de sens et une exploration audacieuse des formes, lui a permis de devenir le maître incontesté du «forcubisme », un langage pictural qu’il a inventé. Cette démarche originale fusionne l’abstraction cubiste européenne avec les symboles, les rythmes et les cosmogonies de l’Afrique noire, donnant naissance à une esthétique inédite et profondément signifiante. Issu d’une famille commerçante, il grandit dans l’atmosphère mystique et syncrétique d’Ouidah, ville historique du Bénin, berceau de la culture vaudou…. ». Yé Lassina Coulibaly lui rend ici un vibrant hommage. Lisez plutôt !
«Honneur à la civilisation béninoise : tradition, culture et science.
Au Bénin, terre où chaque peuple apporte ses mythes, ses gestes, ses masques. Ô toi, passant distrait, crois-tu qu’il ne s’agisse là que d’ornements, de couleurs vives jetées pour flatter les yeux ? Non point ! Mille fois non ! Ces bois sculptés, ces bronzes fondus, ces étoffes tissées sont des paroles visibles, des lois murmurées, des mémoires inscrites dans la matière. Ils sont des archives vivantes d’une sagesse qui précède les livres. Et les enfants, assis au seuil de la cour familiale, boivent ces récits comme une première nourriture de l’âme, lait symbolique qui forge leur conscience.
Ecoutons le Sage: » Vous vous imaginez que ces masques immobiles se taisent ? Erreur ! Qu’un masque traverse la place, et voilà tout le village saisi de silence. Car sous ce bois peint, ce n’est plus un voisin ordinaire : c’est l’ancêtre qui revient, juge invisible qui suspend les querelles et commande la révérence. » Là se joue une grande métamorphose : l’homme devient spectre, le spectre devient maître, et le peuple entier s’incline. L’enfant, attentif, apprend dès lors sa première leçon de philosophie : que tout n’est pas visible, et que la réalité se révèle souvent autre que ce que l’œil contemple.
Réfléchissons donc. Bois, métal, chant, danse, étoffe : ne vois-tu pas qu’ici s’élabore un langage plus subtil que tous les alphabets importés ? Le textile tissé inscrit les identités comme une écriture de couleurs. Le bronze, figé mais impérissable, proclame la mémoire des rois disparus. Le masque ne vit que par la mémoire des ancêtres et par la musique, et la musique ne respire qu’à travers le corps qui danse. Ainsi, costume, rythme et geste s’unissent comme les membres d’un seul organisme. L’enfant, qui s’essaie maladroitement à reproduire les pas de ses aînés, n’entre-t-il pas déjà dans la plus vaste des écoles : celle de l’art populaire et savant, où l’éducation se confond avec le jeu ?
Nulle discipline n’est plus réglée que ces spectacles. L’esprit des masques rappelle aux hommes l’autorité des ancêtres, la puissance des mères, veillent sur la cité plus sûrement que certains policiers modernes. Et les enfants, dans la foule, regardent, questionnent, imitent : leurs yeux s’ouvrent, leur mémoire s’imprime, leur conscience s’éveille. Quelle école, je vous le demande, plus efficace que ce théâtre vivant, où la philosophie se danse et où la civilisation se transmet sans manuel ?
Et la nature elle-même joue sa partition. La terre nourrit, puis reçoit les morts. L’eau relie les mondes, purifie et féconde. Le ciel dessine des calendriers que les prêtres lisent comme d’autres lisent une tragédie grecque. L’homme doit toujours rendre hommage avant de prendre : offrande à la terre avant de semer, chant au fleuve avant de pêcher. Voilà l’écologie première, sacrée, que nos savants modernes, tout occupés de chiffres, oublient trop souvent. L’enfant, en suivant ses parents au champ ou à la rivière, apprend ainsi que l’éducation n’est pas seulement affaire de bancs d’école, mais de gestes répétés, transmis de génération en génération.
La science assure qu’on peut exploiter sans rendre grâce ! Et voici la récolte qui se flétrit, le fleuve qui se retire, et nos doctes calculateurs de s’étonner. N’est-ce pas clair ? Quand le paysan béninois s’adresse aux esprits de la nature, il s’adresse surtout à sa conscience. Il enseigne à ses enfants que vivre, c’est toujours contracter une dette, et qu’apprendre, c’est d’abord reconnaître la limite.
Et parlons des femmes ! Certains, naïfs, les croiraient reléguées. Quelle erreur ! Elles règnent sur les marchés, conduisent des cultes, soignent par les plantes, et dans les Gelede leur puissance est célébrée en pleine place publique. Qui initie les enfants aux saveurs, aux contes, aux remèdes ? Elles encore. Les mères, les grand-mères, les sœurs aînées forment une armée invisible d’institutrices du quotidien. Chaque conte au crépuscule, chaque geste culinaire, chaque chant murmuré devient acte de transmission.
Ô vérité éclatante ! Laissez donc les femmes de côté, et aussitôt la maison s’écroule. Car sans elles, le foyer — première salle de classe — s’éteint. Au Bénin, elles gouvernent sans sceptre, mais avec des paniers et marmites, et forment des générations entières à survivre, marchander, croire.
Mais voici le drame de ce siècle : l’école moderne, les migrations, les lois importées bouleversent les transmissions. L’enfant, hier encore instruit au clair de lune, se retrouve aujourd’hui face au tableau noir. La science du guérisseur se heurte aux formules du laboratoire. Comment unir ces mondes sans profaner l’un ni renier l’autre ? Comment faire de l’enfant à la fois l’héritier de la tradition et le citoyen du monde globalisé ?
Le sage, avec ironie et lucidité: « Donnez-moi vos secrets, braves guérisseurs ! Je les transformerai en pilules dorées, et vos enfants n’en recueilleront que des miettes ! » Voilà le piège de notre époque. Les artisans, dépositaires de l’âme du peuple, vivent dans la précarité, et leurs enfants voient leur héritage menacé d’oubli. N’est-il pas urgent d’inventer une pièce nouvelle, intitulée L’École des Traditions, où ministres, maîtres d’école et villageois siégeraient ensemble, afin de sceller un pacte juste entre mémoire et modernité ?
Le conflit n’oppose pas tradition et progrès, mais mépris et reconnaissance. Si l’on respecte et protège, les masques continueront de parler, les chants de guider, les savoirs de guérir, et les enfants d’apprendre. Si l’on néglige, tout s’éteindra, comme un feu abandonné faute de bois.
Eh bien, jouons donc cette pièce de la mémoire ! Que le Bénin devienne scène, que les masques soient acteurs, que les femmes soient régentes, que les vieillards soient sages, que les enfants soient élèves, que les chants soient dialogues. Peuple de la terre et de l’eau, riez si vous voulez, pleurez si vous pouvez, mais surtout écoutez : c’est la tradition qui parle — et c’est peut-être la plus profonde des philosophies.
Digne fils du Bénin, Armand Pascal Aniambossou est une figure majeure de l’art contemporain africain, un peintre de renommée mondiale, un artiste entre deux monde qui a, par sa plume picturale, porté haut les valeurs culturelles de son pays.
Né le 27 août 1936 à Ouidah, au Bénin, Armand Pascal Aniambossou incarne une figure majeure de l’art africain contemporain. Sa trajectoire artistique, profondément ancrée dans une quête de sens et une exploration audacieuse des formes, lui a permis de devenir le maître incontesté du «forcubisme », un langage pictural qu’il a inventé. Cette démarche originale fusionne l’abstraction cubiste européenne avec les symboles, les rythmes et les cosmogonies de l’Afrique noire, donnant naissance à une esthétique inédite et profondément signifiante.
Issu d’une famille commerçante, il grandit dans l’atmosphère mystique et syncrétique d’Ouidah, ville historique du Bénin, berceau de la culture vaudou. Cette immersion dans un univers spirituel foisonnant nourrit son imaginaire et forge sa sensibilité artistique, lui offrant un terreau symbolique riche où s’entrelacent mythe, mémoire et ritualité. Après des études en France, il revient au Bénin en 1960, où il organise une série d’expositions soutenues par le président de l’époque. L’invitation à représenter le Dahomey (ancien nom du Bénin) à Berlin-Est en 1963, lors d’une exposition internationale, marque le début de sa reconnaissance sur la scène artistique mondiale et souligne la dimension transnationale de son œuvre.
Armand Pascal Aniambossou a marqué l’histoire de l’art avec ses deux courants picturaux majeurs : les Visages tourmentés, qui témoignent des épreuves et des drames auxquels les enfants d’Afrique sont confrontés depuis des siècles, et le Forcubisme, une réappropriation audacieuse du cubisme par ses créateurs originels, rajeuni, approfondi et perfectionné.
Le « Forcubisme » d’Aniambossou, véritable révolution esthétique, constitue une synthèse inédite entre le cubisme européen et les traditions artistiques africaines. Ses œuvres, caractérisées par des compositions dynamiques, des géométries fragmentées et une palette chromatique vibrante, explorent les thématiques de l’identité, de la mémoire collective et de la spiritualité. La virtuosité technique de l’artiste se conjugue à une capacité singulière à insuffler une présence vivante à chaque toile, conférant à ses créations une dimension à la fois théâtrale et subtilement délicate. Aniambossou, par sa maîtrise du geste pictural et de la couleur, s’affirme ainsi comme un maître coloriste capable de traduire visuellement les résonances intérieures de son héritage culturel.
La reconnaissance internationale d’Armand Pascal Aniambossou se traduit par des expositions dans des institutions prestigieuses à travers le monde. En Afrique, ses œuvres ont été présentées à la Fondation Zinsou à Cotonou, au Bénin, ainsi qu’à la Fondation Montresso à Marrakech, au Maroc. En Europe, Berlin l’accueille, et ses œuvres y sont acquises par des institutions telles que le Musée d’ethnologie, attestant de l’impact de sa démarche sur la scène artistique globale. Plus récemment, en 2025, l’exposition intitulée « Le Cubisme d’Aniambossou » organisée à la Rare Gallery à Paris a permis de révéler au public onze de ses dessins originaux, consolidant la mémoire vivante de son œuvre.
Armand Pascal Aniambossou est décédé le 24 janvier 2020, laissant derrière lui un corpus artistique d’une force expressive exceptionnelle. Son œuvre demeure un espace de rencontre entre l’Afrique et l’Europe, entre tradition et modernité, et continue d’inspirer artistes et amateurs d’art à travers le monde. Par son engagement, Aniambossou illustre la possibilité de transcender les frontières culturelles et de célébrer la richesse de l’identité africaine à travers un prisme esthétique universel, témoignage durable de la puissance créatrice de l’art.
Pour découvrir ses œuvres et approfondir son parcours, il est possible de consulter sa page sur Artmajeur.
Ainsi, que ce soit par l’art, la poésie ou l’engagement citoyen, chacun de nous peut contribuer à écrire le futur radieux de l’Afrique. L’action commence maintenant, et elle commence avec nous.
Son fils, le poète Alain Alfred Moutapam et l’artiste musicien Ye Lassina Coulibaly tissent une amitié dont la portée dépasse le simple lien personnel pour s’inscrire dans une dynamique culturelle et artistique profondément signifiante. Leur rencontre, survenue lors des obsèques du regretté journaliste Amobe Mevégué, fut le point de départ d’une relation fraternelle et créative, nourrie de respect mutuel et de valeurs partagées. Cette amitié, à la manière des dialogues de Cheikh Anta Diop, repose sur l’échange sincère, l’enrichissement réciproque et la quête inlassable de la vérité. Elle transcende le temps et l’espace, s’inscrivant dans cette tradition de complicité intellectuelle où la rencontre de deux esprits éclairés fait naître des œuvres qui portent la double empreinte de l’intime et de l’universel.
À l’instar du génie africain, maître de la critique sociale et de l’art de l’expression, cette relation se révèle sous le signe de l’exigence de sens et de beauté dans la création. Moutapam et Coulibaly observent le monde avec acuité et subtil humour, mettant en lumière les valeurs humaines essentielles et les contradictions de la société, tout en transmettant leurs réflexions par le prisme de leur art. L’alliance de la pensée de Cheikh Anta Diop et de ce style incisif se manifeste dans leur démarche : rigueur intellectuelle, exigence éthique et esthétique, mais également ouverture au dialogue et à l’altérité.
L’ancrage de leur travail dans les traditions africaines respectives leur confère une profondeur singulière. Leurs créations ne se limitent pas à de simples productions artistiques : elles deviennent des vecteurs de transmission culturelle et de mémoire collective. Leur ambition est de faire résonner les voix des ancêtres, d’inscrire dans la postérité les histoires, les valeurs et les sagesses de l’Afrique, tout en dialoguant avec les héritages universels de la pensée et de l’art. La collaboration de Moutapam et Coulibaly, soutenue par l’amitié et la mémoire de leur ami commun Amobe Mevégué, promet de générer des fruits artistiques capables de marquer leur époque et de nourrir l’histoire culturelle africaine pour les générations futures.
En définitive, cette rencontre entre amitié, art et valeurs humanistes illustre que la création, lorsqu’elle s’épanouit dans le respect mutuel et l’héritage partagé devient un acte profondément historique. À l’image de Cheikh Anta Diop et du génie africain, Moutapam et Coulibaly démontrent que l’amitié artistique peut devenir un creuset de culture, de sens et de beauté, transcendant le présent pour éclairer l’avenir.
Alain Alfred Moutapam est une figure singulière au carrefour du droit, de la culture et de la diplomatie. Juriste internationaliste de formation, il est titulaire d’une maîtrise en droit obtenue à l’Université de Metz, ainsi que d’un diplôme de troisième cycle en fonction publique internationale, option Culture et Développement, délivré par l’École des Hautes études internationales de Paris. Ces solides bases académiques lui ont permis de développer une vision globale et transversale des enjeux juridiques, institutionnels et culturels qui façonnent les relations internationales contemporaines.
Poète autant qu’intellectuel engagé, Alain Alfred Moutapam a su conjuguer rigueur juridique et sensibilité artistique. Sa plume s’inspire des réalités africaines et diasporiques, mais également des aspirations universelles de justice, de dignité et de reconnaissance. Son parcours illustre ainsi la possibilité d’un dialogue fécond entre droit et littérature, entre rationalité et imagination, entre action politique et création artistique.
Reconnu comme expert en diplomatie culturelle africaine, il s’est imposé comme l’un des artisans majeurs de la valorisation des identités et des patrimoines culturels du continent et de sa diaspora. Il figure notamment parmi les initiateurs de la Journée mondiale de la culture africaine et afrodescendante, adoptée par une large majorité des États membres des Nations Unies. Cet engagement témoigne de sa volonté de faire de la culture non seulement un vecteur de mémoire et de fierté, mais aussi un instrument de développement, de paix et de rapprochement entre les peuples.
Par son parcours et ses initiatives, Alain Alfred Moutapam illustre la figure de l’intellectuel moderne : à la fois enraciné dans son héritage africain et ouvert aux horizons internationaux. Son œuvre et son action contribuent à rappeler que la culture, loin d’être un simple ornement, constitue une force motrice pour l’avenir, un espace de dialogue interculturel et un socle pour un développement harmonieux.
Il dispose d’une solide et riche expérience dans le management des projets culturels, acquise à travers un parcours jalonné d’initiatives majeures et d’engagements constants. En qualité d’agent d’artistes peintres, il a su mettre en valeur et accompagner la carrière de créateurs, en favorisant leur visibilité et leur rayonnement sur la scène internationale. Parallèlement, il est le fondateur d’une organisation non gouvernementale dédiée à la promotion de la diplomatie culturelle et des industries créatives, perçues comme des leviers stratégiques pour le développement durable et l’épanouissement de l’Afrique.
Son expertise a été reconnue dès 2010, lorsqu’il participa activement en tant que membre du comité organisateur du prestigieux Festival mondial des arts nègres de Dakar, événement qui a marqué un tournant dans la valorisation des cultures africaines et de la diaspora. Dans le prolongement de cet engagement, il a été sollicité comme conférencier sur des thématiques cruciales telles que la diplomatie culturelle et les industries créatives envisagées comme de nouvelles voies pour favoriser le progrès et l’intégration de l’Afrique dans le concert des nations.
Sa voix et son expertise l’ont conduit à intervenir dans des instances de tout premier plan. Il a ainsi pris part à de nombreux colloques et rencontres internationales prestigieuses, notamment en France, à l’Assemblée nationale, au siège de l’Unesco à Paris, dans plusieurs municipalités françaises, ainsi qu’au Parlement européen à Bruxelles. Ses interventions, portées par sa double légitimité de poète et d’expert en diplomatie culturelle, lui ont permis d’articuler une réflexion originale et inspirante sur les enjeux liés au dialogue interculturel, à la diversité et à la création comme moteur de développement.
Dans cette dynamique, il a eu l’insigne honneur d’ouvrir, en novembre 2011, la célébration du 10e anniversaire de la Déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle. À cette occasion, son poème emblématique intitulé Ma différence a été choisi pour marquer l’événement, suscitant une vive émotion dans l’assemblée. Ce moment fort témoigne non seulement de la reconnaissance internationale de son talent artistique, mais également de son rôle d’ambassadeur de la diversité et de la créativité dans le monde contemporain.
Il est des époques de l’histoire où le silence devient une trahison. Il est des temps sombres, dans la vie des peuples et des nations, où la voix du poète, de l’intellectuel et du militant se doit de rompre ses retraites intérieures, pour embrasser le tumulte du monde et porter haut, très haut, le cri de détresse, le cri de chagrin, mais aussi le cri d’espérance d’un peuple qui refuse de mourir.
Aujourd’hui, ce peuple, c’est le nôtre : le peuple africain. Ce peuple mutilé, trahi, dispersé, mais jamais vaincu. Comment ne pas rappeler, avec gravité et indignation, que le partage de l’Afrique opéré à Berlin en 1884-1885 fut, après le crime abominable de l’esclavage, du Code noir, et de toutes les autres barbaries coloniales, l’un des plus grands forfaits commis contre l’humanité noire ? Ce dépeçage méthodique de notre continent, décidé sans nous, contre nous, a érigé des frontières artificielles, séparé des peuples, brisé des dynamiques, et condamné des générations entières à vivre dans des républiques sans véritable souveraineté, constamment surveillées, manipulées et fragilisées
Depuis lors, l’Afrique est restée morcelée, affaiblie, dépendante ; et le quotidien de millions de ses enfants en porte encore les stigmates. Comment avancer, comment se développer, quand chaque pays est isolé, enfermé dans des carcans hérités de la colonisation, soumis à des logiques économiques et politiques qui perpétuent la dépendance vis-à-vis de l’agresseur d’hier ? Comment être souverains dans un monde où l’union fait la force, si nous persistons à demeurer divisés ?
Nos ancêtres nous ont pourtant enseigné que « l’intelligence collective est le chemin de la survie et de la grandeur ». Ce principe fondamental, qui procède de l’union des intelligences et des forces, fut celui qui fit naître jadis les grandes civilisations africaines : du Kemet pharaonique aux royaumes du Mali, du
Songhaï et du Monomotapa. Ces empires antiques avaient compris que l’unité, la solidarité et la mise en commun des ressources et des savoirs étaient la clé de la puissance et de la prospérité.
Alors, pourquoi hésiter ? Pourquoi tarder ? Le temps est venu pour nous, Africains de tous horizons, du continent et des diasporas, de retrouver cette unité perdue. Il nous faut rassembler nos énergies, conjuguer nos intelligences, pour affronter avec courage et sérénité les innombrables défis que nous impose un monde impitoyable, dominé par des puissances prédatrices qui n’ont jamais cessé de lorgner sur nos richesses et de dicter nos destins.
L’unité de l’Afrique n’est pas une option. Elle est un impératif catégorique, une exigence historique. Elle doit être enseignée dans nos écoles, inscrite dans nos programmes, inculquée à nos enfants dès leurs premières années d’apprentissage, afin qu’ils grandissent avec la conscience que leur avenir dépend de la renaissance d’un continent uni et souverain.
Certes, nos malheurs trouvent en grande partie leur origine dans les agressions étrangères : traite négrière, colonisation, néocolonialisme, pillage systématique de nos ressources. Mais nous devons avoir l’honnêteté de reconnaître que l’avenir ne se construira pas uniquement en dénonçant les injustices du passé. Il appartient aux Africains d’aujourd’hui et de demain de penser, de rêver et surtout de créer les conditions concrètes des victoires futures.
Ces victoires passeront par la construction d’une Union africaine capable de garantir une souveraineté réelle, de protéger nos peuples, de valoriser nos richesses et de peser dignement dans le concert des nations. Mais elles passeront également par une profonde refondation de l’école africaine, afin qu’elle cesse d’être un simple outil de reproduction des schémas hérités de la colonisation et devienne enfin un creuset de renaissance, de créativité et d’émancipation. Car l’école est l’âme d’une nation, et sans une école africaine repensée pour servir les besoins et les aspirations du continent, il ne saurait y avoir de véritable indépendance.
L’Afrique est à la croisée des chemins. Soit nous persistons dans la voie de la division et de la dépendance, et nous serons condamnés à rester les éternels assistés du monde ; soit nous choisissons résolument la voie de l’unité, de la souveraineté et de la dignité, et alors nous pourrons offrir à nos enfants et aux enfants de leurs enfants une Afrique forte, respectée et respectueuse d’elle-même.
Oui, l’heure a sonné. L’Afrique doit se lever. L’Afrique doit s’unir. L’Afrique doit fédérer. Car de cette unité dépend non seulement notre survie, mais aussi notre renaissance, notre grandeur retrouvée, et la promesse d’un futur que nous devons bâtir de nos propres mains.
Vive l’Afrique unie ! Vive l’Union africaine qui vient !
L’école africaine nouvelle devra constituer, par excellence, le laboratoire vivant et le creuset de sédimentation d’un projet porteur d’espoir, rêvé et porté par les pères fondateurs de nos indépendances. Elle ne sera pas seulement un lieu de transmission des savoirs académiques, mais aussi et surtout un espace d’expérimentation, de réflexion critique et de création collective. Par la méthode, la sagesse et l’efficience, cette école nourrira la vision d’une Afrique réconciliée avec elle-même, consciente de son génie propre et résolument tournée vers l’avenir.
Dans ce sanctuaire du savoir et de l’action, les enfants d’Afrique apprendront très tôt à penser ensemble, s’organiser ensemble, travailler ensemble et bâtir ensemble. Dans cette perspective, l’éducation ne sera donc pas une simple accumulation de connaissances, mais un véritable apprentissage de la solidarité, de la coopération et de l’intelligence collective. En redécouvrant la puissance de l’union et en expérimentant les fruits du travail commun, cette génération nouvelle donnera naissance à un type inédit d’Africains : des femmes et des hommes capables de hisser le continent à la hauteur des espérances de ceux qui, hier, ont rêvé et œuvré pour sa dignité et sa liberté.
Cependant, cette renaissance éducative et culturelle doit aller de pair avec une prise de conscience économique et géopolitique. Les économistes les plus avertis ne cessent de le rappeler : les richesses du sous-sol africain – pétrole, gaz, cobalt, lithium, terres rares, or et diamant – seront de plus en plus convoitées par les grandes puissances, obsédées par l’approvisionnement de leurs industries et par le maintien de leur suprématie mondiale. Dans ce contexte, l’Afrique ne peut plus se permettre d’être un simple réservoir de matières premières.
Il devient impératif que les Africains s’organisent sur tous les plans pour transformer et valoriser leurs propres ressources sur place, avant toute exportation. Ce choix stratégique sera le point de départ d’une souveraineté économique réelle. Mais au-delà de l’économie, il s’agit d’ériger un bouclier global : élaborer des stratégies politiques, diplomatiques, économiques, technologiques et militaires qui permettront au continent de résister aux pressions extérieures, de réduire sa dépendance et d’affirmer son autonomie.
Car l’enjeu est clair : l’Afrique a l’impérieuse obligation de reconquérir sa souveraineté dans toutes ses dimensions — politique, économique, culturelle, spirituelle et monétaire. Sans cette reconquête, le rêve d’union africaine restera une utopie inachevée. Avec elle, en revanche, l’Afrique pourra enfin s’asseoir à la table des nations comme une puissance respectée, libre de ses choix et maîtresse de son destin.
Depuis plusieurs siècles, l’Afrique subit de manière continue les contrecoups de son dépouillement historique. La perte de son initiative politique, culturelle et économique a commencé avec les grandes vagues d’agressions extérieures : les invasions perses, arabes, romaines, puis les conquêtes et colonisations européennes. Aujourd’hui encore, ce processus se perpétue sous des formes nouvelles, plus insidieuses, à travers l’emprise des multinationales et des logiques économiques mondialisées qui maintiennent le continent dans unedépendance structurelle. Ainsi, l’Afrique n’a pas encore retrouvé la pleine capacité de décider librement de son destin, de tracer l’avenir de ses enfants et de bâtir un projet continental affranchi des tutelles étrangères.
Face à cette situation, une interrogation fondamentale s’impose : ceux qui, aujourd’hui, portent la lourde responsabilité de conduire nos Républiques disposent-ils réellement des moyens à la hauteur de la mission qui leur incombe ? Sont-ils en mesure de répondre aux défis immenses que leur confient leurs peuples ?
Or, dans nombre de nos pays, la réalité des faits est implacable, les indicateurs sont alarmants : fragilité institutionnelle, pauvreté endémique, services publics délabrés, absence de perspectives pour la jeunesse, le tout aggravé par les attaques répétées des groupes terroristes qui ensanglantent nombres de nations.
Devant l’ampleur de ces menaces, il apparaît urgent de penser et de mettre en œuvre une globalisation des stratégies et une mutualisation des forces. Les défis sécuritaires, économiques et politiques dépassent désormais les frontières nationales. Ils exigent des réponses coordonnées, solidaires et fermes, capables de contrer les influences extérieures hostiles qui instrumentalisent nos fragilités pour mieux perpétuer l’assujettissement de l’Afrique.
En définitive, face à une pauvreté généralisée, à une insécurité persistante et à la désillusion croissante des populations, une vérité douloureuse s’impose : un changement de mode de gouvernance ainsi que l’urgence d’un nouveau leadership prenant en compte les aspirations profondes des peuples africains, et animé par une vision claire de libération, d’unité et de souveraineté véritable, s’impose. Dans ce contexte, Ceux qui détiendraient les leviers du pouvoir -qu’ils relèvent de l’exécutif, du législatif ou du judiciaire- inscriraient leur action dans une dynamique de redressement de la trajectoire de nos pays, de recherche de rassemblement de petits Etats, afin de réduire leur vulnérabilité face aux appétits impérialistes.
L’exigence la plus élémentaire de l’art de gouverner n’est-elle pas celle de servir?Servir encore, servir toujours le peuple, en particulier les plus démunis, ceux qui portent le poids de l’injustice sur leurs épaules.
Regardez autour de vous l’état de nos écoles, de nos collèges, de nos lycées, de nos universités, de nos marchés, de nos ponts, de nos trains, de nos routes ! Ô délabrement, quand tu nous tiens et que nul ne semble vouloir te combattre ! Observez nos villages, nos villes, nos quartiers, nos bâtiments publics : partout, l’architecture s’effrite, la propreté s’évanouit, et le soin des lieux publics n’est plus qu’un lointain souvenir.
Face à ce constat accablant, il devient impératif que chaque fille et fils d’Afrique assume sa responsabilité. Il nous revient désormais d’être utiles à notre terre, à notre continent et à l’humanité entière. Chacun à sa manière, à sa place, là où il se trouve. L’avenir de l’Afrique n’attend pas. Il se construit dans l’effort quotidien, dans la solidarité, dans la volonté inflexible de faire mieux et de construire une Afrique capable de résister aux pressions extérieures et de défendre nos intérêts communs, soudée dans un même espoir d’unité.
En effet, jusqu’à ce jour, nous n’avons pas su transformer nos pays par le haut. Nous n’avons pas été capables de choisir nos dirigeants de manière véritablement souveraine, de renouveler nos gouvernements selon notre volonté, ni de nous doter d’institutions politiques fédérales qui reflètent notre conception du monde et notre vision du développement. De nombreux obstacles ont constamment freiné nos aspirations.
Une telle réalité nous oblige à prendre un engagement solennel : celui d’activer le changement par le bas.
Qu’est-ce que cela signifie, concrètement ? Cela signifie que chacun d’entre nous, peu importe son métier, son statut social ou son lieu de résidence, doit devenir le garant du changement qu’il souhaite voir à la tête de l’État. Cela passe par un comportement irréprochable, par la rigueur et l’excellence dans le travail, par le sérieux et la bienveillance dans nos relations avec nos concitoyens et avec notre environnement. Cela exige, plus encore, une quête constante de justice, de vérité, d’harmonie et d’ordre dans chacune de nos actions.
C’est seulement ainsi que, demain, nous pourrons dire avec fierté à nos enfants qu’au cours de la longue période de régression et de brouillard qui a enveloppé notre continent et nos nations, nous avons tout fait, dans la mesure de nos moyens, pour faire avancer nos sociétés.
Je suis convaincu que c’est en cultivant cette responsabilité individuelle et collective dès aujourd’hui que nous contribuerons progressivement à bâtir un nouveau pays, un continent renouvelé, et, plus largement, une humanité portée par une réelle prise de conscience. Ce processus engendrera inévitablement un leadership rénové, plus attentif à l’intérêt général, à l’écoute de toutes les composantes de la société, et particulièrement des plus défavorisées.
C’est cette ambition profonde qui m’anime en ce jour. Mais avant que ce temps nouveau n’arrive – ce temps où nous aurons enfin des élites choisies par nous, des institutions issues d’un consensus réel, et des infrastructures à la hauteur de nos besoins – je vous invite à surmonter la peur et à vous engager, ici et maintenant, pour que ce changement advienne.
Le changement véritable ne viendra jamais de l’extérieur : il doit naître en nous, par notre volonté, nos actions et notre engagement. Il ne suffit plus de dénoncer les injustices, de constater les carences ou de pointer les manquements ; il nous faut être acteurs, participants actifs de la transformation. Engageons-nous dans nos associations, dans nos groupes de réflexion, dans les structures politiques et citoyennes de nos quartiers, de nos municipalités, de nos régions. Soyons présents dans dénonciation et dans l’action, afin que nos voix ne se perdent pas dans le vide, mais se transforment en actes concrets, visibles et durables.
Je crois fermement qu’une Afrique nouvelle et prospère est à notre portée.
Une Afrique où les enfants, filles et garçons, de toutes origines, marcheront côte à côte, confiants en leur avenir. Une Afrique où chacun comprendra que le travail, la persévérance et le mérite sont les clés qui ouvrent les portes de la réussite et permettent à chacun d’atteindre les sommets de la société. Ce rêve n’est pas une utopie : il est le reflet d’une ambition collective, de l’espérance et de l’énergie de ceux qui refusent la fatalité et veulent bâtir un continent fort, uni et rayonnant.
C’est avec cet espoir que je m’adresse à vous aujourd’hui. Et je ne puis conclure sans vous inviter à porter ce message partout où il est nécessaire : portez-le dans vos communautés, dans vos villes, dans vos institutions. Soyez les messagers d’un optimisme actif, celui des enfants d’Afrique qui croient en leur continent, en leur pouvoir d’action et en la force de leur engagement. Car chacun d’eux peut devenir l’acteur principal du changement qu’il souhaite pour son peuple et pour toute l’Afrique.
Vive l’Union africaine !
Enfin, après avoir rendu hommage au Bénin, berceau de la famille paternelle d’Alain Alfred Moutapam, je voudrais saluer la mémoire de sa mère, originaire du Cameroun.
Ô civilisation du Cameroun, qu’est-ce donc qu’un peuple, sinon le fil invisible qui relie les vivants, les ancêtres et les esprits de la nature ? Un peuple est mémoire, il est souffle, il est transmission. Au Cameroun, une multitude de peuples et les chefs coutumiers se rencontrent — Bamiléké, Bassa, Beti, Bamoun, Kirdi, Peul, Tikar, Maka, Bakweri, et tant d’autres — chacun portant ses totems, ses arbres sacrés, ses rites, ses chants et ses philosophies. Crois-tu que ce soit folklore pour la curiosité des voyageurs ? Non, ce sont des bibliothèques vivantes, écrites dans la terre, la pierre, le bois, le tissu et la voix humaine. Ils parlent plus haut que les archives coloniales, car ils disent la loi, quand la loi de papier n’a pas encore germé.
Regarde ces arbres sacrés qui veillent sur les villages : le fromager, pilier du monde ; le palmier, nourricier et généreux ; le kolatier, gardien des pactes. Leur ombre est tribunal, leur tronc est autel, leurs racines sont mémoire. L’homme qui s’incline devant eux apprend que l’éducation commence par le respect du vivant, que la philosophie n’est pas seulement dans les livres, mais dans la contemplation du ciel, de l’eau, du feu et de la lumière.
Vous croyez que les statues des chefferies se taisent ? Détrompez-vous. Qu’un masque Bamoun descende sur la place, et l’on se fige comme devant un tribunal invisible. Car ce n’est plus un voisin déguisé : c’est l’ancêtre qui marche, c’est le juge qui siège. Les corps tremblent, les langues se taisent. Voilà une dramaturgie où l’homme devient spectre, et le spectre devient souverain. Quelle scène plus puissante que bien des palais de justice ! Théâtre ancestral, cinéma d’avant l’écran, science sociale par excellence.
Mais songe-y : bois, perles, tambours, tissus, danses, feux et invocations — tout cela ne compose-t-il pas un langage plus subtil que nos alphabets importés ? Le pagne tissé inscrit les appartenances comme une écriture de couleurs et de géométries. L’art du tissu est philosophie textile : chaque motif raconte une alliance, un mariage, un deuil ou une victoire. La statue de chefferie fixe pour toujours l’autorité d’un roi disparu. Le tambour ne se contente pas de résonner : il transmet la parole, convoque le village, ordonne le temps. Le corps peint et masqué devient le livre vivant où se lisent les pactes entre l’homme, la terre, l’air, l’eau, le feu et la lumière.
Qu’il n’est pas de mise en scène plus rigoureuse que celle-là ! Voici les sociétés initiatiques qui gardent les secrets, voici les danses guerrières qui rappellent aux jeunes leur devoir, voici les rituels de la forêt qui lient l’homme à la terre nourricière. Chaque geste est un poème, chaque chant une prière, chaque danse une pédagogie du mouvement. L’éducation ancestrale n’est pas seulement parole : elle est geste, rythme, souffle. Et les enfants, assis au cercle du feu, apprennent en regardant, en chantant, en imitant. Là où l’école moderne enferme, la tradition ouvre la mémoire des corps.
Et la nature, elle aussi, est actrice du rituel. La montagne — Mont Cameroun, Mandara, Manengouba — demeure sanctuaire et oracle. La rivière Sanaga purifie, le Nyong nourrit, le Wouri relie les hommes par ses pirogues. Le vent est messager, la pluie est bénédiction, la foudre est avertissement, la lumière du soleil est principe de vie. Avant de pêcher, de chasser, de semer, l’homme doit s’incliner : verser du vin de palme, offrir du mil, allumer un feu. Voilà une écologie sacrée : combien de nos savants modernes ont oublié cette prudence élémentaire !
« Les calculs l’assurent : on peut prendre sans donner à la forêt ! » disent les ingénieurs pressés. Et soudain, le gibier s’épuise, la pluie se tarit, et l’on s’étonne. J’ose croire que ces Camerounais, en parlant aux dieux, parlaient surtout à leur conscience. Leur rituel est une morale incarnée, plus efficace que mille décrets lus à Yaoundé.
Et les femmes ? On les croit parfois repliées derrière l’ombre des chefferies, mais qu’on ouvre les yeux : elles règnent sur les marchés, gardent les secrets des plantes, président les cultes de fertilité, et leurs voix tissent la cohésion. Dans certaines sociétés, leur rôle de médiatrices est célébré par chants, par danses et par tissus rituels. Crois-tu que la maison tienne debout sans elles ? Illusion ! Les hommes portent le fer, forgent les armes, bâtissent les cases, mais les femmes portent la société dans leurs bras et dans leur savoir. Les enfants, eux, ne sont pas de simples héritiers : ils sont porteurs d’avenir, invités très tôt à participer aux chants, aux travaux, aux récits.
Laissez les femmes de côté, et le pays croule ! Elles tiennent la cité par leurs paniers, par leurs greniers, par leurs bénédictions. Leur pouvoir n’a pas besoin de sceptre : il est marché, il est parole, il est fécondité. Messieurs de salon, apprenez cela, avant de pérorer sur vos chaires !
Vois notre siècle : l’école moderne, les églises, la télévision, les migrations, le numérique — tout cela bouscule la mémoire des villages. Le guérisseur croise le médecin, les artistes contemporains, croise l’enseignant, le forgeron croise l’ingénieur, l’artisan croise le scientifique. Comment marier ces deux mondes sans détruire l’un ni mépriser l’autre ? Comment empêcher que des puissants n’arrachent les savoirs anciens pour les revendre en pilules dorées ou en algorithmes froids, laissant les sages sans reconnaissance ni ressource ?
» Donnez-moi vos secrets de plantes, braves guérisseurs, et je les brevèterai à Paris ! Vous, vous aurez les miettes! » lance le commerçant rusé.
Voilà le drame du siècle. Nos artisans, nos potiers, nos tisserands, nos musiciens, nos sculpteurs tiennent l’âme du pays, mais l’État les oublie. Le numérique, la science moderne, pourraient être des alliés : bibliothèque digitale des savoirs ancestraux, formation scientifique enracinée dans la tradition, cinéma et théâtre pour transmettre les épopées. Quel paradoxe cruel de voir l’oubli là où il faudrait inventer des passerelles !
Car le vrai problème n’est pas tradition contre modernité, mais reconnaissance et justice. Protégeons et respectons, et alors les masques continueront de parler, les tambours de convoquer, les rivières de chanter, les savoirs de soigner, les chants de transmettre. Sinon, tout s’éteindra comme une braise qu’on n’a pas entretenue.
Eh bien, jouons cette pièce de mémoire ! Que le Cameroun soit scène, que les chefferies soient décors, que les femmes soient régentes, que les enfants soient graines d’avenir, que les tambours soient dialogues, que la danse, la musique, le chant et le théâtre rencontrent le cinéma et le numérique. Riez, pleurez, méditez : c’est la tradition qui parle, c’est la modernité qui répond. Et peut-être est-ce là la plus sage des comédies.
Artiste international, auteur compositeur et musico- thérapeute (auteur d’un livre-témoignage « L’art des sons, l’art du soin »), ancré sur les rives de la Seine et ouvert sur le monde, je suis à l’écoute des réalités contemporaines en Afrique, en Europe et au-delà. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, où les arts vivants deviennent un langage universel au service des peuples.
Mon expertise dans le domaine des arts vivants s’est construite au fil de nombreuses expériences à travers le continent africain. J’ai parcouru le Mali, le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso avec une seule ambition : partager mon art et défendre ma vision d’une culture vivante, au cœur des sociétés. À travers ces voyages, j’ai rencontré des publics variés, témoins d’un art qui valorise les traditions africaines et rend hommage à nos ancêtres.
Mes créations, notamment autour des polyphonies de balafons et du projet « Yan Kadi Faso », ainsi que mon travail avec un orchestre afro-jazz, reposent sur un dialogue fécond entre sonorités africaines et européennes. Cette fusion musicale incarne une véritable rencontre des cultures. J’ai eu l’opportunité de présenter ce travail dans divers cadres : festivals, maisons de la culture, théâtres de la ville, maisons des jeunes, fondations culturelles, écoles de musique, écoles des Beaux-Arts et festivals de cinéma.
Sur le plan professionnel, j’ai eu l’honneur de collaborer avec des chefs d’orchestre et des musiciens talentueux: Gérard Hiéronimus, André Cecarelli, Michel Portal, Michel Moglio, Valentin Clastrier, Bertrand Renaudin, Manu Dibango, Mory Kanté, Salif Keita, Lamine Konté, Kassé Mady Diabaté…
Au cours de toutes ces années, j’ai donné des concerts et spectacles – où nous avons porté haut les couleurs de l’Afrique – dans plusieurs pays : la Suisse, l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas, ainsi que dans des territoires tels que La Réunion, Mayotte et Saint-Domingue.
Chaque scène traversée a été un espace de célébration de l’art musical, un lieu où paroles et mélodies tissent des liens entre les peuples. Du Maroc à la Tunisie, le public a toujours répondu présent, confirmant la puissance de la musique comme vecteur d’unité.
Je suis profondément convaincu qu’aller à la rencontre des autres à travers la musique, c’est offrir aux peuples l’opportunité de se reconnaître, de se rassembler et de construire ensemble un chemin vers la paix. L’art et la culture sont des moyens essentiels pour accepter la différence comme une richesse.
Yé Lassina Coulibaly est musicothérapeute, artiste international et observateur attentif du monde.
Entre l’Afrique et l’Europe, il prête sa plume comme une passerelle entre les cultures, afin que l’art, la connaissance et la parole demeurent un langage vivant et universel de l’ Art et culture. 00336 76 03 71 66, yelassocoul@yahoo.fr
Artiste auteur-compositeur interprète
Musicothérapie sociétaire de la SACEM, ADAMI, SPEDIDAM, Union des Artistes Burkinabés
Chevalier de l’ordre du mérite, des lettres et de la communication (agrafe musique et danse) du Burkina-Faso ».


































