Hamado Ouedraogo, Directeur Commercial de Watam Sa

La journée nationale de l’Intelligence économique se tient ce 12 juillet 2021 sous le thème :«Rôle de l’intelligence économique dans la stratégie de développement de l’Etat et des entreprises. Nous en nous en parlons ici avec le Directeur commercial de Watam Sa Hamado Ouédraogo, pour qui l’IE n’est pas un concept, mais une philosophie, une façon de penser que l’Etat devrait être le premier à s’en approprier pour une question de souveraineté et d’indépendance. Entretien exclusif.

Hamado Ouedraogo, Directeur Commercial de Watam Sa donne son expérience de l’intelligence  économique en entreprises

 Burkina Demain : On entend de plus en plus parler de l’Intelligence économique (IE). Qu’est-ce que c’est ? Et en quoi ce concept peut apporter aux entreprises burkinabé ?

 Hamado Ouédraogo : Je pense qu’aujourd’hui l’intelligence économique est un outil d’aide à la décision ; c’est aussi tout ce qui a trait au recueil d’information, au traitement de l’information, la valorisation de cette information pour en faire une valeur ajoutée pour le développement de l’entreprise et aussi la protection de cette information stratégique.  Elle se fait déjà en Afrique mais de façon informelle.

Pour une entreprise burkinabé, l’utilisation ou du moins l’intégration de l’IE dans sa stratégie va lui conférer un avantage stratégique sur ces concurrents. Par exemple la direction d’achat d’une entreprise burkinabé qui va utiliser les outils de l’IE aura un avantage stratégique. Pourquoi ? Parce que avant d’aller à Dubaï, le responsable étant ici, va d’abord chercher son produit, les entreprises qui le produisent, ensuite vérifier la notoriété de ces entreprises et les délais de livraison, et enfin faire une comparaison prix… Et bien d’autres. Vous voyez ? C’est tout un travail à faire en amont. Donc arriver sur place, tout devient simple et il bénéficie d’un avantage compétitif par rapport à celui qui prend son avion sans faire ce travail.    

Y-avez-vous recourt à WATAM SA ?

 Oui, on le fait de façon informelle mais jusqu’à présent, il n’y a pas une direction ou un service dédié à l’Intelligence Economique. Mais quand on est dans le domaine commercial c’est tout à fait normal d’utiliser les outils de l’IE parce que notre premier atout c’est l’information sur le client final.

Parlez-nous un peu plus de votre expérience. Comment l’IE a contribué à votre essor ?

Personnellement à travers ma direction, j’ai compris qu’au Burkina Faso une moto n’est pas seulement un moyen de déplacement. Généralement, nous pensons que le Burkinabé a besoin d’une moto moins chère mais grâce à l’intelligence économique nous nous sommes rendu compte que cette affirmation n’était pas exacte. La moto n’est pas seulement un moyen de déplacement ; en plus de sa valeur économique, elle a une valeur sociale car en fonction de la moto que tu roules, on peut en déduire ton niveau social. Donc nous avons pris en compte ces paramètres dans les choix des modèles, les prix, de la publicité.  Mais c’est tout un travail d’intelligence économique qui nous a permis d’aboutir à ces conclusions.

En quoi l’IE est différent des autres concepts en entreprises tels que le suivi-évaluation ?

Je ne suis pas d’accord avec le fait que vous parlez de concept. Pour moi l’Intelligence économique n’est pas un concept. C’est toute une philosophie et une façon de penser. C’est tout un ensemble pluridisciplinaire. Je ne suis pas un expert en suivi évaluation mais le suivi-évaluateur fait des recommandations, il n’influe pas sur la performance et ne conçoit pas le projet. Quant à l’intelligence économique, étant un outil d’aide à la décision elle est au début du projet ; le suivi-évaluateur pourra constater à la fin les dispositions prises par le spécialiste en IE. Peut-être, nous pouvons parler de complémentarité.   

Y-a-t-il de la volonté politique d’intégrer l’IE dans la stratégie nationale de promotion des entreprises ?

En 2012-2013, avec le ministère de la prospective, il y avait un volet consacré à l’intelligence économique. Mais c’est récemment que j’ai eu vent de l’intégration de l’IE dans le nouveau référentiel de développement. Je pense que les choses sont en train de bouger dans ce sens. Pour moi, l’intelligence économique à elle seule ne peut pas être une solution miracle pour les entreprises parce que l’IE est applicable que dans un cadre formalisé.

Pour le DC Hamado Ouédraogo, l’intelligence économique n’est pas un concept mais une philosophie

Nous sommes en fin d’entretien, voudriez-vous ajouter un mot…

L’Etat devrait être le premier à s’approprier cette philosophie pour une question de souveraineté et d’indépendance. Par exemple la question des nouvelles cartes grises, dans le cadre des PPP c’est une entreprise française qui a eu le marché. Je pense qu’à mon humble avis ce marché devrait revenir à une entreprise burkinabé même si l’Etat allait l’accompagner. Aujourd’hui le serveur est en France c’est-à-dire que nos données sont en France. Pensez-vous que nos données des permis, des véhicules, motos devraient se retrouver dans un autre pays ? L’entreprise qui est en charge de faire cela, sait exactement en un an quel type de véhicule, quelle marque de véhicule, rentre au Burkina Faso : c’est une information capitale. Et s’ils veulent venir monter une usine au Burkina, ils savent quel type de véhicule les burkinabè consomment ? Quel est le budget minium que le burkinabé est prêt à mettre dans l’achat d’un véhicule ? : Ça c’est de l’information stratégique qui pouvait aider les investisseurs locaux. Mais de plus en plus il y a des experts nationaux d’IE et j’ai foi que avec l’organisation de ces JNIE, elle sera prise en compte parce que nous sommes dans un monde globalisé, nous avons besoin de survivre, d’être compétitif donc il est de notre intérêt que cette discipline soit promu et accepté pour l’intérêt de tous.

Entretien réalisé par Hioua Eric Bassolé

Burkina Demain

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