Depuis quelques jours maintenant, on assiste à une baisse des coûts de transaction d’orange money, le service de mobile money le plus utilisé au Burkina Faso. Alors que se passe-t-il ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi cette soudaine « générosité » de la part d’orange Burkina ? De quoi a-t-elle peur ?

Pour nous permettre de mieux comprendre l’attitude du service financier orange money, nous devons faire un saut au Sénégal. Tout commence avec l’arrivée de la start-up américaine de finance digitale « Wave » en 2016 qui retrouve en face d’elle la géante orange money sur ses installons (depuis des lustres elle bénéficie d’un avantage non négligeable sur les autres concurrents).  Afin de se faire une place au soleil, Wave décide de lever des fonds pour financer ses activités en Afrique grâce à ses partenaires tels que la banque UBA et des investisseurs mondialement réputés comme Founders Fund, Y Combinator, Partech Africa et Stripe.

Contrairement aux acteurs traditionnels qui taxaient tous les services liés aux mobile money, Wave s’est spécialisé dans les transactions à bas coût (seulement 1% pour les transferts d’argent) et gratuits pour le reste des prestations (factures, dépôt et retrait d’argent, achat de crédit téléphonique, etc.).  Elle fonctionne à partir d’une application mobile et offre à ses abonnés « un réseau de services financiers sans frais de gestion de compte, disponible instantanément et partout ».

Le pingouin (Wave) déploie sa stratégie commerciale en attaquant ses concurrents sur les coûts par une politique des prix attractive ; tout comme l’arrivée de Free en France, cela provoque un effet de rupture sur le marché du mobile money au Sénégal.

Mais au-delà de l’aspect marketing, ce choix lui a immédiatement permis de gagner une opinion favorable auprès des couches populaires et vulnérables (pauvres, secteur économique informel, jeunes).  Pour ces derniers, les frais pratiqués restaient jusque-là très élevés ; ce qui constituait un frein à leurs activités.

Cette image d’entreprise socialement responsable et éthique qui se met au service des pauvres est mise en avant dans les discours de ses dirigeants. Se positionnant comme un défenseur des populations défavorisées, Wave affirme sur sa page officielle, vouloir « permettre à tous d’avoir accès aux services financiers sans difficultés et sans conditions».

Après sa conquête du Sénégal, elle prend d’assaut le marché ivoirien en 2020. Même essai concluant : l’adhésion est immédiate chez la population qui voit l’arrivée du pingouin comme le messie. Pour Alioune Ndiaye, le patron d’Orange Afrique, en réponse à une question posée par les salariés du groupe a affirmé : « Notre riposte doit être rapide et efficace. Il faut changer notre modèle économique. Nous n’avons plus le choix. Le modèle qui fait payer au client le retrait de son argent ne peut vivre longtemps. Il faut adapter nos tarifs en conséquence».

Pour le Burkina Faso, le scénario est quasiment similaire. En début d’année 2020, des jeunes ont lancé sank inspiré de Thomas Sankara père de la révolution burkinabé. Selon eux leur application qui facture uniquement les retraits à hauteur de 1%, est conçue afin de révolutionner le secteur. En plus de cela, les bruits de couloir et selon certains media, wave prévoit s’installer aux pays des hommes intègres.

Au su et au vu de tout cela, nous pouvons comprendre sans démonstration mathématique, le pseudo « générosité » d’orange money ces jours-ci, n’est pas de la philanthropie. Peut-être une stratégie pour étouffer sank ou parer l’éventualité de l’arrivée de sa rivale sénégalaise. Mais tout compte fait, ce sont les populations qui sont les premiers bénéficiaires de cette concurrence ; et c’est l’essentiel.

Hioua Eric Bassolé

Burkina Demain

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