Au pays des hommes intègres, l’intégrité physique de la femme laisse toujours à désirer car la pratique de l’excision continue de faire des victimes chez la gente féminine. C’est le cas de la petite Rasmata Sawadogo. Issa Gnessien, éducateur social et chef de service d’action sociale, communal d’arrondissement 2 de Bobo-Dioulasso, nous parle.

Issa Gnessien, éducateur social et chef de service d’action sociale, communal d’arrondissement 2 de Bobo-Dioulasso

Répandue dans la majeure partie des communautés africaines, l’excision est une mutilation génitale qui consiste à l’ablation rituelle du clitoris et parfois des petites lèvres du sexe chez la petite fille ou la jeune femme. Selon les résultats d’une enquête publiés en janvier 2021 par le centre de développement de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques(OCDE) « l’excision persiste en raison des croyances et des normes sociales la justifiant et du concept de ‘’femme bonne à marier’’ » Source : le rapport pays SIGI (Social Institutions and Gender Index).

Malheureusement, les conséquences de cette pratique sont énormes et impactent négativement la vie des victimes. Au-delà des risques d’infections, des hémorragies, des douleurs et du traumatisme psychologique au moment de la procédure, cette pratique peut avoir, à long terme, des répercussions sur la vie des femmes : problèmes pour uriner, douleurs et risques d’infection au moment des règles et des rapports sexuels, complications au cours de l’accouchement.

Ainsi, «chaque jour au Burkina Faso, des milliers de filles sont privées de leur enfance, de leur éducation, de leur santé et de leurs aspirations à cause des pratiques néfastes de mariage d’enfants et des mutilations génitales féminines » a déploré la représentante de l’UNICEF au Burkina Faso, Sandra Lattouf, à la 18ème journée mondiale tolérance zéro aux Mutilations Génitales Féminines (MGF) qui s’est tenue en différé le 25 mars 2021, à Ouagadougou.

Le Burkina Faso s’est engagé depuis 1996 à lutter contre les mutilations génitales à travers la loi N°043/96/QDP du 13 novembre 1996 portant code pénal qui stipule en son article 380 : « est puni d’un emprisonnement de six (06) mois à trois (03) ans et d’une amende de 150 000 à 900 000 F CFA ou de l’une des deux peines seulement, quiconque porte ou tente de porter atteinte à l’intégrité de l’organe génital de la femme… ». Depuis l’adoption de cette loi, plusieurs initiatives ont été prises pour accompagner la mise en œuvre des projets et programmes contribuant dans la lutte contre les mutilations génitales féminines au Burkina Faso. Pour arriver à mettre fin au phénomène, les acteurs de lutte procède par la sensibilisation, le plaidoyer et l’interpellation des communautés qui pratiquent l’excision.

Malheureusement, malgré les efforts en faveur de la lutte contre les mutilations génitales féminines, le phénomène persiste et prend de l’ampleur car selon l’UNICEF, en 2021, 4,16 millions de filles et de femmes à travers le monde sont menacées de mutilations génitales. Et pire, en raison des perturbations causées par la COVID-19, jusqu’à 2 millions de cas supplémentaire de MGF (évitables sans cette pandémie) pourraient se présenter d’ici 2030. (Unicef-Burkina Faso).

Au regard de l’importance des inconvénients et de la persistance de ce fléau social, certains parents ont souvent été obligés de s’en fuir pour fuir les menaces des membres de la famille qui sont favorables à la pratique de l’excision sur leurs enfants.  Issa Gnessien, éducateur social et chef de service d’action sociale, communal d’arrondissement 2 de Bobo-Dioulasso, nous parle du cas de la petite Rasmata Sawadogo dont la maman Fatimata Sawadogo/ Traoré a été obligée d’avoir les Etats Unis d’Amérique comme pays de refuge pour mettre sa fille Rasmata à l’abri afin que celle-ci ne vive point cette pratique odieuse qui pourrait hypothéquer son avenir. « Après maintes tentatives d’excision, ce sont finalement les menaces de mort qui ont contraint Rasmata et sa mère à quitter la grande famille et le Burkina Faso pour les USA. Après leur départ, leurs détracteurs n’ont toujours pas digéré cet échec. Notre service est entré en contact avec les détracteurs de Rasmata mais ceux-ci restent toujours favorable à l’excision de leur petite fille si elle revenait au pays des hommes intègres. Par ailleurs ils continuent de menacer la maman et l’oncle de Fatimata qui sont dans la même ville (Bobo-Dioulasso) » affirme monsieur Issa Gnessien.

Selon Monsieur Gnessien, Mme Sawadogo s’est engagée aux côtés de l’action sociale de l’arrondissement 2 de Bobo Dioulasso à travers la création d’une association de femmes dénommée « Association Déni-Dèmè ». Forte de 30 membres répartis dans les régions des Hauts Bassins et de la Boucle du Mouhoun, cette association contribue dans la lutte contre l’excision à travers la mise en œuvre des actions de communication pour le changement de comportement. Leurs actions consistent à faire de la sensibilisation, la conscientisation, et la dénonciation des acteurs qui voudraient s’adonner à la pratique de l’excision. L’Association Déni-Dèmè est l’un des acteurs qui ont contribué à la dénonciation des 08 prévenus de Ouarkoye qui ont comparu à la barre en audience foraine, le 07 novembre 2021 pour tentative d’excision. L’acte déjoué était prévu se réaliser le 24 septembre 2021. Heureusement des vies ont été sauvées par un membre de l’Association Déni-Dèmè-section de la Boucle du Mouhoun qui joue son rôle en dénonçant la pratique qui se préparait déjà. En vue de mettre fin à cette pratique suicidaire, les prévenus reconnus coupables ont été condamnés à la hauteur de leur forfait.

Gafson, Houndé

Burkina Demain

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