Spécialisée et expérimentée dans l’Autonomisation des centres de récupération nutritionnelle par l’agroécologie (ACRENA), l’ONG Tamounte fait manifestement le bonheur des populations bénéficiaires dans sa zone d’intervention, Réo, dans le Centre-ouest du Burkina Faso. Témoignages exclusifs de la fondatrice Valérie Passport.

Grâce à l’ONG Tamounte, des produits maraichers sortent…
…Des terres et contribuent à l’alimentation des populations locales

En octobre 2020, nous en parlions déjà. Il s’agit de Tamounte qui, avec peu, fait des merveilles du côté de Réo. Sa fondatrice, Valérie Passport, situe et édifie davantage sur l’expérience porteuse de l’ONG française dans la province du Sanguié, région Centre-ouest du Burkina Faso.

‘’Nous venons de recevoir à Ouagadougou la remise des conventions par le délégué du ministre de l’Économie burkinabè et la déléguée des ONG.

Une grande surprise nous attendait : nous sommes la plus petite O.N.G. du Burkina Faso mais nous avons été sélectionnés parmi plus de 500 des majors car nos résultats sont remarquables, selon la déléguée aux ONG.

Durant la cérémonie, ils ont insisté sur le rôle clé des O.N.G. au profit des plus vénérables dans le domaine de la nutrition

Plus flexibles et réactifs

Nous étions heureux ce matin d’avoir fait le déplacement à Ouagadougou. Alassane Semdé, le coordinateur Tamounte a pu présenter notre ONG et les projets en cours qui correspondent totalement à la vision de l’Etat. Une O.N.G. de notre échelle, relativement petite, peut avoir un rôle à jouer auprès des populations. Nous sommes plus flexibles et réactifs que des institutionnels parce que nous avons une équipe déjà sur le terrain.

L’interculturalité de notre équipe nous permet d‘appréhender aisément les problématiques et d‘élaborer des solutions parfois provisoires avant un projet durable (un service d ‘urgence).  Être apolitique nous évite des écueils, et nous permet d’intervenir au niveau de l’humain.  Nous sommes proche des bénéficiaires et à l’écoute. Mon coordinateur vit sur place, rencontre les gens régulièrement nous sommes au contact. Nous pouvons être efficaces, concrets. Et nous le sommes.

Responsabilité morale grande

Notre responsabilité morale est grande car nous avons semé tous les ingrédients pour que les habitants du village vivent normalement. L’idée était de sortir un CREN, celui que je connaissais à Réo dans le Sanguié, de toutes formes de dépendance à l’aide. Les rendre aptes à aider leurs bénéficiaires et de faire en sorte que les femmes soient vite à leur tour indépendantes. Nous sommes parfois obligés de faire du « one shot « en lait et spiruline. Mais ce n’est pas le but. Mettre sous perfusion de don est juste impossible, et ce n’est pas l’objectif.

Nous avons donc co-construit ensemble un programme visant à créer 3 périmètres irrigués et donner aux femmes des lopins avec une solide formation en agroécologie.  L’Ocades fait le maximum de son côté, ils nous ont donné deux terrains pour construire les programmes, nous en attendons un troisième à Réo.

L’eau, le cœur du projet

Celle qui doit être comptée, protégée, gérée de manière raisonnée pour en obtenir la vie.

En deux ans nous avons réussi petit à petit à équiper deux villages en agro écologie grâce à des installations financées par des fondations françaises et aujourd’hui burkinabè comme la Fondation Mabucig, mais également ATS ESG Legacy qui dans le cadre de ses investissements communautaires est à nos côtés.

Nous partageons les mêmes valeurs

Nos projets sont à destination des enfants via leurs mères : contrairement aux hommes, les femmes sont un pilier de développement des activités économiques de la collectivité.

Femmes, mères, épouses, elles gèrent tout. Seules le plus souvent. Seule face à la disette, au paludisme et à surtout face à l’absence d’eau.

Il faut mettre en place de projets simples efficace et aux résultats rapide pour être compris. C’est l’Adn de notre ONG depuis ses débuts. Comment rester indifférent quand on peut être actif. Je ne suis jamais sortie indemne de mes voyages, cela engendre une profonde remise en question.

L’humain, notre raison première d’agir

Pour moi la raison première d’agir, c’est simplement l’aspect humain.  Après il y a bien évidemment des raisons plus générales mais qui ne concerne pas que moi, elles sont plus politiques au sens premier du mot. Il est urgent d’agir aujourd’hui sur l’économique et le social au plus près des populations, car leur vulnérabilité est grande.

Offrir l’eau potable aux populations a modifié profondément leurs pratiques quotidiennes : plus besoin de parcourir de grandes distances pour en avoir. Notre approche est systémique donc globale pour permettre notamment à ces femmes d’être soulagées dans leur travail. Ainsi, un périmètre maraîcher se doit avant tout d’être une activité économiquement durable et profitable tout en assurant nutrition et santé. Les périmètres irrigués en place, permettent une politique de développement de sécurité nutritionnelle. Le moringa par exemple est la base de nos jardins ; l’artemisia permet de lutter localement contre le paludisme.

Activités génératrices de nourriture

Comme elles ont la charge de l’alimentation de leurs enfants, elles ont un intérêt accru pour des activités génératrices de nourriture saine et de revenus via la commercialisation, notamment du moringa et de l’Artemisia qui sont très demandés au Burkina Faso.

Le périmètre maraîcher n’est pas simplement dédié aux femmes, les hommes n’en sont absolument pas exclus. Le rôle des autorités coutumières est un facteur de réussite. L’engagement communautaire est un élément primordial : les hommes ont dû concéder le droit d’usage de la terre. Il faut qu’ils soient présents également lors de gros travaux.

Notre approche a été anthropologique pour connaitre les coutumes, les besoins les aspirations des populations concernées. La démarche de co- construction est le point clé de la base du projet. Nous avons tout décidé ensemble et à la suite des expertises réalisées sur le terrain.

Le dialogue, l’échange sont essentiels

Des relations très étroites se sont tissées avec les populations. Notre équipe est sur le terrain. Chacun son rôle. C’est ce qui a permis d’éviter l’écueil de projets disproportionné et fort coûteux qui ne parviennent à aucun résultat.

Nous avons pu investir les femmes dans du concret ou tout s’enchaine en anticipant les problèmes par l’écoute et la formation. Notre ONG a organisé les chantiers avec une vision globale. Nous avons sollicité les habitants pour certains travaux. Quand cela est possible, nous utilisons les techniques ancestrales qui ont fait leurs preuves et cela limite les coûts. Nous avons ainsi des sites opérationnels et simples d’usage. Le soutien des fondations est un point à souligner. Elles nous ont fait confiance.

Demain sera un nouveau jour

Nous ne voulions pas la perfusion du micro-crédit qui entrave les femmes au trop grand risque du remboursement. La situation sécuritaire, sanitaire et climatique rend cette équation impossible.  Demain sera un nouveau jour, nous serons encore sur le terrain, mais de la recherche de fond. Les petits projets sont souvent invisibles en termes de «marketing» humanitaire. Mais, chacun à une place. Il y a tant à faire. Il est indéniable qu’ils ont un grand rôle à jouer. Même si leur fonctionnement est complexe, les règles sont une clé de la réussite à grande échelle’’.

Témoignages recueillis par Issa Pakotogo

Burkina Demain

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