Depuis quelque temps, une persistante tension entre l’Ethiopie et le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD). Conséquence : la BAD a appelé ce mercredi 20 décembre, dans un communiqué parvenu à notre rédaction, les membres de son personnel international à quitter l’Ethiopie suite à ce qu’elle qualifie «d’incident diplomatique» survenu le 31 octobre dernier.

«Ces décisions font suite à la récente violation du protocole diplomatique et à l’agression perpétrée par les forces de sécurité éthiopiennes contre deux membres du personnel international de la Banque africaine de développement. Plus précisément, le 31 octobre 2023, deux fonctionnaires basés à Addis-Abeba ont été illégalement arrêtés, agressés physiquement et détenus pendant des heures sans inculpation ni explication officielle. Il s’agit d’une violation flagrante de leur immunité, de leurs droits et privilèges diplomatiques personnels prévus par l’accord de siège entre le Groupe de la Banque africaine de développement et le gouvernement de la République fédérale démocratique d’Éthiopie», détaille le communiqué daté de ce mercredi 20 décembre 2023.

La BAD préoccupée face au silence du gouvernement éthiopien

Par la voix de son président Akinwumi Adesina, la BAD a exprimé sa préoccupation face au silence du gouvernement éthiopien, au regard de l’importance accordée à la sécurité du personnel de l’institution. «La Banque africaine de développement reste particulièrement préoccupée par le fait que le gouvernement éthiopien n’a, à ce jour, partagé avec la Banque aucun rapport ni aucun détail des enquêtes sur l’incident.  L’incident d’octobre continue de susciter beaucoup d’inquiétudes au sein du Groupe de la Banque africaine de développement et en particulier parmi le personnel du bureau-pays d’Éthiopie. L’incident a également suscité des inquiétudes parmi les actionnaires de la Banque, d’autres banques multilatérales de développement, les institutions financières internationales, la communauté diplomatique au sens large et d’autres parties prenantes», a indiqué le président de la BAD.

Un portefeuille de 1,24 milliard de dollars

Dans ce bras de fer, la BAD entend tout mettre en œuvre pour assurer la sûreté et la sécurité de son personnel, ainsi que la protection de ses droits et privilèges dans la conduite de son travail. « Le personnel international de la Banque en Éthiopie travaillera à distance hors de son lieu d’affectation jusqu’à ce que les conclusions des investigations gouvernementales sur ce grave incident soient partagées de manière transparente avec la Banque et que tous les détails des mesures prises pour traduire les coupables en justice soient rendus publics.

Pour autant, l’heure n’est pas encore à la rupture entre la BAD et l’Ethiopie, bénéficiaire d’un important portefeuille. Ainsi, au 30 septembre 2023, le portefeuille actif de la BAD en Éthiopie, comprenant 22 projets, totalisait 1,24 milliard de dollars.  «La Banque africaine de développement reste déterminée à soutenir le développement socioéconomique du pays», s’est voulu rassurant le président de la BAD. Mais, si en face, le gouvernement d’Abiy Ahmed joue à fond la carte de la souveraineté nationale, la réconciliation pourrait prendre beaucoup de temps.

Affaire à suivre…

Christian Tas

Burkina Demain

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.