Grand hommage rendu ici à Van Baxy Modibo Diarra par Yé Lassina Coulibaly, artiste international et observateur attentif du monde, l’homme qui, entre l’Afrique et l’Europe, prête sa plume comme une passerelle entre les cultures, afin que l’art, la connaissance et la parole demeurent un langage vivant et universel. «Au cœur de la civilisation bamanan grandissait un enfant béni, un grand artiste à l’immense talent qui transmettait, au travers de son art, le bâton de sagesse à toute une génération de jeunes maliens et africains. Il a quitté prématurément ce monde mais l’arbre de conscientisation qu’il a planté, continuera de croître et de veiller sur les valeurs qui lui étaient chères afin de retrouver le droit chemin par la culture», rappelle-t-il.

«HOMMAGE A VAN BAXY, MODIBO DIARRA.

Par la voix de Van Baxy, l’Afrique peut regarder le monde sans complexe dès lors qu’elle  sait d’où elle vient, qu’elle assume ce qu’elle est, et qu’elle ose suivre son propre chemin pour construire l’avenir.

Au cœur de la civilisation bamanan grandissait un enfant béni, un grand artiste à l’immense talent qui transmettait, au travers de son art, le bâton de sagesse à toute une génération de jeunes maliens et africains.

Il a quitté prématurément ce monde mais l’arbre de conscientisation qu’il a planté continuera de croître et de veiller sur les valeurs qui lui étaient chères afin de retrouver le droit chemin par la culture.

Van Baxy Modibo Diarra appartenait à cette génération d’artistes qui représentait, aux yeux d’une partie de la jeunesse malienne et, plus largement, d’un public africain sensible aux questions d’identité et de dignité culturelle, davantage qu’un simple acteur du paysage musical.

Sa parole artistique pouvait être comprise comme une tentative de relier plusieurs dimensions souvent présentées comme contradictoires : tradition et modernité, mémoire et avenir, enracinement local et ouverture, liberté individuelle et responsabilité collective.

De Ségou à la mémoire du rap malien : la vision d’une musique sans frontières.

La disparition de Van Baxy, de son vrai nom Modibo Diarra, constitue une perte qui dépasse largement le cadre familial et inational. Elle affecte une ville, une génération, une communauté artistique et, plus largement, le patrimoine culturel contemporain du Mali.

À Ségou, sa ville natale, comme dans l’ensemble du pays et au-delà de ses frontières, sa disparition invite à mesurer la portée d’un parcours placé sous le signe de la création, de la transmission et de l’engagement culturel.

Van Baxy n’était pas uniquement chanteur ou rappeur. Il était également compositeur, arrangeur, formateur et enseignant. Et ses compétences musicales s’étendaient, bien au-delà du rap,  à beaucoup d’autres styles musicaux.

Cette pluralité de fonctions témoignait d’une conception exigeante de l’activité artistique : créer ne consistait pas seulement à produire une œuvre destinée au divertissement, mais également à raconter, interroger, transmettre, former et contribuer à l’éveil des consciences.

Son parcours s’inscrit ainsi dans une conception de la musique comme instrument de connaissance, d’éducation, de dialogue et de transformation sociale. C’est précisément dans cette articulation entre création et responsabilité que réside une part essentielle de son héritage.

Ségou, source d’une identité culturelle et espace de mémoire.

Pour comprendre la trajectoire de Van Baxy, il convient de revenir à Ségou. Cette ville ne représentait pas pour lui un simple lieu de naissance ou une référence géographique ; elle constituait une composante fondamentale de son identité et de son imaginaire artistique.

Ségou occupe une place singulière dans l’histoire culturelle du Mali et de l’Afrique de l’Ouest.  Son nom  est associé  à la civilisation bamanan, à l’histoire du royaume de Ségou, à des traditions politiques, sociales et intellectuelles anciennes,  aux savoirs et aux différentes formes de transmission intergénérationnelle – culture dans laquelle les récits, les proverbes, les généalogies, les chants et les témoignages constituent des formes essentielles de transmission du savoir.

Ségou se révèle ainsi être un territoire où mémoire historique et expression culturelle demeurent étroitement liées.

C’est dans cet environnement que Van Baxy a puisé une partie de sa sensibilité créatrice.

Son attachement à la culture bamanan et à l’histoire du Mali traduisait une volonté de ne pas dissocier la création contemporaine de la mémoire qui la nourrit.

Chez lui, le passé n’apparaissait pas comme une réalité figée ou comme un objet de nostalgie. Il constituait plutôt une matière vivante, susceptible d’être interrogée, réinterprétée et mise en relation avec les préoccupations du présent.

Cette conception revêt une importance particulière dans le contexte contemporain. Elle suggère que la modernité africaine ne doit pas nécessairement être pensée comme une rupture avec les héritages culturels. Elle peut, au contraire, se construire à partir d’eux.

L’enjeu n’est donc pas de choisir entre tradition et modernité, mais de créer les conditions de leur dialogue.

La tradition comme source de création.

Van Baxy appartenait à une génération d’artistes évoluant à la croisée de plusieurs univers.

D’une part, se trouvait l’héritage ancestral, source d’inspiration, mais aussi réservoir de significations où les figures historiques, les récits familiaux, les traditions, les valeurs sociales et les formes de sagesse héritées des générations précédentes peuvent être mobilisées afin de donner un contenu contemporain à l’expression artistique: langues, récits, valeurs, pratiques culturelles, expressions musicales et modes traditionnels de transmission.

Parmi cet héritage, l’éducation et les valeurs morales reçues de ses parents, grands parents, grande famille, occupent une place sacrée : droiture, respect, solidarité, amitié, amour de la famille…

D’autre part, s’imposait la réalité contemporaine : jeunesse, mutations sociales, nouvelles technologies, difficultés économiques, transformations du monde du travail et intensification des échanges culturels. Van Baxy était notamment très sensible à la dure réalité des travailleurs maliens, à leur écoute, et toujours soucieux de l’intérêt général.

Entre ces deux dimensions, Van Baxy a choisi de construire des passerelles.

Son œuvre peut ainsi être appréhendée comme un espace de rencontre entre les générations, entre les temporalités et entre différentes formes d’expression musicale. Elle établissait également un dialogue entre les héritages africains et les langages contemporains.

Cette démarche confère à sa création une portée qui excède celle du simple divertissement. Une œuvre artistique qui interroge la société devient nécessairement, à certains égards, un témoignage de son époque. Une œuvre qui porte la mémoire participe également à la constitution d’une forme d’archive culturelle.

La musique devient alors un moyen de conserver, de réinterpréter et de transmettre une expérience collective.

Le rap comme instrument de conscience.

Le rap entretient historiquement un rapport privilégié avec la parole, le récit et la critique sociale. Il donne une place particulière aux expériences de la jeunesse, aux frustrations, aux aspirations, aux injustices, aux contradictions et aux transformations de la société.

Au Mali, cette expression musicale s’est progressivement approprié des références locales, des langues nationales, des traditions et des réalités sociales propres au pays.

Ainsi, la mémoire culturelle se transforme au fur et à mesure qu’elle est transmise, racontée et réinterprétée.

Lorsqu’un récit ancien entre dans une chanson contemporaine, il change de support, de rythme et de public. Pourtant, sa valeur symbolique ne disparaît pas, au contraire, elle acquière une nouvelle capacité de circulation.

Cette transformation est particulièrement importante dans des sociétés où l’oralité demeure une dimension fondamentale de la transmission culturelle. La musique peut alors jouer un rôle comparable à celui d’une archive vivante : elle conserve des thèmes, des valeurs, des images et des récits, tout en les adaptant aux sensibilités des nouvelles générations.

Van Baxy s’inscrivait dans cette dynamique en concevant la musique comme un moyen de dialoguer avec la jeunesse, de lui rappeler son histoire et de l’encourager à réfléchir sur son présent et son futur.

Une idée fondamentale semble traverser cette démarche : la connaissance de l’histoire constitue une condition importante de la compréhension du présent et de la construction de l’avenir.

Il ne s’agissait donc pas de retourner au passé pour y demeurer, mais de l’interroger afin de mieux comprendre les transformations du présent. La mémoire devenait ainsi une ressource intellectuelle permettant de penser l’avenir.

Van Baxy dans la mémoire du rap malien et de la musique urbaine.

L’histoire du rap malien ne peut être réduite à la succession de productions musicales. Elle doit également être étudiée à travers les artistes qui ont contribué à lui donner une profondeur sociale, culturelle et historique : Van Baxy appartient à cette mémoire.

Le  parcours de celui-ci témoigne d’une conception du rap qui ne se limite pas à l’imitation de modèles extérieurs. Il illustre la possibilité d’un rap en dialogue avec les traditions locales, les langues maliennes, les références culturelles nationales et les réalités sociales contemporaines.

Il s’inscrit ainsi dans l’histoire d’une musique urbaine qui s’est progressivement affirmée comme un langage culturel à part entière.Une chanson peut exprimer une expérience individuelle tout en donnant forme à un sentiment collectif. Elle peut mettre des mots sur des préoccupations que beaucoup ressentent sans parvenir à les formuler.

La liberté d’expression constitue, dans ce cadre, une condition essentielle de la création artistique.

L’artiste doit pouvoir questionner son époque, défendre une conviction, exprimer une inquiétude ou proposer une autre manière de regarder le monde.

De plus, l’artiste occupe une position singulière dans la société parce qu’il dispose d’un langage capable de toucher simultanément l’intelligence, la sensibilité et l’imaginaire.

Mais la liberté artistique implique également une responsabilité et la puissance des mots impose de réfléchir à leurs conséquences.

Dans son engagement, Van Baxy, a su conjuguer liberté d’expression et responsabilité, paroles fermes mais argumentées et dépourvues d’agressivité.

Cette conception de la liberté suppose, de la part de l’artiste, une discipline de la parole et une perception aigüe de son rôle pédagogique implicite comme acteur de la conscience et du débat collectifs.

Une dimension fondamentale de la pensée culturelle attribuée à Van Baxy pourrait se traduire par l’idée de la  culture comme arme pacifique.

En effet, la culture constitue une force symbolique parce qu’elle agit sur les représentations. Elle peut restaurer une fierté, réveiller une mémoire, rapprocher des peuples et modifier le regard qu’un peuple porte sur lui-même.

Une chanson ne conquiert pas un territoire, mais elle peut conquérir un imaginaire; ne peut abattre des frontières géographiques mais peut faire vaciller les barrières de l’injustice et de l’indifférence.

Ainsi, la musique peut devenir un instrument de rapprochement des peuples…

L’artiste face aux enjeux de la société.

La trajectoire de Van Baxy révèle également une attention particulière portée aux réalités de la société malienne, notamment aux questions relatives à l’éducation, à la formation, au travail et aux difficultés rencontrées par la jeunesse.

Cette dimension permet de mieux comprendre sa conception du rôle de l’artiste.

L’artiste n’est pas nécessairement celui qui prétend détenir toutes les réponses. Il peut être celui qui formule les questions pertinentes, ouvre des espaces de réflexion et contribue à faire entendre des voix parfois marginalisées.

Dans cette perspective, la musique peut devenir un espace d’apprentissage et de réflexion. Elle peut aborder la culture et l’éducation, la tradition et la modernité, l’identité et la responsabilité, tout en demeurant attentive aux réalités quotidiennes de la population.

L’une des caractéristiques majeures de cette démarche réside précisément dans cette capacité à relier la création artistique aux enjeux sociaux.

Un artiste devenu passeur de mémoire, médiateur culturel et témoin de son époque.

 Van Baxy peut être considéré comme un passeur entre plusieurs mondes : entre l’ancien et le nouveau, entre le local et le continental, entre la tradition et la modernité, entre la mémoire et l’avenir.

Un passeur de mémoire et de savoirs, au sens de fonction culturelle : recevoir un héritage, le comprendre, le transformer et le transmettre à son tour.

L’artiste reçoit des récits, des valeurs et des références issus des générations précédentes et contribue à leur donner une forme accessible aux générations contemporaines.

Ainsi, il ne reproduit pas mécaniquement le passé. Il réalise une médiation entre plusieurs temporalités. Il rend le passé intelligible dans le présent et permet au présent de dialoguer avec ce qui l’a précédé.

Van Baxy établit des passerelles entre Ségou et le reste du Mali, entre le Mali et les autres pays africains, entre les anciens et les jeunes, entre la tradition et la modernité.

En tant que témoin de son époque, il porte une parole sur les transformations de la société, le travail, la liberté d’expression, la dignité, l’identité et la souveraineté.

Ces trois fonctions sont indissociables et se renforcent mutuellement.

Parce qu’il est passeur de mémoire, il peut être médiateur.

Parce qu’il est médiateur, il peut contribuer au dialogue panafricain.

Parce qu’il est témoin de son époque, il peut transformer la mémoire en ressource pour l’avenir.

Ces fonctions sont particulièrement importantes à une époque où la mondialisation et les transformations technologiques accélèrent la circulation des références culturelles.

Car la jeunesse africaine est aujourd’hui exposée à une multitude d’influences musicales, linguistiques, médiatiques et sociales. La question n’est donc plus seulement celle de la conservation du patrimoine, mais aussi celle de sa capacité à rester vivant et pertinent.

En ce sens, la dimension pédagogique du parcours de Van Baxy mérite d’être soulignée. Son activité de formateur et d’enseignant témoigne d’une conception de la transmission qui dépasse la simple acquisition d’une technique.

Transmettre, c’est également partager une expérience, une méthode, une vision et une confiance dans les capacités de ceux que l’on accompagne.

Former les autres signifie accepter que le savoir et l’expérience prennent une valeur nouvelle lorsqu’ils permettent à d’autres personnes de développer leurs propres compétences.

Sous cet angle, Van Baxy n’était plus uniquement un créateur. Il devenait un passeur de savoirs et de possibilités.

Entre mémoire et futur : puiser dans le passé pour construire l’avenir. 

L’une des caractéristiques les plus significatives de la démarche de Van Baxy réside dans sa capacité à inscrire simultanément son regard dans le passé et dans l’avenir.

Le passé constituait pour lui une source de compréhension de l’histoire malienne. L’avenir, quant à lui, se trouvait dans les aspirations et les capacités de la jeunesse.

La valorisation de la mémoire ne doit cependant pas être confondue avec une idéalisation du passé, ni susciter la nostalgie.

Se souvenir ne signifie pas nécessairement vouloir reproduire les conditions anciennes. La mémoire peut, au contraire, fournir des ressources permettant d’affronter les transformations contemporaines.

Cette distinction est essentielle. Une culture véritablement vivante n’est pas une culture figée. Elle est capable d’intégrer de nouvelles influences tout en conservant des repères fondamentaux  et d’établir un dialogue entre les deux, répondant ainsi à la question :comment demeurer soi-même tout en évoluant ?

L’oeuvre de Van Baxy occupait précisément cet espace intermédiaire : celui où la mémoire rencontre la projection vers l’avenir.

La pertinence de cette position est évidente à une époque marquée par des transformations rapides et par le risque d’une fragilisation de certaines formes de transmission culturelle.

L’héritage de Van Baxy invite ainsi à dépasser une opposition artificielle entre conservation et innovation.

Il s’agit de conserver sans enfermer, de moderniser sans effacer, de créer sans oublier et de s’ouvrir au monde sans renoncer à soi-même.

En outre, en faisant circuler des récits, des valeurs et des références, il contribuait à maintenir un lien entre les générations

Ségou comme territoire de mémoire.

L’attachement de Van Baxy à Ségou doit également être compris comme une forme d’engagement culturel pour l’Afrique.

Porter Ségou, c’est porter une histoire. Porter la culture bamanan, c’est également porter une langue, des récits, des valeurs, une conception du monde et une mémoire collective.

C’est se souvenir que le peuple bamanan est, littéralement, « celui qui refuse » et que sa vision du monde et l’organisation de sa société ont beaucoup influencé la civilisation de toute l’Afrique de l’Ouest.

Mais cet héritage implique aussi une responsabilité : celle de contribuer à sa transmission et à sa connaissance au-delà de son territoire d’origine.

Dans cette perspective, la voix de Van Baxy pouvait être entendue à plusieurs niveaux. Elle était celle d’un individu, mais elle pouvait également devenir, symboliquement, celle d’une ville, d’une génération et d’une culture.

Son parcours témoigne ainsi d’un Mali profondément attaché à son histoire tout en demeurant capable de dialoguer avec les expressions culturelles contemporaines, car la mémoire ne constitue pas un obstacle au développement.

Une musique universelle.

L’œuvre de Van Baxy était enracinée dans un territoire et une histoire, mais son horizon dépassait largement Ségou et le Mali.

Son intérêt pour différents pays du continent – notamment la Guinée-Conakry, le Burkina Faso, le Cameroun, le Nigeria, le Ghana, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo – témoigne d’un imaginaire qui dépasse les frontières nationales.

Cette ouverture inscrit son œuvre dans le cadre d’une dynamique culturelle panafricaine où la musique constitue l’un des principaux espaces dans lesquels cette dynamique peut s’exprimer.

Les artistes circulent, collaborent, reprennent des rythmes, mélangent des langues et rassemblent des publics transnationaux.

La culture contribue ainsi à construire une Afrique vécue non seulement comme un ensemble d’États, mais comme une pluralité de peuples historique et symbolique.

Une Afrique plurielle mais reliée, en dépit de son

extraordinaire diversité linguistique, historique, religieuse, artistique et sociale. Une Afrique qui ne nie pas les différences et inscrit celles-ci dans un horizon commun.

Il serait donc réducteur de parler d’une culture africaine unique, et plus pertinent de parler d’un espace de cultures africaines en interaction.

Dans cette perspective, aimer le Mali n’exclut pas l’attachement aux autres pays d’Afrique de l’Ouest et du continent.

L’unité africaine ne nécessite pas que les peuples abandonnent leurs langues, leurs traditions ou leurs identités locales. Au contraire, c’est par une reconnaissance mutuelle de leur diversité qu’elle pourra se construire.

Dans ce contexte, l’expression « Nous venons de la même source » exprime une volonté de dépasser les divisions sans nier les singularités.

Les chansons de Van Baxy pouvaient s’adresser à l’Afrique, à la diaspora et à tous ceux qui considèrent la création artistique comme un moyen de comprendre les transformations du continent.

Il ne s’agit pas d’une musique dépourvue d’identité, mais d’une musique suffisamment consciente de ses racines pour pouvoir circuler et dialoguer avec d’autres cultures.

Une culture ne perd pas nécessairement sa singularité lorsqu’elle en rencontre d’autres. Elle peut s’enrichir, évoluer et faire connaître sa spécificité.

Cette ouverture n’impliquait donc pas l’abandon de l’identité. Elle reposait, au contraire, sur la confiance dans celle-ci.

On peut être profondément enraciné et profondément ouvert.

On peut être un enfant de Ségou et s’adresser au monde. On peut porter la mémoire bamanan tout en dialoguant avec les formes culturelles contemporaines. On peut être Malien et participer à une conversation culturelle africaine et universelle.

Ainsi, les collaborations artistiques de Van Baxy constituent des espaces de dialogue culturel entre différents univers musicaux, des rencontres entre des histoires, des langues, des styles et des publics différents.

Chaque collaboration crée potentiellement une passerelle où chaque artiste croise et accueille la culture de l’autre.

Une voix africaine au-delà des frontières.

Au-delà du Mali, le parcours de Van Baxy s’inscrit dans une réflexion plus large sur la place de la culture africaine dans le monde contemporain.

Il représentait une conception de l’Afrique capable d’assumer son histoire sans renoncer à l’innovation ; une Afrique consciente de ses racines, mais ouverte aux échanges ; une Afrique qui considère sa jeunesse comme une force et sa culture comme une ressource fondamentale.

Van Baxy a été le porte-voix d’une aspiration à la souveraineté culturelle africaine.

Une souveraineté qui ne signifie pas le refus des influences étrangères mais  plutôt l’ouverture au monde à partir d’une identité assumée, capable de raconter soi-même son histoire en conservant la maîtrise de ses propres récits, de ses langues, de ses références et de sa mémoire.

Ainsi comprise, la souveraineté n’est ni un repli, ni un refus de l’altérité c’est une condition d’un dialogue équilibré, rendu possible par une conscience suffisamment solide de soi-même.

De même, une société souveraine n’est pas uniquement une société qui revendique son indépendance. C’est une société qui valorise les capacités de ses membres à créer, produire, transmettre et développer ses ressources propres, bien au-delà du champ culturel…

La souveraineté se construit également dans les consciences.

Elle peut advenir lorsque les peuples connaissent leur histoire.

Elle se renforce lorsqu’ils valorisent leurs cultures.

Elle se consolide lorsqu’ils produisent leurs propres récits.

Et elle devient durable lorsque les jeunes générations reçoivent, non pas seulement un patrimoine à conserver, mais une mémoire suffisamment vivante pour pouvoir la transformer et produire des représentations de soi qui ne dépendent pas exclusivement du regard extérieur.

L’itinéraire de Van Baxy démontre qu’un artiste peut partir d’une ville comme Ségou, puiser dans une civilisation ancienne, employer des langages musicaux contemporains et atteindre des publics bien au-delà de son territoire.

C’est en cela que peut être comprise l’idée d’une musique sans frontières : non pas une musique qui abandonne son identité, mais une musique qui transforme son identité en moyen de dialogue avec le monde.

Un ambassadeur culturel du Mali.

Van Baxy peut être considéré comme un ambassadeur culturel, non pas au sens institutionnel du terme, mais en raison de la nature même de son travail.

Toute œuvre qui valorise une langue, une histoire, une identité ou une tradition contribue à la représentation d’une culture. Tout artiste qui assume ses racines participe, à son échelle, à la connaissance de son pays.

À travers son parcours, Van Baxy a ainsi contribué au rayonnement culturel de Ségou et du Mali.

La musique pouvait devenir un véritable vecteur de représentation culturelle : les paroles portaient un récit, les mélodies transmettaient une sensibilité et la scène devenait un espace de présentation d’une identité assumée.

Cette conception de l’art confère à la création une fonction qui dépasse la seule expression individuelle.

La particularité de la musique réside également dans sa capacité à franchir les frontières.

Une chanson enregistrée à Ségou peut être écoutée à Bamako, Conakry, Ouagadougou, Dakar, Abidjan, Cotonou, Lomé, Lagos, etc, ou au sein de la diaspora africaine.

La circulation musicale produit ainsi des formes de rencontre entre des sociétés qui ne partagent pas toujours les mêmes langues, les mêmes trajectoires politiques ou les mêmes traditions. L’artiste contribue ainsi à redessiner une géographie culturelle qui ne correspond pas exactement aux frontières politiques.

Cette circulation musicale favorise la circulation des identités et peut se révéler facteur d’apaisement des tensions entre les peuples.

Un bâtisseur culturel.

Le terme de bâtisseur paraît particulièrement approprié pour qualifier le parcours de Van Baxy.

Certains artistes construisent essentiellement une discographie. D’autres contribuent à la formation d’une communauté ou d’un mouvement.

D’autres encore, tel Van Baxy, participent à la constitution d’une génération, par leur engagement dans la création, la production, la formation et la transmission. Il a grandement contribué à la production d‘imaginaires collectifs, à la circulation des valeurs et à la construction des représentations que les sociétés se font d’elles-mêmes.

L’engagement de Van Baxy dans la formation témoigne de sa volonté de dépasser le simple encouragement pour favoriser l’acquisition de connaissances, de compétences et la  confiance en soi.

Dans un contexte marqué par de nombreux défis sociaux et économiques, cette mission constitue une dimension fondamentale de la construction collective.

La jeunesse africaine contemporaine évolue dans un environnement culturel particulièrement complexe.

Elle est simultanément exposée aux traditions locales, aux cultures africaines transnationales, aux industries culturelles mondialisées, aux réseaux sociaux et aux nouvelles technologies.

Cette situation produit une question fondamentale : comment être moderne sans cesser d’être soi-même ?

La réponse proposée implicitement par Van Baxy peut être formulée ainsi : la modernité ne signifie pas l’effacement des racines culturelles.

Nombreux sont les artistes qui, comme lui, ont souhaité mettre la jeunesse au cœur de la transmission et d’un projet culturel entre mondialisation et affirmation identitaire, car une société ne peut construire durablement son avenir sans accorder une véritable confiance à sa jeunesse.

Mais cette confiance ne consiste pas uniquement à lui donner la parole. Elle suppose également de lui fournir les outils nécessaires à son autonomie, tant sur les plans artistique et culturel qu’intellectuel, professionnel et économique.

La jeunesse ne doit donc pas être uniquement considérée comme dépositaire du patrimoine, elle doit également être reconnue comme capable de le transformer, de même qu’elle doit constituer un levier de développement de la production culturelle, économique et sociale..

Par ailleurs, la transmission culturelle n’est véritablement efficace que lorsque les nouvelles générations peuvent s’approprier l’héritage reçu et lui donner de nouvelles formes.

Dans ce processus, l’artiste joue un rôle d’intermédiaire en démontrant qu’il est possible d’être contemporain sans être culturellement déraciné : connaître ses racines ne signifie pas refuser le changement mais disposer de repères pour choisir la direction du changement. 

Une œuvre qui survit à l’artiste.

Le parcours de Van Baxy conduit ainsi à poser une question essentielle : que reste-t-il d’un artiste lorsque celui-ci n’est plus ?

L’héritage de celui-ci ne se limite pas aux œuvres qui peuvent être entendues ou conservées. Il réside également dans les personnes qu’il a accompagnées, encouragées et formées, les artistes inspirés, les savoirs transmis, les mémoires préservées, les consciences éveillées et les débats suscités.

L’héritage artistique est donc à la fois matériel et immatériel.

La disparition physique d’un artiste ne saurait signifier l’oubli  de son œuvre et de son influence.

Les chansons continuent d’être écoutées, les paroles continuent d’être interprétées, les productions continuent de circuler et les personnes formées continuent de transmettre ce qu’elles ont reçu.

C’est ainsi que se construit la véritable postérité.

Une œuvre ne survit pas seulement parce qu’elle est conservée dans des archives. Elle survit lorsqu’elle continue de produire du sens et de dialoguer avec ceux qui viennent après son auteur.

À cet égard, la postérité de Van Baxy dépendra aussi de la capacité du Mali à documenter, conserver et transmettre son parcours.

L’artiste comme patrimoine culturel.

L’héritage de Van Baxy doit être envisagé dans une perspective collective : celle de la construction d’une identité musicale malienne capable d’assumer ses influences tout en affirmant sa singularité.

Dans un environnement où l’accélération de la circulation de l’information peut rapidement reléguer certaines figures artistiques dans l’oubli, la conservation de la mémoire culturelle devient une nécessité.

La mémoire de Van Baxy mérite, à ce titre, d’être documentée, étudiée et transmise.

Ses œuvres, ses expériences, ses collaborations, ses réflexions et son activité pédagogique constituent autant d’éléments susceptibles de contribuer à l’histoire culturelle contemporaine du Mali.

Préserver cette mémoire ne signifie pas transformer l’artiste en figure immobile ou mythique. Il s’agit plutôt de permettre aux générations futures de comprendre le contexte dans lequel celui-ci a travaillé, les problématiques auxquelles il a été confronté et les valeurs qui ont orienté son engagement.

Une société qui conserve la mémoire de ses artistes conserve, en partie, sa propre mémoire.

Du deuil à la responsabilité de l’héritage.

Le deuil est d’abord une expérience de douleur et d’absence. Mais il peut également devenir un moment de réflexion sur la transmission.

Honorer la mémoire de Van Baxy ne consiste donc pas uniquement à célébrer son parcours après sa disparition. Cela implique également de poursuivre certaines des missions auxquelles il avait consacré son énergie : former, créer, transmettre, valoriser l’histoire, accompagner la jeunesse et défendre la culture malienne.

L’héritage ne doit pas être réduit au souvenir. Il doit devenir une responsabilité collective.

Cette responsabilité concerne les artistes, les enseignants, les chercheurs, les acteurs culturels, les institutions et, plus largement, toutes les personnes qui considèrent la culture comme une composante essentielle du développement humain et social.

Ségou perd un fils, mais conserve une mémoire

Ségou perd aujourd’hui l’une de ses voix.

Cependant, elle ne perd pas l’histoire qu’il a contribué à porter. Elle conserve ses œuvres, les témoignages de ceux qui l’ont connu, les souvenirs de ceux qu’il a accompagnés et l’empreinte de son engagement.

Le nom de Van Baxy restera ainsi associé à cette ville qui l’a vu naître et dont il a contribué à porter l’identité.

Ségou pourra continuer à raconter le parcours de cet enfant devenu artiste, de cet artiste devenu formateur et de ce formateur devenu passeur de mémoire.

Le Mali face à l’héritage de Van Baxy.

Le Mali perd un artiste, mais il reçoit un héritage.

Cet héritage appartient désormais à la collectivité : aux artistes, aux jeunes, aux enseignants, aux chercheurs, aux acteurs culturels et à tous ceux qui participent à la construction de la mémoire nationale.

Il rappelle que la culture ne constitue pas un domaine secondaire de la vie collective. Elle contribue à la manière dont une société se représente elle-même, transmet son histoire et imagine son avenir.

Van Baxy laisse ainsi derrière lui une conception de la création artistique comme espace de connaissance, d’expression et de transmission.

L’héritage de Van Baxy peut donc être résumé autour de quelques principes fondamentaux : connaître son histoire, respecter ceux qui nous ont précédés, valoriser son patrimoine, défendre la liberté d’expression, travailler avec dignité, préserver les cultures, créer des ponts entre les peuples et donner à la jeunesse les moyens de devenir actrice de son avenir.

Sa voix, enracinée à Ségou mais ouverte à l’Afrique, peut ainsi être comprise comme une contribution à une réflexion plus vaste sur ce que signifie être Africain dans le monde contemporain.

Une mémoire appelée à se prolonger.

La véritable question qui se pose désormais est celle de la manière dont l’héritage de Van Baxy sera conservé.

Il faudra préserver ses œuvres, documenter son parcours, recueillir les témoignages de ceux qui l’ont connu, transmettre ses expériences et permettre aux nouvelles générations de découvrir son travail.

Cette démarche relève d’une véritable politique de mémoire.

L’histoire culturelle d’un pays ne se construit pas uniquement à travers ses institutions ou ses grands événements. Elle se construit également à travers les trajectoires individuelles de celles et ceux qui ont contribué à enrichir son imaginaire collectif.

Van Baxy appartient désormais à cette histoire.

Van Baxy nous quitte, mais la portée symbolique de son parcours demeure.

Ségou se souvient de son fils. Le Mali se souvient de son artiste. La jeunesse se souvient du formateur. Le monde culturel se souvient du bâtisseur. Le rap malien conserve la trace de celui qui a contribué à faire de la musique un espace de mémoire, de réflexion et de transmission.

Son parcours rappelle qu’un artiste peut être davantage qu’un artiste et remplir une fonction sociale et historique qui dépasse le spectacle. Il peut être gardien de la mémoire, passeur de savoirs, témoin de son époque, producteur d’imaginaire, médiateur culturel entre les générations, bâtisseur de passerelles,  éclaireur de l’avenir et  acteur de transformation sociale.

C’est parce qu’il savait d’où il venait qu’il pouvait regarder plus loin. C’est parce qu’il portait une mémoire qu’il pouvait penser l’avenir. C’est parce qu’il croyait en la jeunesse qu’il pouvait transmettre.

Son absence laisse un vide immense. Son œuvre laisse une trace.

Et entre ces deux réalités se situe peut-être la véritable grandeur d’un artiste : disparaître physiquement tout en demeurant présent dans la mémoire de ceux auxquels son œuvre a apporté le meilleur.

À la terre, aux racines, aux étoiles et à la lumière.

Van Baxy, fils de Ségou et fils du Mali, ton parcours terrestre s’achève, mais l’œuvre que tu as laissée derrière toi demeure inscrite dans la mémoire de ceux qui l’ont reçue.

Que la terre de Ségou, celle qui t’a vu naître et dont tu as porté l’histoire, se souvienne!

Que tes racines demeurent vivantes dans la mémoire bamanan, dans l’histoire du Mali et dans les récits que les générations futures continueront de transmettre.

Que l’eau emporte la douleur de ceux qui te pleurent sans jamais emporter ton souvenir. Qu’elle coule symboliquement comme le Niger, reliant les rives, les générations et les territoires.

Que le feu de ton engagement demeure dans celles et ceux que tu as formés, accompagnés et inspirés. Car le véritable feu de la transmission ne disparaît pas : il se transmet d’une génération à l’autre.

Que le soleil accompagne ton repos et que sa lumière rappelle, chaque matin, que les œuvres humaines peuvent survivre à ceux qui les ont créées.

Que la lune veille sur ta mémoire dans le silence des nuits maliennes.

Et que les étoiles rappellent que certaines présences ne cessent pas d’exister simplement parce qu’elles ne sont plus visibles.

Tu demeures une mémoire de Ségou, une mémoire du Mali et une voix du rap malien.

Ton héritage sera celui de la création, mais également celui de la connaissance de la culture bamanan et de la transmission à la jeunesse africaine.

Ton héritage est aussi celui des interrogations durables – partagées par nombre d’artistes – suscitées par ton œuvre et tes prises de paroles :

Que voulons-nous transmettre aux générations futures ?

Comment préserver la mémoire sans la transformer en nostalgie ?

Quelle place donner aux langues et aux traditions africaines dans les sociétés contemporaines ?

Comment la jeunesse peut-elle devenir actrice de son patrimoine ?

Comment produire une culture africaine ouverte sur le monde sans devenir dépendante du regard extérieur ?

Comment faire de la musique un instrument de fraternité plutôt qu’un facteur de division ?

Comment articuler souveraineté culturelle et ouverture internationale ?

Comment faire de la musique un instrument de fraternité plutôt qu’un facteur de division ?

Toutes ces questions renvoient à des enjeux fondamentaux auxquels sont confrontées les sociétés africaines contemporaines.

« Nous venons de la même source : l’Afrique. »

Cette affirmation d’appartenance nous oblige quant au projet d’une Afrique capable de transformer sa diversité en force, sa mémoire en ressource, sa culture en puissance pacifique et sa jeunesse en véritable actrice de son avenir.

Aujourd’hui, nous pleurons ton absence. Demain, il nous appartiendra de faire vivre ton héritage.

Il faudra écouter tes œuvres, raconter ton parcours, préserver tes créations, transmettre tes enseignements et permettre aux générations futures de comprendre ce que ton engagement représentait.

Ton véritable héritage n’est donc pas seulement derrière toi. Il se trouve également devant nous, dans les mains de celles et ceux qui continueront à créer, à chanter, à enseigner, à transmettre et à raconter le Mali.

Repose en paix, fils de Ségou.

Que la Terre te soit douce.

Que l’Eau porte ton souvenir.

Que le Feu conserve ton engagement.

Que le Soleil éclaire ta mémoire.

Que la Lune veille sur ton repos.

Que tes Racines demeurent vivantes.

Que les Étoiles portent ton nom.

Et que la Lumière de ton œuvre accompagne ceux qui viendront après toi.

 

Ton voyage terrestre s’arrête ici, mais ta voix continue de voyager : de Ségou à Bamako, du Mali à l’Afrique, de l’Afrique au monde, de la terre à la mémoire,

et de la mémoire à l’avenir.

Van Baxy, tu nous quittes, mais ta lumière ne s’éteint pas.

Certaines voix deviennent des souvenirs.

Certaines deviennent des histoires.

Et certaines deviennent des repères pour les générations futures.

La tienne continuera de résonner.

Que Ségou perpétue fièrement ton nom.

Que le Mali honore ta mémoire.

Que le rap malien conserve ta trace.

Que la jeunesse poursuive l’œuvre de transmission à laquelle tu as consacré une partie de ton existence.

Et que l’Afrique continue de faire voyager ton message au-delà des frontières.

Van Baxy, fils de Ségou, fils du Mali, fils de l’Afrique, voix sans frontières, la jeunesse ne t’oubliera pas !

Yé Lassina Coulibaly

Yé Lassina Coulibaly est artiste international et observateur attentif du monde.

Entre l’Afrique et l’Europe, il prête sa plume comme une passerelle entre les cultures, afin que l’art, la connaissance et la parole demeurent un langage vivant et universel. 

Contact yelassocoul@yahoo.fr

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