Le 22 novembre 2020, les Burkinabè ont rendez-vous dans les urnes pour les  élections couplées. Mais au regard des attaques terroristes dont le pays est régulièrement victime, de nombreux compatriotes sont pour le moins sceptiques quant au bon déroulement de ces consultations.

 

Quelle pourrait être la perspective d’évolution du terrorisme en considérant la période hivernale actuelle ? Que convient-il de faire pour une meilleure sécurisation du processus électoral ?

La période d’hivernage n’est pas du tout une période d’hibernation pour les terroristes. Bien au contraire. Pour eux, il n y a ni trêve ni répit.  Certains cours d’eau limitant leur mobilité, les terroristes procèdent  généralement par la pose d’engins explosifs improvisés ou par des embuscades. En ce sens, l’hivernage 2019 a été particulièrement meurtrier pour les populations du  Burkina Faso, du Mali et du Niger.

Cette année, les terroristes viennent de se  signaler dans  la commune de Tangaye (région du nord du Burkina Faso). Le 3 août, six enfants ont été tués  et quatre autres  blessés dans l’explosion d’une mine artisanale. Certains  enfants conduisaient un troupeau d’animaux pendant que d’autres étaient  à bord d’une charrette quand ils ont été surpris par la détonation. En début juillet, dans la région de l’Est, les terroristes s’en étaient pris au convoi du président du conseil supérieur de la communication (CSC).

La relative accalmie observée pendant l’hivernage permet en réalité aux terroristes  de se réorganiser, d’identifier de nouvelles cibles, de  s’incruster dans les communautés pour faire du recrutement,…  Avec la perspective des élections,  le harcèlement contre les FDS, les embuscades, l’usage de IED vont sans doute s’amplifier.

Connaissant le mode opératoire de l’ennemi, il appartient aujourd’hui aux unités déployées sur les différents théâtres d’opération d’exploiter la période hivernale à leur avantage. Les grands théoriciens de la stratégie depuis Sun Tse, dans L’Art de la guerre, au Ve siècle av. J.-C., ont montré qu’une manœuvre  réussissait à moindre coût lorsque les données naturelles étaient exploitées avec audace. Il existe ainsi une permanence dans la conception de la guerre qui consiste à se servir de l’environnement comme une arme de guerre. Les doctrines militaires définissent des procédés tactiques afin de créer une « contre-mobilité » et ralentir ou arrêter la manœuvre  adversaire.  Dès l’Antiquité, l’empoisonnement des puits, le détournement des eaux et le défrichement par le feu sont des moyens tactiques récurrents.

Dans toutes les guerres, l’environnement devient un des moyens de se défendre ou de diminuer les capacités de l’adversaire. La provocation d’inondations comme arme de guerre en est un exemple significatif. Dans L’Art de la guerre, Sun Tse insiste, en effet, sur le rôle de la géographie, et en particulier sur les dispositions atmosphériques. Ainsi dégage-t-il cinq facteurs à prendre en compte préalablement à tout engagement : 1) l’influence morale, 2) les conditions météorologiques, 3) le terrain, 4) le commandement et 5) la doctrine. L’ordre n’est pas anodin.

L’ANR au coeur du dispositif de sécurisation des élections

 Par nature, une élection est vulnérable en de nombreux aspects. L’analyse de mesures de sécurité électorale efficaces doit se baser sur l’information et l’expertise provenant de différents domaines. Il est hautement avantageux de privilégier un niveau élevé de communication et de coordination parmi les responsables de l’administration et de la sécurité.

L’analyse et la planification de sécurité ne peuvent être efficaces si on y consacre qu’un court moment avant le début de la période électorale, et ne peut pas dépendre de stratégies réactives. Anticiper et prévenir les risques à la sécurité, mitiger leurs impacts ou les probabilités que ces risques se concrétisent est un effort stratégique que doivent faire l’administration électorale et ses partenaires de sécurité. La stratégie de sécurisation des élections peut reposer sur la combinaison de 3 principes majeurs :

-évaluer la menace terroriste

-connaître les vulnérabilités des principales cibles potentielles d’attaque terroriste afin de les réduire ;

-déterminer un dispositif de sécurité répondant au niveau de risque.

L’Agence Nationale de Renseignement devra impérativement être au centre de ce dispositif.  En 2015, le Burkina Faso avait mobilisé 25000 agents pour sécuriser les élections. En 2020, le contexte a radicalement changé avec les  nombreuses attaques terroristes. Les potentielles menaces sont alors décuplées. Celles-ci peuvent porter sur l’intégrité physique des leaders politiques ou certains membres de la CENI, sur les observateurs ou encore sur les journalistes.

Certaines personnes indélicates pourraient aussi tenter d’empêcher l’acheminement du matériel électoral, voler le matériel électoral, utiliser les médias à des fins de propagande néfastes ou encore  refuser de reconnaître les résultats issus des urnes.

Le dispositif de sécurisation doit regrouper toutes les forces de défense et de sécurité : gendarmerie,  police, militaires (armée de terre, armée de l’air, groupement central des armées),  paramilitaires (eaux et forêts, douanes, police municipale, garde de sécurité pénitentiaire) personnel retraité des forces de sécurité et des forces armées. Les forces anti-terroristes doivent demeurer en alerte maximale. Le Burkina Faso doit impérativement relever le défi d’élections libres, démocratiques, transparentes et apaisées.

Jérémie Yisso BATIONO

Enseignant- chercheur

Ouagadougou

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