A l’occasion de la 22e Semaine nationale de la culture qui débute officiellement ce samedi 25 avril à Bobo Dioulasso, Yé Lassina Coulibaly que l’on ne présente plus parle de la culture, fort de sa riche expérience. Lisez plutôt !

«Nous poursuivons ensemble une œuvre essentielle : celle de la sauvegarde de notre patrimoine et de la valorisation de notre culture, au service du peuple burkinabè et, au-delà, de l’Afrique tout entière. J’ose espérer que la jeunesse africaine mesure pleinement la portée des réflexions que nous mettons à sa disposition, afin de renforcer sa visibilité sur la scène internationale, face aux réalités contemporaines comme aux enjeux économiques et stratégiques qui s’imposent à elle.

Le cœur de l’homme et son génie artistique parlent une langue universelle : celle de l’harmonie et de la musique. Depuis l’aube des temps, cet art — profondément enraciné dans toutes les civilisations — s’impose comme l’un des chemins les plus naturels vers la transcendance. Il accompagne l’humanité tel un héritage sacré, transmis de génération en génération, destiné à traverser le temps et à défier l’oubli.

Au sein du patrimoine mondial, au cœur des peuples, la musique demeure un lien invisible mais puissant : une mémoire vivante qui unit les cultures, apaise les âmes et élève les esprits.

Tous les articles que j’ai signés pour diverses personnalités — femmes et hommes — portent en eux de multiples messages, au premier rang desquels figure la question essentielle de la dignité au sein de nos sociétés africaines. Nos écrits témoignent également de la complexité et de la profondeur des dynamiques à l’œuvre dans ce que l’on nomme le marché mondial.

Aujourd’hui plus que jamais, l’Afrique se trouve à un tournant décisif de son histoire. Je forme le vœu que sa jeunesse ne se laisse pas détourner par des influences prédatrices et invisibles, dont les mécanismes s’exercent notamment à travers certaines sphères financières.

Depuis 1980, je n’ai bénéficié d’aucun soutien significatif de la part de nos différents États pour mes créations et productions. De même, les acteurs économiques du secteur culturel ne se sont jamais véritablement engagés à mes côtés. Aussi, je ressens aujourd’hui la nécessité de constituer une équipe capable de financer, structurer et accompagner mes actions artistiques.

Mon expertise dans le domaine des arts vivants s’inscrit dans la durée : de l’Afrique à l’Europe, j’ai contribué à la valorisation des compétences de l’homme noir. J’ai également œuvré à la mise en lumière des cultures rurales — celles des cultivateurs, des forgerons, des éleveurs — ainsi que des structures agricoles et des métiers fondamentaux qui assurent l’équilibre de nos sociétés.

À titre personnel, je constate que les initiatives que nous portons ne bénéficient pas d’un soutien suffisant, notamment de la part de certains partenaires européens. Pourtant, je demeure un défenseur résolu de l’intelligence, du talent et de la richesse du monde noir. Paradoxalement, cet engagement ne m’ouvre plus les opportunités professionnelles qu’il devrait légitimement susciter.

Les productions africaines restent encore trop rarement mises en lumière : les concerts et les spectacles se font peu nombreux, et l’intérêt pour nos cultures demeure limité. Ce qui attire davantage l’attention, ce sont souvent des modèles alignés sur des standards extérieurs — y compris chez certains Africains — au détriment de nos artistes et de notre authenticité.

Pour ma part, je persévère avec conviction à valoriser nos compétences et à affirmer nos valeurs civilisationnelles face au reste du monde. Le prix de cet engagement se traduit, au quotidien, par une certaine solitude. Quant aux cérémonies culturelles, festivals ou rencontres internationales consacrés aux cultures africaines, je ne bénéficie, hélas, d’aucune invitation.

Artiste international, auteur-compositeur et musicothérapeute (auteur de l’ouvrage L’art des sons, l’art du soin), ancré sur les rives de la Seine et ouvert sur le monde, je demeure à l’écoute des réalités contemporaines en Afrique, en Europe et au-delà. Mon travail s’inscrit dans une démarche engagée, où les arts vivants deviennent un langage universel au service des peuples.

Mon parcours dans les arts vivants s’est construit au fil de nombreuses expériences à travers le continent africain. J’ai parcouru le Mali, le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso avec une ambition constante : partager mon art et défendre une vision d’une culture vivante, au cœur des sociétés. À travers ces voyages, j’ai rencontré des publics variés, témoins d’un art qui valorise les traditions africaines et rend hommage à nos ancêtres.

Mes créations — notamment autour des polyphonies de balafons et du projet « Yan Kadi Faso », ainsi que mon travail avec un orchestre afro-jazz — reposent sur un dialogue fécond entre sonorités africaines et européennes. Cette fusion musicale incarne une véritable rencontre des cultures. J’ai eu l’opportunité de présenter ce travail dans des cadres variés : festivals, maisons de la culture, théâtres, maisons des jeunes, fondations culturelles, écoles de musique, écoles des Beaux-Arts et festivals de cinéma.

Sur le plan professionnel, j’ai eu l’honneur de collaborer avec des chefs d’orchestre et des musiciens de renom : Gérard Hiéronimus, André Ceccarelli, Michel Portal, Michel Moglio, Valentin Clastrier, Bertrand Renaudin, Manu Dibango, Mory Kanté, Salif Keita, Lamine Konté, Kassé Mady Diabaté…

Au fil des années, j’ai donné concerts et spectacles — portant haut les couleurs de l’Afrique — dans plusieurs pays : la Suisse, l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas, ainsi que dans des territoires tels que La Réunion, Mayotte et Saint-Domingue.

Chaque scène traversée a été un espace de célébration de l’art musical, un lieu où paroles et mélodies tissent des liens entre les peuples. Du Maroc à la Tunisie, le public a toujours répondu présent, confirmant la puissance de la musique comme vecteur d’unité.

Je suis profondément convaincu qu’aller à la rencontre des autres à travers la musique, c’est offrir aux peuples l’opportunité de se reconnaître, de se rassembler et de construire ensemble un chemin vers la paix. L’art et la culture constituent des voies essentielles pour accueillir la différence comme une richesse.

 

Yé Lassina Coulibaly

Musicothérapeute, artiste international et observateur attentif du monde

Entre l’Afrique et l’Europe, il prête sa plume comme une passerelle entre les cultures, afin que l’art, la connaissance et la parole demeurent un langage vivant et universel.

Artiste auteur-compositeur-interprète »

Membre de la SACEM, de l’ADAMI, de la SPEDIDAM, de l’Union des Artistes Burkinabè

Chevalier de l’Ordre du Mérite, des Lettres et de la Communication (agrafe musique et danse) – Burkina Faso

Contact : +33 6 76 03 71 66

yelassocoul@yahoo.fr