Au Burkina Faso, les élections présidentielle et législatives doivent se tenir à bonne date ; c’est à dire le  22 novembre 2020. Sauf à vouloir précipiter le pays dans le chaos, aucune raison objective ne saurait remettre en cause cette échéance. Il est quand même surprenant que des enseignants d’université, faisant  sans doute preuve d’activisme politique, en viennent aujourd’hui à rejeter la tenue de ces scrutins à cette date  sous le prétexte que  certaines parties du territoire seraient entre les mains de terroristes. Il faut se rendre à l’évidence. La question du terrorisme ne peut se résoudre par un coup de baguette magique. C’est une lutte de longue haleine.

Contre vents et marées, le Burkina Faso  doit poursuivre son expérience démocratique. Les terroristes ne doivent point  faire plier l’échine au pays. Il faut donc poursuivre les efforts d’organisation des élections à la date prévue tout en  prenant les mesures qui s’imposent pour une meilleure sécurisation du processus. Les FDS en ont les capacités et l’expérience. Leur action permettra de prémunir le Burkina Faso d’un saut dans l’inconnu.

Les calculs politiciens ne doivent pas prendre le dessus sur les intérêts supérieurs du peuple burkinabè qui aspire à une bonne gouvernance  avec des gouvernants légitimes et des institutions crédibles.  Les avatars des États d’exception et de la transition sont encore frais dans les mémoires.  Ayant renoué avec une vie constitutionnelle normale suite aux élections de 2015, le Burkina Faso doit continuer sur cette lancée pour le renouvellement de son personnel politique le 22 novembre 2020.  Ne pas organiser les élections à cette date, signifierait  simplement  ouvrir la porte de pandore. Le Burkina Faso ne peut se payer le luxe d’une crise institutionnelle qui pourrait le fragiliser davantage par rapport à tous les défis auxquels  il est confronté.

Bien des questions inhérentes aux élections méritent une attention particulière. Mais celles relatives à la sécurité pendant la période électorale font certainement partie des points majeurs. De fait, les élections demeurent l’un des premiers facteurs « conflictogènes » en Afrique. En effet, la préparation des élections, leur déroulement ou encore la proclamation de leurs résultats sont des moments de la vie d’une nation propices à des tensions, souvent vives, qui aboutissent, le plus souvent, à une confrontation menaçant la stabilité politique et la paix. Le mode d’implication des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et leurs performances dans la participation au processus électoral sont l’une des sources possibles d’insécurité et de paix lors des élections. Au-delà du mode de participation des FDS, ce sont les comportements et attitudes de tous les acteurs-clés du processus électoral, en commençant par les citoyens ordinaires, qui peuvent être en cause. Qu’il s’agisse des parlementaires ou des animateurs de l’Exécutif en passant par ceux du Judiciaire, des partis politiques ou des candidats, des médias et de la société civile … tous constituent des sources potentielles de conflits lors des élections. C’est ainsi que, pendant la période des élections, les désaccords dont certains finissent par déboucher sur la violence et l’insécurité apparaissent soit en amont du processus électoral, parce que les acteurs ne sont pas d’accord sur les règles qui doivent le régir ou sur les modalités de l’organisation des élections, soit en aval, parce que les candidats malheureux considèrent que les résultats proclamés ne reflètent pas la volonté des électeurs. Cependant, aujourd’hui, il est communément admis que les élections ne sont pas par elles-mêmes une source d’insécurité et de conflit.

Chacun doit jouer sa partition pour des élections apaisées

Au contraire, lorsqu’elles sont bien gérées, les élections sont supposées aider à prévenir les conflits, à arbitrer entre les différentes conceptions de la gestion des affaires de la cité et peuvent même servir de soupape de sureté dans toute démocratie représentative digne de ce nom.

S’il arrive que des actions de nature à créer ou à accroître l’insécurité ont lieu pendant le processus électoral et que rien n’est fait pour les contrôler et, éventuellement, les enrayer, les conséquences pour les résultats des élections, la paix et même pour l’ensemble du système démocratique sont bien connues. Parfois, ce peut être la disqualification de certains candidats ou de certains partis politiques ; d’autres fois, ce peut être plutôt un contentieux électoral interminable. Ou encore, ces conséquences peuvent se traduire, carrément, par l’abandon de tout le processus ou alors l’élection d’autorités politiques illégitimes, voire une instabilité politique ou, pire, la guerre civile.

Face à ce problème, des solutions existent. L’une d’entre elles consiste en une association pertinente des corps spécialisés en matière de sécurité que sont les FDS à la gestion des élections. Une autre solution, qui est un complément naturel et indispensable de la première, consiste en l’amélioration de la qualité de la contribution de tous les autres acteurs-clés du processus électoral étant donné que chacun d’eux est, potentiellement, une source de violence, d’insécurité et de conflit pendant les élections.

Au regard des attaques terroristes  à répétition et des violences communautaires dans certaines contrées, les FDS doivent être sur le qui-vive pour  assurer l’intégrité des scrutins.  Le monde entier aura les yeux rivés sur le Burkina Faso. La classe politique et l’ensemble des citoyens devront donc faire preuve de hauteur d’esprit  pour préserver le modèle démocratique du pays. En ce sens, il convient de saluer la visite du Président du Faso à Djibo pour remonter le moral des troupes. Pour la loi, la patrie et l’honneur, le défi doit être relevé. A tout prix.

Jérémie Yisso BATIONO

Enseignant chercheur

Ouagadougou

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