Des conflits liés au foncier se multiplient en Afrique, menaçant la paix dans plusieurs pays

Dans des pays comme Madagascar ou le Cameroun, les dossiers fonciers représentent à eux seuls au moins 80% des affaires devant les tribunaux, pendant le chiffre de 70% est évoqué pour les pays africains sub-sahariens dans leur ensemble. Preuve aussi que la gangrène sociale de la course à l’enrichissement à tout prix via des opérations foncières a atteint des proportions inquiétantes surtout quand elle prend dans certains cas des relents religieux, ethniques et fratricides, devenant ainsi de véritables bombes sociales qu’il faut absolument désamorcer. La problématique a donné lieu jeudi dernier à Abidjan, à  des exposés de la part d’experts suivis de recommandations, dans le cadre de la troisième conférence sur la politique foncière en Afrique.

Sheick Daniel Bamba, ministre et directeur général de l’Agence foncière rurale, pendant son exposé sur l’expérience ivoirienne

Dans un continent africain où au moins 24 pays sur les 54 sont confrontés à des problèmes internes (problèmes intercommunautaires agriculteurs-éleveurs, déplacés liés à des conflits ou attaques terroristes comme Sahel) ; les conflits fonciers sont légions. Ils représenteraient à eux seuls au moins 80% des affaires devant les tribunaux dans des pays comme Madagascar ou le Cameroun.

La question était au menu d’un panel de la troisième conférence sur la politique foncière en Afrique, le jeudi 28 2019 à Abidjan.

«La terre et la religion sont les principales causes de conflits que l’on peut transmettre de générations en générations, a-t-il relevé d’emblée», a relevé à juste titre Samuel Nguifo, secrétaire général du Centre pour l’environnement et le développement durable du Cameroun.

Partant de l’explosion des conflits fonciers aujourd’hui, il a préconisé un retour vers les communautés de base, s’inspirer de leurs savoir-faire traditionnels  qui ont fait dans le passé leur preuve, pour mieux gérer ces conflits fonciers. Dans cette optique, il a suggéré l’établissement d’une cartographie des terres traditionnelles qu’il faut concilier avec celle de l’Etat dans le souci d’une gestion apaisée du foncier.

Expérience de la Côte d’Ivoire partagée

Pays d’immigration avec 40% de sa population qui d’origine étrangère, la Côte d’ivoire connaît également beaucoup de conflits fonciers. C’est  son directeur général de l’Agence foncière rurale, Sheick Daniel Bamba, qui a partagé l’expérience de la Côte d’Ivoire en la matière.  Pour une meilleure  gestion des conflits fonciers, l’Etat a mis en place, a-t-il expliqué, l’Agence foncière rurale qui dans sa démarche implique les communautés et populations locales dans les règlements des conflits. Ainsi, des comités villageois de gestion foncière ont été mis en place dans les 8 000 villages du pays.

L’approche ivoirienne de la gestion des conflits fonciers, a-t-il ajouté, privilégie la synergie entre les différents acteurs, leur participation à la prise de décision dans la transparence, la franchise ; la redevabilité. «L’administration doit anticiper et éviter les conflits. Tout est anticipation dans la gestion des conflits», a-t-il conclu.

L’approche intégrée

Pour Oumar Sylla, coordonnateur de la législation urbaine, rurale et gouvernance, ONU-Habitant ; il faut une approche intégrée et participative dans la recherche des solutions aux conflits fonciers. Une approche  qui doit savoir allier à la fois bonne gouvernance au niveau des Etats, valorisation et implication  des chefs traditionnels.

«Il faut de plus en plus savoir  partir des opportunités des conflits pour résoudre durablement les problèmes», a-t-il préconisé, soulignant la nécessité de renforcer les capacités des acteurs et de mettre en place des programmes sensibles  aux conflits fonciers au niveau national, régional et mondial en vue de leur  meilleure gestion.

Mode de prévention et résolution chez les chefs traditionnels

Son Altesse royale Adedapo du Nigeria a abordé pour sa part le rôle des chefs traditionnels dans la prévention et résolution des conflits fonciers, s’appuyant l’exemple de son royaume.

‘’Les chefferies traditionnelles qui ont survécu à la colonisation sont enracinées en Afrique.  Les chefs traditionnels vivent avec les populations, connaissant mieux les problèmes et sont en mêmes de trancher efficacement les conflits fonciers’’, a-t-elle indiqué d’entrée de jeu.

-«Dans mon royaume, j’ai des reines, des rois juniors avec qui je tiens régulièrement des réunions. Avec ces fréquentes, nous arrivons à savoir ce qui se passe au sein des populations, à assurer le suivi. Nous sommes ici dans la démarche prévention des conflits

Mais, quand survient un conflit, nous réunissons les protagonistes du conflit avec leurs témoins, nous les écoutons et tranchons. Et cela se passe en général bien. Pour nous, les chefs traditionnels sont habileté à régler les conflits fonciers. Et nous les femmes, nous davantage outillées pour régler les conflits. Parce que nous avons intérêt à ce que les conflits se résolvent dans l’intérêt des familles, les femmes devraient être plus impliquées dans la résolution des conflits», a-t-elle soutenu.

Une fois de plus, la responsabilité individuelle et collective, notamment des politiques, a été soulignée.

Grégoire B. Bazié, De Retour d’Abidjan

Burkina Demain

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