Quittant la tête du MPP, Simon Compaoré a livré un discours d'une grande portée à divers niveaux

Simon nous a habitués à ces formules magiques. Mais, là, ce dimanche 26 septembre à la clôture du congrès extraordinaire marquant son départ de la tête du parti au pouvoir MPP ; et sans être un expert en anthologie, il a étalé tout son art en matière de discours, fond et forme se tenant à merveille. Un discours testament. Lisez plus tôt ! 

«Discours d’aurevoir du camarade Simon Compaoré, Président du MPP

– Camarades Membres du Bureau Exécutif National,

– Camarades Membres du Bureau Politique National,

– Camarades Congressistes,

– Militants et Militantes de notre grand parti,

– Amis et Sympathisants du MPP,

 Il y a des moments charnières dans la vie de chaque homme, sont de ces moments, ceux que je vis depuis l’ouverture de notre congrès, instance du parti chargée de porter la réflexion, sur les fondamentaux de notre action politique, et les questions essentielles de la vie de notre nation.

Dans le déroulé de ma carrière politique, ces moments constituent assurément un des épisodes marquants.

C’est donc, avec beaucoup de fierté, humilité et un grand honneur, que je prends la parole, du haut de cette tribune, pour m’adresser au congrès réuni en session extraordinaire.

Camarades, Chers amis, voici venue l’heure de vous dire au revoir, de céder le maroquin de notre grand parti, à un autre camarade, qui, avec son équipe, viendront « ajouter de la terre à la terre », continuer l’œuvre de consolidation du parti et de l’élargissement de sa base, dans toutes les sphères de la société burkinabé, à travers toutes les contrées du Faso.

Camarades Congressistes,

– Militants et Militantes,

– Chers amis,

Voilà donc mon parcours terminé à la tête de notre mouvement commun, le MPP. Si je vous disais en ces instants si particuliers, ma satisfaction, ma joie, mon bonheur, de céder la présidence de notre parti et laisser cette tâche si absorbante, si exaltante, à un autre camarade non moins méritant, je n’aurais pas menti. Mais si je vous disais aussi, avoir quelques regrets de m’en aller, de ne plus avoir à  » croquer à pleine dents », les tumultes du quotidien d’un chef de parti, et même que je recommencerai volontiers cette palpitante aventure, je ne vous aurais pas menti non plus.  Ainsi, sommes-nous, par moment, partagés entre des désirs contraires.

En tout cas, ma fierté est légitimement grande, à l’heure de prendre congé de la direction du MPP.

Mon humilité tout aussi grande, pour avoir donné à cette tache de président de notre parti, ce que je pouvais avoir de meilleur.

Mon honneur particulièrement immense, pour avoir bénéficié, de la confiance de l’ensemble des militants, confiance portée sur ma modeste personne depuis le 07 Mars 2020, en vue de présider aux destinées de notre mouvement.

Votre serviteur que j’ai été, voudrais dire ici, qu’il est fort heureux et particulièrement honoré, d’avoir été investi de la volonté du Bureau Exécutif National, du Bureau Politique National et de l’ensemble des militants de notre parti.

Je vous remercie pour l’indulgence, que vous m’avez témoignée pour tant de choses survenues au cours de cette période. Je garde en mémoire, de beaux souvenirs partagés avec chacun d’entre vous, notamment avec les premiers responsables des structures du parti, disséminées dans les 45 provinces de notre pays. C’est le lieu pour moi, de dire merci à l’ensemble des secrétaires généraux de sections et de sous sections, aux responsables des structures spécifiques, pour la qualité du travail que nous avons abattu ensemble.

J’ai constaté que tant d’années de présidence, à la tête de notre parti, était une source intarissable de profits intellectuels.

L’écrivain Fustel De COULANGES disait que :  « le seul moyen d’être heureux dans la vie, c’est de se consacrer à une œuvre, en laquelle on a foi ».  C’est cette conviction, qui a été le fil d’Ariane de mon engagement politique.

Je devrais maintenant me taire et m’effacer comme un brouillard qui s’évapore, mais il est dans nos traditions et c’est aussi ce en quoi je crois profondément, qu’au rendez-vous de l’histoire, tous les témoins doivent avoir droit à la parole. C’est pourquoi, je voudrais m’acquitter de ce devoir. L’occasion pour moi, de remercier tous mes collaborateurs des différents sièges : Pogbi, Nonsin, Petit-Paris et le Centre International de Formation Dr Kwamé NKRUMAH, le Bureau Exécutif National, le Bureau Politique et tous les militants, pour le soutien si généreux apporté au président que j’étais. Même s’il y a eu des moments difficiles, nous nous sommes employés avec fort engagement, tant de dévouement, à assurer toutes les missions qui nous avaient été assignées, par la direction politique nationale et les différents congrès que j’ai eu à présider. Toutes choses nous ayant valu, d’engranger de grandes victoires pour un si jeune parti. Je ne retiendrai pour illustrer mon propos, que la brillante réélection de notre candidat, le camarade Roch Marc Christian KABORE, à la magistrature suprême de notre pays.

Cela dit, nous ne sommes pas dans une séquence d’autocongratulation excessive non !  Il y a certainement des choses que nous aurions dues réussir mieux et qui ne l’ont pas été.

Voyez-vous, c’est Jules RENARD qui le disait, « le succès est un mauvais professeur, il pousse les gens intelligents à croire qu’ils sont infaillibles ». Non, nous ne sommes pas infaillibles, nous étions seulement convaincus qu’il n’y a qu’une seule réponse à la défaite et c’est la victoire. Nulle place pour autre chose dans notre action à la tête du MPP.

L’histoire enseigne aux hommes, la difficulté des grandes tâches et la lenteur de leur accomplissement, mais ce sont ces difficultés qui fondent nos espoirs les plus fous et justifient l’énergie qui nous a toujours porté, source de la force qui nous a poussé à nous transcender, à bien des occasions.

L’immense tâche de construction de notre chère patrie le Burkina Faso, vaut bien quelques moments de folie vous en conviendrez.

Camarades,

 Lorsque j’ai décidé, de me consacrer entièrement à la vie politique, j’étais convaincu, que même obligé de subvenir, par un travail constant, aux nécessités de ma vie privée et domestique, je devais cependant avoir du temps, de la force et de l’engagement pour me consacrer à ma passion : la politique, pour m’occuper de la chose publique.

Oui, mon engagement au service de mes camarades, de mes concitoyens en général, fut un grand acte de confiance, d’audaces et de sacrifices.  C’est le lieu pour moi, de rendre hommage à Marie Louise mon épouse, à mes deux filles Dorcas et Hulda, à mes petits-enfants Kéren Dimvi Jérémiah et Owen Christ Barack, à toute ma famille pour les multiples privations qu’ils ont dues endurer, tout sacerdoce ayant un prix.

Nous avons supporté ensemble sans fléchir, sans plier, les épreuves de tous ordres, physiques, morales et psychologiques que prodigue la vie. Choisir un métier et bien le faire quoiqu’il vous en coûte, c’est aller à l’idéal tout en comprenant le réel, comme nous l’avons fait depuis étudiants, c’est agir et se donner aux grandes causes sans savoir, quelle récompense réserve à notre effort, l’univers profond, ni, s’il nous réserve d’ailleurs une quelconque récompense. C’est peut-être ça le fameux devoir d’ingratitude.

De 1975 à 1980, à l’instar de bien de camarades et d’autres burkinabé venus à la politique, nous sommes « tombés dans cette jarre » qui a forgé nos convictions.

Nous avons bu à la source du marxisme- léninisme, façonnés par nos lectures, par les joutes oratoires de l’AEVF, (Association des Étudiants Voltaïques en France), de la FEANF (Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France), de l’UGEV (Union Générale des Étudiants Voltaïques).

Des couloirs de la faculté des sciences économiques de Dijon aux nuits blanches de PONIATOVSKY et de FESSART, nous avons pris notre part avec nos devanciers, à travers les cellules communistes, les CA, Conseils d’administration, les séminaires et les Congrès, à la lutte d’émancipation des peuples d’Afrique, de notre cher Faso et de leur affranchissement de certaines tares héritées du colonialisme et du néo-colonialisme.

Rentré au pays en 1980, nous prendrons une part active dans la création et l’animation de certains regroupements communistes officiant à l’époque, dans le landerneau politique Burkinabé. C’est ainsi que, la scission de l’ULC/ Flamme nous conduira à la création du PLP (Pour le Parti) avec d’autres camarades. Certaines péripéties de l’histoire politique de notre pays feront de nous, des acteurs de la création de l’ODP/ MT et du CDP.

De profondes divergences au sein de ce parti, dont le point culminant fut la tentative de révision de l’article 37 de la constitution, vont aboutir à création du MPP.

Fondé en 1996 sur une plate-forme minimale démocratique, le CDP, par les violations répétées de ses textes fondamentaux et les méthodes de gestion fondées sur l’exclusion, le clanisme et les intrigues de tout genre, ne reflétait plus les aspirations profondes de certains de ses fondateurs et de nombreux militants.

Notre contribution démocratique au sein des instances de ce parti étant rendue impossible, il était de notre devoir, d’en tirer les conséquences et de prendre nos responsabilités devant l’histoire, ce que nous fûmes le 04 Janvier 2014.

Dix jours après, le MPP était porté sur les fonts baptismaux et la suite on la connaît.

Cet engagement politique, nous a valu bien des épreuves, à titre illustratif, toutes les fois que l’ex RSP a eu des convulsions,  j’en ai personnellement fait les frais avec des épisodes d’une extrême violence, aux traumatismes multiples.

Mais, loin d’ébranler ma foi en la politique,  toutes ces épreuves ont contribué à forger mon engagement. En revanche, le rappel de ces moments douloureux, témoignent surtout de la générosité et de l’amour de DIEU pour nous ses créatures ; je lui en suis très reconnaissant.

Au chapitre des souvenirs, dans le fil de ces évocations, comment ne pas faire cas de mes rapports tumultueux avec le Doyen Alidou OUEDRAOGO alors président du MBDHP et Tôlé SAGNON alors secrétaire général de la CGTB. Au demeurant, je voudrais rappeler, qu’aujourd’hui, mes rapports avec ces deux ainés, sont des plus cordiaux et empreints d’un très grand respect.

Toutes ces phases ont été des étapes dans ma maturation politique. C’est pourquoi, je voudrais dire ma fierté de voir un parti que nous laissons dans un bon état.

Voyez-vous, président du MPP, lorsque l’on se voit confier une si noble, une si palpitante mission, une si honorable tâche, je n’avais pas le droit de m’y soustraire. Mais maintenant,  sentant mes forces diminuer et dans l’optique de passer la main à des jeunes frères,  je me retire. A eux maintenant, de poursuivre la lutte, en accompagnant comme il se doit, le Président du Faso, notre grand camarade, dans la mise en œuvre de son programme.

Nous construisons toute notre vie par nos choix, par notre volonté d’action, en apprenant à nous connaitre, à être en adéquation avec nous même, avec ce qui fait notre identité.

Au demeurant, je reste persuadé que vous vous en acquitterez avec brio et autorité, dans une ambiance de bonne camaraderie. Car, « on ne peut agir efficacement, qu’en travaillant de concert ». Nous avons agi, « à planter un arbre pour un autre âge », sachez en prendre soin.

Camarades,  

Comment puis-je m’adresser à cette assistance, à la crème de notre parti, sans laisser échapper ma pensée d’avenir : l’unité dans l’action. Le courage de ne pas laisser aux seules mains de la force, la solution des conflits que la raison peut résoudre.  Sachons-nous contredire sans nous déchirer, sans nous diviser. Je vous invite alors, tout en marchant sur les chemins déjà tracés, comme nous l’avons fait avec nos aînés, à travailler à creuser vos propres sillons.

L’action ne fait pas toujours le bonheur, mais point de bonheur sans action. Agissez camarades !  Pour ne point avoir de regret.  Bravo à tous, bonne continuation, bon courage. Comme je le dis souvent: “where there is the will, there is the Way « . Parce qu’il y aura toujours de la volonté, la rage de vaincre, vous ferez toujours table rase des petites querelles de clochers et des critiques viles pour n’aller qu’à l’essentiel, ce pourquoi, une lutte vaut toujours la peine d’être menée. Tout au long de ma carrière politique, je me suis inspiré de cette assertion de Jules LEQUIER philosophe et penseur de l’existence et de la liberté, et c’est encore le cas aujourd’hui, je le cite « Faire, non pas devenir, mais faire et en faisant se faire » fin de citation.

Je voudrais aussi dire merci à mes compagnons de lutte et Dieu sait s’ils sont nombreux dans cette salle et en dehors. C’est pourquoi, je voudrais avec votre permission, n’en citer que deux.

D’abord le Président Roch Marc Christian KABORE, le grand camarade, avec qui j’ai eu le plaisir de partager mon cursus universitaire et l’honneur d’avoir en commun, le cheminement politique.

Dusse sa modestie en souffrir, je voudrais évoquer ici l’homme généreux, le politique au grand cœur, l’homme d’équilibre, l’homme du consensus, l’homme de la courtoisie, enfin l’homme d’état, qui sait s’imposer souvent, sans que l’on ne s’en aperçoive.

En ces instants solennels, je voudrais te témoigner ma profonde gratitude et mon immense reconnaissance.

Avoir travaillé à tes côtés et sous ta direction, fût un grand honneur pour moi, mais surtout la source d’une riche expérience politique.

Avoir partagé ton quotidien à Dijon restera sur le plan personnel, une rencontre très enrichissante et ton amitié dont tu m’as fait l’honneur depuis toutes ces années, constitue le socle de notre parcours commun.

On dit souvent que, l’expression de la gratitude a trois stations : l’amour dans le cœur, la louange dans la bouche et la récompense dans l’action. Avec toi, j’ai vécu et respecté ces trois niveaux de la gratitude.  Il n’y a guère en ce monde ici-bas, un plus bel excès que celui de la reconnaissance car, la reconnaissance est la mémoire du cœur dit-on.

Très cher grand camarade, je fus bien souvent le confident de tes désirs et de tes aspirations.

Doué d’une grande énergie, d’une force tranquille, d’une persévérante volonté au service d’une vive intelligence, tu avais toutes les qualités pour être là où tu es aujourd’hui : Président du Faso.  Merci Roch !

 Comment ne pas penser à toi aujourd’hui Salif ? Cher camarade, cher ami, cher Gorba.

Toi qui es parti au moment où nous avions grand besoin de ton expérience, de ton génie politique, au moment où nous avions de grands projets pour notre parti, pour notre pays.

Au seuil du bonheur comme tu me le confessais, au moment où tu croyais enfin saisir ce bonheur, tu fus plongé dans l’abîme impénétrable du néant.  La destinée amère, la mort aveugle qui fauche à tort et à travers, celle qui n’épargne personne, même les meilleurs d’entre nous, sans raison, celle qui n’a aucune gloire te guettait déjà. Elle est venue nous plonger dans la désolation. Mes pensées aujourd’hui vont vers Chantal et les enfants mais surtout vers toi mon frère.

Repos éternel à toi cher ami, cher camarade, homme de conviction.

En voyant ce qu’est devenu aujourd’hui notre  » bébé  » commun, le MPP, en observant son parcours si jeune et les rayonnantes victoires qu’il a engrangées, récompenses de nos sacrifices, de nos multiples sorties ensemble sur les routes des villes et des campagnes de notre cher Faso, ton souvenir toujours vivant dans nos cœurs, ressuscitera.

Camarades Congressistes,

Chers amis.

Je pars à un moment ou des hommes et des femmes continuent de rejoindre le MPP, quelle joie !

Il nous appartient de faire en sorte, que cette tendance se poursuive, que la base du parti s’élargisse, et que de cette masse de militants, s’élèvent des camarades déterminés et convaincus, éléments indispensables pour arroser notre parcours de combattant, par des victoires encore plus éclatantes.

Pour terminer, permettez-moi de paraphraser l’Apôtre Paul, s’adressant à TIMOTHE, son fils spirituel : « j’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé mes convictions politiques ».

A présent, le repos, l’honneur et la gloire, je les partage avec vous tous, compagnons de lutte à divers niveaux.

Je vois déjà certains, englués dans leurs propres pérégrinations intellectuelles, dans de futiles questionnements, essayant de trouver des réponses aux interrogations nées de leur imaginaire. A toutes ces personnes, je voudrais dire ceci : « La route n’enseigne pas au voyageur ce qui l’attend à l’étape suivante ». L’avenir n’appartient à personne, il appartient à DIEU et moi je voudrais lui rendre grâce pour l’étendue de ses bienfaits dans ma vie. 

Au moment où je me retire, notre pays fait face, avec détermination et résilience, à une guerre qui lui a été imposée par les forces du mal. Je prie DIEU, afin que les anges de l’Éternel campent autour de nos forces combattantes, autour du Burkina Faso et leur assurent une victoire définitive, sur cette agression venue du fond des âges.

Que la paix et la tranquillité, socle de tout développement, soient le partage des burkinabé et de nos autres frères éprouvés par l’hydre terroriste. /.

Au revoir !

          Longue vie au MPP,

         Je vous remercie pour votre aimable attention,

         GOD bless BURKINA FASO»

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